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L’abbé Laurent May Muke et P. Paul Delanaye viennent de publier un petit livre : Violence, non-violence et pillage. Quelle leçon tirer de nos malheurs ?
« Depuis quelques années, dans notre pays, des actes de violence sont constatés jusque dans les villages et les quartiers des centres. On se bat, on se blesse, on viole, on tue. Des gens armés arrêtent de paisibles passants et leur enlèvent tout ce qu’ils ont, même les pains de la maman au coin de la rue, et aussi certains véhicules des conducteurs qui passent. Étant donné l’incurie des soi-disant forces de l’ordre, les gens des quartiers s’arrangent entre eux, la nuit, pour se protéger contre les brigands.
Quand ils attrapent un voleur, ils l’aspergent d’essence et le brûlent vif; de tels faits se sont produits à Mbuji-Mayi, Mwene-Ditu, Kinshasa… Si un enfant jouant sur la cour du village traverse étourdiment la route et est renversé par un véhicule, la population malmène le chauffer; on le brutalise, on le frappe, on le blesse, on lui enlève tout ce qu’il possède; il risque de mourir sur place! Ainsi, en novembre 1997, un prêtre renversait un enfant à Tshumbe, au Kasayi; l’enfant était indemne, mais l’Abbé a été tué sur place. A Kingabwa, un quartier de Kinshasa, quelques mois plus tôt, un oncle suspecté de sorcellerie a été battu puis tué par le supplice du collier: on lui attacha un pneu enflammé et on le brûla. On appelle cela « justice populaire ».
Une volonté aveugle «À partir de 1991 la RDC a assisté à d’autres vagues de violence : les pillages. Les soldats donnèrent les premiers le mauvais exemple, en attaquant magasins et sociétés détentrices d’un matériel diversifié et tentateur». En janvier 1993, ils recommencèrent. Cette fois, outre les magasins et les institutions publiques, les assaillants pillèrent des couvents et des paroisses. Ce n’était plus la chasse aux choses qu’on pouvait utiliser ou revendre, mais une volonté aveugle de destruction: «On cassait, on abîmait, on rendait inutilisables mobiliers et habitations. Des cas de viols, de religieuses par exemple, furent constatés». Novembre-décembre 1996, «troisième vague de pillage dans l’Est et le Nord-Est du pays. Elle s’est propagée, pendant plusieurs mois, dans diverses régions». Au lieu de combattre, de nombreux militaires des Forces Armées Zaïroises «ne se contentèrent pas de voler: Ils détruisaient systématiquement et sauvagement les bâtiments ainsi que les véhicules dont ils n’avaient pas besoin ou qui tombaient en panne. Les militaires commençaient le pillage et une partie de la population suivait; même des chrétiens notoires, membres de mouvements ou de groupes de prières… Beaucoup de paroisses furent détruites, surtout catholiques et protestantes. Ce fut un véritable anéantissement des procures, des couvents, des écoles, des hôpitaux et dispensaires, des véhicules, voire des vaches et des chèvres, bref de tous les moyens matériels d’action pastorale, sanitaire et de promotion humaine. Des pillages planifiés. Parfois, les militaires faisaient un détour pour aller détruire une mission!».
Des événements pareils ont eu lieu dans d’autres pays. Qui pourrait estimer la somme des structures et des biens détruits au Rwanda, en Sierra Leone, au Liberia, au Soudan, en Angola, en Centrafrique ? La guerre civile au Mozambique a duré seize ans et amené à la déstabilisation complète du pays et à la destruction de 2.600 écoles primaires, 820 centres de santé, 44 usines, 1.300 tracteurs, camions et autobus…
Y a-t-il une explication ? Les autres offrent les leurs. En premier lieu, l’impunité. L’ancien gouvernement ne prenait aucune mesure contre les pillards. «Les coupables, ce sont d’abord tous ces chefs politiques et militaires dont la gestion a ruiné le pays et réduit en clochards les citoyens zaïrois en général, et les militaires en particulier» (Mgr Banga, évêque de Buta, 1997). Les militaires s’étaient transformés en vandales à partir du jour où ils ne recevaient plus leur solde. C’était une sorte d’ordre implicite de se débrouiller en dépouillant les populations. Les gens frustrés et opprimés pendant des années on trouvé dans le pillage un moyen de manifester leur jalousie, l’envie ou la haine contre ceux qui possèdent. Certains «pillages étaient planifiés. Parfois, les militaires faisaient un détour pour aller détruire une mission!». «On a pillé des hôpitaux, des écoles. C’est à se demander où ces gens avaient la tête : le lendemain, les malades ne savaient plus où s’adresser, les médicaments et ustensiles médicaux étaient disparus ou détruits ; les élèves se trouvaient sans bâtiment, sans mobilier, sans matériel didactique».
Après les dévastations de Brazzaville (1997), le journaliste Otere Ma’ambi a écrit: «Avec les cinq mois de guerre, les Brazzavillois ont perdu les bonnes manières d’autrefois. Les coups de canon, les obus, les détonations d’armes automatiques et orgues de Staline, sans oublier la crise sociale, politique et économique, ont rongé leur conscience, à tel point qu’il leur est difficile de distinguer le bien du mal, le vrai du fau, le beau du laid, le propre de l’insalubre». «C’est peut-être une crise de croissance. Il fallait passer par là», expliquent les auteurs. On n’apprécie que ce qui a coûté. «Quand les conditions matérielles de vie n’existent pas, quand la société semble déstructurée, quand l’espoir d’un avenir meilleur n’est pas possible, la violence indomptable surgit et le pillage se manifeste». Un tableau sombre. Néanmoins, «Il ne faut pas oublier les gens qui se sont opposés au pillage, qui ont caché ou protégé les biens de la communauté: dispensaires, hôpitaux, maisons, églises. Certaines mamans ont barré la route aux soldats en leur reprochant leur attitude». Le curé de st Camille, à Kisangani, avait installé un haut-parleur sur la tour de l’église afin de pouvoir lancer, si nécessaire, des messages de détresse. Lorsque les premiers coups de feu retentissent, le soir du 12 novembre 1996, il a sonné les cloches, et a appelé les paroissiens au secours : Nous sommes attaqués, venez nous aider! Les paroissiens ont accouru par centaines pour défendre leur paroisse et leurs prêtres, armés de casseroles et de seaux pour faire du bruit, et de bâtons pour se défendre si nécessaire. Les soldats se sont enfuis. N’allons pas croire qu’un changement sera chose aisée. Le livre invite les chrétiens à s’interroger et à ne pas battre leur coulpe sur la poitrine de l’adversaire. Il incite à ne pas se résigner: la construction d’un monde meilleur d’un effort personnel et commun ; l’Église aussi, «c’est moi, c’est nous». Ae
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Nous sommes attaqués! |