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À un an et six mois du premier jour de l’an 2.000, certains se préoccupent de réserver une table pour le réveillon au Grand Nord ou près de la Grande Muraille de Chine ou sur un paquebot dans le Pacifique Sud d’où voir, les premiers, se lever l’aube du troisième millénaire. Les élèves des 198 établissements scolaires de la capitale française se mobilisent pour un Projet 2000 : tordre le cou aux idées reçues. D’autres, les millénaristes – qui prédisent la fin des temps – connaissent un regain de succès, tirant profit de l’angoisse panique qu’éprouvent nombre de contemporains à la veille de ce rendez-vous « historique ».
Le millénaire est cette croyance se réclamant du Livre de l’Apocalypse où il est question symboliquement d’un règne du Christ sur la terre pendant mille ans. Selon les millénaristes, une intervention directe de Dieu rétablirait ainsi le paradis sur terre. Or, aujourd’hui, une sorte de grande peur semble saisir certains de nos contemporains dans un climat angoissé d’apocalypse prochaine et d’attente de la fin des temps. La période que nous vivons est riche, en effet, en catastrophes de tous genres : guerres, bouleversements économiques et sociaux, voire certaines variations climatiques incompréhensibles, inquiètent. La liste des fléaux modernes est très longue : « Accidents de circulation et de travail, zones de misère dans les grandes villes, macro-urbanisation progressive du Tiers-Monde, pollution de l’environnement, de l’air et des eaux, enfants non aimés, chômage, dépressions nerveuses et suicides, grandes masses d’émigrants vers les pays riches, corruption à grande échelle, drogue, tourisme sexuel, prostitution des mineurs, commerce d’enfants, terrorisme, violence et insécurité des zones urbaines, maffias de tous types » (Gaspar Mora. Concilium, 273) Considéré globalement, cet ensemble disparate de malheurs peut suggérer l’idée d’un grand bouleversement en marche et générer une forte angoisse. D’où le succès des mouvements eschatologiques et millénaristes et des prédicateurs excités.
Prophéties et catastrophes à gogo Les Témoins de Jéhovah annonce la « fin du présent système de choses mauvaises », refaisant d’ailleurs consciencieusement leurs calculs à chaque prévision erronée. De la religion d’Extraterrestres des Raéliens (les Extra-terrestres menaçant de détruire totalement l’humanité par un bombardement radical), à certains Pentecôtistes et Évangélistes annonçant la toute proche « fin des temps », aux micro-groupes catholiques exploitant les « secrets » de Fatima, San Damiano, Garabandal, Kerizonem ou Dozulé. Tous annoncent la fin du monde prochaine et l’avènement d’une ère nouvelle. Plusieurs lisent dans les astres les grands bouleversements liés au passage de l’ère des Poissons à celle du Verseau. Les « Centuries » de Nostradamus (Michel de Nostradamus, 1503-1566, astrologue appelé à la cour française par Catherine de Médicis) en version moderne ont été un best-seller vendu à plus d’un million d’exemplaires. On appelle à la rescousse la prophétie de saint Malachie qui laisse prévoir la destruction de Rome et le Jugement dernier sous le deuxième successeur du pape actuel. Cette prolifération est d’ailleurs provoquée et entretenue pour fournie un public à ce genre d’éCrits. Hier, les « fanatiques de l’Apocalypse » étaient – au Moyen Âge - des pauvres aspirant à améliorer leurs conditions matérielles de vie, qui trouvèrent dans les prophéties de la fin du monde imminente, un ressort puissant pour inventer un nouveau modèle de société et un nouveau paradis après le retour du Christ. La protestation d’aujourd’hui et l’attente d’un autre monde après la destruction de celui-ci, se manifestent chez des gens connaissant des frustrations en des domaines autres que ceux de l’avoir et du pouvoir : frustration du sens de la vie, solitude et anonymat, manque de reconnaissance sociale, besoin de religieux et de sacré, refus d’un mode de vie sociale asphyxiante. Les nouveaux mouvements religieux foisonnent parce qu’ils semblent offrir des réponses à ces attentes.
Il serait urgent La montée actuelle des millénarismes doit encourager les chrétiens à mieux comprendre le sens des fins dernières de l’homme et du monde. Il faut sans doute retrouver le sens du « Maranatha », viens Seigneur Jésus », qui clôt le Livre de l’Apocalypse. C’était le cri des premières générations chrétiennes implorant la venue du jour où « il n’y aura plus ni larmes, ni mort, ni souffrance d’aucune sorte ». Or ce texte ne semble plus rien dire aux chrétiens actuellement. Mais à ne plus rien dire de ce qui est notre propre tradition, nous risquons de laisser à d’autres le champ libre pour prendre une parole bien douteuse. Il serait urgent de la retrouver. Aussi le pape Jean Pau II a-t-t-il choisi l’année jubilaire de l’an 2000 une tout autre signification et un tout autre contenu que ceux de l’attente d’une catastrophique fin des temps. En demandant aux chrétiens de préparer positivement la venue de l’an 2000 : « pour inaugurer l’entrée du monde, non pas dans l’apocalypse, mais dans le troisième millénaire de na naissance du Christ ». |
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An 2.000: rêves et cauchemars |