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On m’a raconté l’histoire suivante. Pendant la grand-messe dominicale, un curé a fait cette remarque : « Quand je regarde les fidèles si bien habillés qui fréquentent l’église. Je me pose la question : « Où sont-ils finis les pauvres de la paroisse ? ». Puis, quand je contrôle la quête, je me demande : « Où sont-ils finis les riches de la paroisse ? ». J’ai pensé à cette anecdote quand, ayant confié à des amis l’idée de partir avec Afriquespoir, deux objections furent soulevées. D’abord que les gens n’ont pas d’argent, puis que les gens n’aiment pas lire. Donc, un problème à la fois économique et culturel. On entend répéter de partout que la pauvreté est grande, que les indigents sont innombrables, que les paysans et les urbains n’ont jamais été si pauvres, que la plupart n’arrivent pas à mettre ensemble les deux bouts de la journée, que les familles ne sont pas en condition de payer les minervals… Et patati patata. C’est vrai. Cependant il suffit de faire un tour dans n’importe quel coin de n’importe quel coin centre, pour constater que les buvettes sont beaucoup plus nombreuses que les librairies ou les kiosques à journaux. Partout des panneaux géants proposant différentes marques de bière et de boissons de toutes sortes. Certes, il faut éteindre la soif. Mais, rien qui stimule ou apaise la soif d’information et de savoir. Rien. Je crois que cette pauvreté est plus grave que celle dont parlent les spécialistes d’économie, puisque sans information, on s’enfonce davantage dans sa propre misère. C’est une loi que même nos ancêtres connaissaient : « Les nouvelles qui arrivent du marché, nous poussent à fréquenter le marché » (Yoruba, Nigeria). Sans information, on ne progresse pas. Sans information on risque d’être absents du monde. Un monde, d’ailleurs, qui s’organise chaque jour davantage autour de la communication. Le superbazar communicationnel planétaire est en train de se mettre en place. D’une extrémité à l’autre de la planète, les géants de l’informatique et des télécommunications jouent des coudes pour la conquête d’autres portions du marché. On parle d’une nouvelle ruée vers l’or. En ce cas, l’or s’appelle multimédia, une nouvelle industrie et des nouveaux programmes nés du mariage entre ordinateur, téléphone et télévision. On dit que les grandes compagnies téléphoniques n’ont qu’une idée : mettre dans la poche de chaque habitant du globe un cellulaire, avec son numéro individuel valide et invariable de la naissance à la mort.
De quoi rêver quand on voit les services postaux de certains pays délivrer le courrier même avec un an de retard ou quand on sait que la distribution des journaux s’arrête à la capitale. Dans combien d’endroits, on n’arrive pas même à trouver les piles pour alimenter le petit poste qui relie avec le reste du monde ? Aux classes traditionnelles une nouvelle classe est en train de s’ajouter : celle des prolétaires de la communication, les « info-pauvres », les gens qui n’existent pas puisqu’ils ne sont pas « branchés ». Ou qui – ainsi que dit le Pape dans son message pour la 32è Journée mondiale des communications sociales de cette année – sont manipulés « comme des simples chiffres dont on cherche à tirer quelque avantage, qu’il s’agisse de vente de produits ou de soutien politique ». On comprend mieux alors pourquoi il faut investir davantage dans le domaine de l’information. Les moyens ? Ils font défaut surtout pour les choses qu’on n’aime pas. Ae |
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Les pauvres |
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Éditorial |