Ae 3Zone de Texte: Home page  - Qui est Afriquespoir - Comment avoir Afriquespoir 
Zone de Texte:   Numéros on line

Afrique, quelle justice?

 

On reste interloqué, l’année du cinquantième anniversaire de la Déclaration des droits de l’homme, devant les graves bavures que la justice essuie dans de nombreux pays du continent.

 

"Entre le dire et le faire"

Aujourd'hui en Afrique, on parle beaucoup de la justice. Un peu partout, on organise des séminaires et conférences sur ce thème. Un flot de paroles sur la justice, où il est souvent question uniquement du fonctionnement de l'appareil judiciaire. Cet article voudrait nous aider, en tant que chrétiens, à aller un peu plus loin.  Il résulte de la lecture de beaucoup de rencontres et de discussions sur le thème "Justice", les constats suivants. D' abord, dans pratiquement tous les pays africains, anglophones et francophones, il existe des textes qui régissent le fonctionnement de la justice. Partout, on trouve un texte de constitution et différent; codes de lois qui organisent la vie en société. Et d'une manière générale, ces textes sont d'une très bonne qualité. Ensuite, dans presque tous les pays africains, on trouve le pouvoir judiciaire avec toutes les instances de l'appareil judiciaire. li faut toutefois préciser ici que les institutions judiciaires suivent généralement le modèle des pays colonisateurs. Ainsi, dans la plupart des pays anglophones, c'est le modèle anglo-saxon qui domine; tandis que dans les pays francophones, c'est le modèle français qui l'emporte. Dans tous les cas, les cours et tribunaux constituent I'essentiel de l'appareil judiciaire. Les personnes oeuvrant dans ces appareils judiciaires sont généralement recrutées parmi les juristes formés soit dans des facultés de droit soit dans des instituts supérieurs de droit. Enfin, la plupart des textes de constitution reconnaissent la séparation des pouvoirs entre le judiciaire et l'exécutif. Toutefois, dans la pratique, il s'avère que les magistrats ne sont pas toujours sont pas toujours libres dans l'exercice de leur fonction.

Le mode de leur nomination ainsi que leurs rémunérations sou vent insuffisantes les mettent dans une situation de dépendance vis-à-vis du pouvoir exécutif. Rares sont les pays en Afrique où les juges et magistrats ont les mains totalement libres pour dire le droit selon les normes universellement admises.

 

C'est une habitude

Le mauvais fonctionnement de l'appareil judiciaire a donné naissance à une pratique d'une justice populaire qui se déroule dans la place publique avec des exécutions sans procès des malfaiteurs. En effet, la corruption qui règne dans l'appareil judiciaire a fait perdre à ce dernier sa crédibilité auprès de la population. Lorsque les gens voient que les voleurs et les bandits de grand chemin se retrouvent le lendemain dans la rue en train de refaire leurs exploits, ils arrivent à la conclusion qu'il vaut mieux se faire justice soi-même. Ainsi, lorsqu'on attrape un voleur, on ne l'amène pas au commissariat de police mais on règle son affaire dans le quartier en le lapidant ou en le brûlant vif. Certes, cela ne s'observe pas partout; mais c'est une habitude entrée dans les moeurs de plusieurs pays où la population préfère la solution immédiate aux longs parcours judiciaires.

En résumé, nous pouvons dire que malgré les efforts mis en oeuvre, les excellents textes de droit qu'on trouve dans la plupart des pays africains ne sont malheureusement pas suivis dans la pratique. Ce qui crée un fossé entre le dire et le faire. On y trouve la pratique d'une justice à double vitesse. Impitoyable pour les pauvres et relativement très indulgente à I'égard des nantis et des gens au pouvoir, cette justice ne punit pas toujours les vrais coupables et laisse courir des criminels de tout genre qui continuent, « différents niveaux de la société, à commettre leurs forfaits. C'est ici que se pose, pour nous chrétiens, la question de savoir quelle est la justice que nous devons promouvoir dans ce monde, en général, et dans notre continent africain, en particulier.

 

" Si votre justice... "

Ayant observé la pratique de la justice dans la société juive de son temps, Jésus met ses disciples en garde et leur dit : "Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez dans le Royaume des Cieux" (Mt 5, 20). Si Jésus revenait aujourd'hui, il constaterait que notre pratique de la justice privilégie les apparences extérieures.

On juge et on condamne quelqu'un si le mal qu'il a commis est connu ou si on l'attrape en flagrant délit. On juge et on condamne le faible, c'est-à-dire, celui qui n'a pas assez de moyens intellectuels et financiers pour se défendre ou pour corrompre. On juge et on condamne celui ou celle dont le comportement et les prises de position nous dérangent et remettent en cause notre système. On juge et on condamne très sévèrement celui ou celle qu'on considère comme ennemi. Au nom de la justice, on tue des vies humaines, on fait des guerres meurtrières.

Face à ce constat, Jésus nous dira, à nous ses disciples en Afrique, la même chose: "Si votre justice ne surpasse pas celle des juristes, des hommes de la loi, vous n'entrerez pas dans le Royaume des Cieux ". Ce disant, il nous invitera à pratiquer justice de nouveau type, qui se distingue de la justice selon les hommes par deux traits principaux. D'abord, cette justice privilégie les intentions et les attitudes du cœur. Car, comme le dit Jésus lui-même "du cœur en effet  procèdent mauvais desseins, adultères, débauches, vols, faux témoignages diffamations " (Mt 15, 19). C'est en application de cette justice supérieure que Jésus renverra les accusateurs de la femme adultère leur conscience par une interpellation qui invite chacun à s'examiner profondément : "Que celui d’entre vous qui n'a jamais péché lui je la première pierre!" Jn 8, 7). Ensuite, cette justice donne la chance de vie à tout être humain. Pour cela, la justice du Royaume des Cieux pratiquée par Jésus sait faire la part des choses entre le mal et le malfaiteur.

Elle détruit le mal et sauve la personne humaine qui a commis le mal en lui donnant la chance de faire le bien. C'est ainsi que la femme adultère, l'enfant prodigue, le publicain Zachée et d'autres pécheurs publics se retrouvent réhabilités dans leur dignité d'enfants de Dieu.

Sans pour autant se faire complice du mal qu'ils ont commis ou commettent, Jésus donne à tout pécheur la chance de faire le bien et de vaincre le mal en lui (dans son coeur) et en dehors de lui (dans les structures de la société). En guise de conclusion, on pourrait dire que l'avenir de l'Afrique se joue dans le choix que nous les chrétiens africains ferons entre la justice selon les hommes et la justice selon Dieu. Si nos vies se laissaient davantage inspirer par la justice évangélique, nous serions à même d'influencer et les textes de loi de nos pays et le fonctionnement des appareils judiciaires dans le sens d'une justice nouvelle qui touche le coeur et promeut le respect de la vie humaine. Et cela changerait tout.

 

José Mpundu