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S’il y a un mot de la foi, un mot de la Bible, plus encore un mot de l’Évangile, c’est bien le mot ROYAUME, REGNE. Le mot Royaume est répété à presque toutes les pages des Évangiles, tandis que le mot Église n’y est que trois fois. Quel Royaume ? Évidemment pas un royaume de ce monde, Jésus l’a dit devant Pilate, mais un Royaume extraordinaire où règne le projet de la fraternité, de l’amour, de la pauvreté, du pardon, de la justice, de la douceur. Le Royaume annoncé par Jésus ne prévoit ni puissance, ni domination ni vengeance, mais service. C’est un programme qui bouleverse nos idées et nos attentes. Voulons-nous savoir de quoi sera fait ce Royaume dont l’Église doit témoigner ? Relisons les Béatitudes : bienheureux les pauvres, ceux qui pleurent, ceux qui ont faim et soif de la justice… le Royaume des cieux est à eux… Incroyable paradoxe, qui prend à rebrousse-poil toutes les ambitions humaines et notre façon de raconter les exploits des héros. Les livres d’école présentent souvent le monde comme un ensemble de puissances rivales, dont chacune s’attribue, tôt ou tard, une vocation de domination. On croit que les grands de ce monde sont ceux dont la vie s’affirme brillante, tapageuse, riche, puissante et gênante, au besoin au prix du bonheur et de la dignité d’innombrables personnes. L’expérience confirme chaque jour que les plus grandes souffrances que l’humanité expérimente ne viennent pas de l’environnement, des tremblements de terre, des inondations, du Nino, de la mouche tsé-tsé ou de la variole. Mais de la recherche du triomphe revanchard d’un individu sur un autre ou d’un groupe sur un autre. L’histoire est pleine d’actes de violence et d’injustice qui blessent et opposent. L’homme est ainsi fait : il lui arrive de chercher le bonheur en se détruisant lui-même, de chercher la paix par la guerre et la propriété par le vol. c’est le bonheur qu’il cherche, et la paix, et l’avoir. Il se trompe seulement de moyen. Bien de personnes qui sont, sur terre, brillantes, mais sans amour, seront réduites à presque rien, même si les monuments les célèbrent comme des grands conquérants et de grandes vedettes. Tandis que d’autres, humbles, cachées, piétinées peut-être par la vie, apparaîtront vraiment grandes et magnifiques.
Tertullien imaginait que « les âmes des martyrs, sous l’autel invoquent le Seigneur à grands cris : « Jusqu’à quand, Seigneur, tarderas-Tu à demander compte de notre sang aux habitants de la terre ? ». La condition pour entrer dans le Royaume ? Devenir petit, s’abaisser, servir, naître d’en haut, c’est-à-dire se laisser conduire par ce que Dieu veut, par son Esprit. Comme Jésus. Il s’est fait serviteur et il a payé de sa vie d’homme ce programme inattendu, et pour beaucoup de ses contemporains, scandaleux. Lui n’arbore aucun air de supériorité, ne porte aucun titre, ne fait aucun étalage de ses qualités, ne porte aucun insigne extérieur de son grade ; par contre, il déclare qu’il n’est pas venu pour se faire servir. Devant ses disciples choqués par ce programme, il répète donner sa vie. Donnant l’exemple d’un pouvoir différent : le service, jusqu’à la croix, Jésus désacralise les pouvoirs politiques et religieux de son temps. La voie de la domination des uns sur les autres est une voie sans issue, est l’anti-Royaume. Un programme impossible à réaliser complètement en ce monde, mais nécessaire, aussi nécessaire que l’oxygène à la respiration, ou le sel à la saveur des aliments. Un monde où le Royaume n’est pas annoncé, n’est pas désiré, est comme un monde désespéré. Telle est bien la tâche de l’Église : désirer le Règne, l’annoncer, le faire pressentir par la manière de vivre des chrétiens. Parfois on est bien loin du compte…
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Un roi différent |