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Magnifique, n’est-ce pas?

 

La belle samaritaine du puits de Jacob sur laquelle s'est finement attardé l'évangéliste Jean demeure pour nous la figure emblématique du laïc missionnaire. Cas unique d'une convertie qui a "vu Dieu" dans une fulgurance intérieure et a ressenti la brûlure atroce du zèle pour la mission évangélisatrice : "nous ne pouvons pas, quant à nous, ne pas publier ce que nous avons vu et entendu" (Actes 4,20; 5,20). Donc, dans le même mouvement de l'âme qui s'est ouverte au monde au-delà des sens physiques, tempérament de feu, l'effrontée il y a peu encore enjôleuse, moqueuse et provocatrice, fait éclater sa double prison intérieure (égoïsme charnel toujours insatisfait) et sociale. Ne se retenant plus de joie, renée dans la parole libératrice, jusqu'à oublier "qui" elle était aux yeux des autres (sous l'effet du feu de l'esprit, ses références - nos fusibles mentaux -ont "sauté"), elle s'en va proclamer toute seule, dans une initiative spontanée, le nom de Jésus désormais sa seule référence. Rameutant audacieusement en pleine canicule toute une ville assoupie dans sa léthargie séculaire (et où sa réputation à elle, la polyandre, n'était pas des plus jolies...), elle les amènera auprès de Jésus, soleil de justice, chemin de vie. Sans qu'elle ne s'en soit consciemment aperçue, la lumière émanant du juif itinérant l'a pénétrée, la transformant en lumière ardente pour les pas des autres "Venez voir un homme qui m'a dit tout ce que j'ai fait. Ne serait-il pas le Christ ?" Un. 4,29). Magnifique, n'est-ce pas? Âme faite pour aimer de toutes les façons, elle ne donne pas mais "reçoit" un nouveau sens à sa vie. L'apostolat est d'abord un "don de Dieu" (Jn. 4,10; 13,14; 15,16) avant d'être engagement ou réponse à ce "don".

Et Jésus de commenter à chaud: "Ces âmes-là sont pour moi une nourriture que vous ne connaissez pas" (cf. Jn. 4,32).

 

Une constante : dans la galaxie de Jésus fils de Dieu sauveur, des âmes apostoliques laïques consumées par le feu de l'esprit saint que le divin missionnaire leur envoie sans en déférer au préalable a l'autorité du clergé, se sont levées et émergent encore du lot pour répandre la lumière de la foi dans les artères obscures et profonds de la termitière monde. Quand ce feu-là vous prend, oui, vos "références" changent: un autre devient le centre de gravité de votre vie qui bascule, vous vous oubliez (Gal. 2,19-20; Philip. 3, 13; Lc. 9,33; Jn. 21,18), car l'esprit de cet autre vous "enthousiasme", vous "possède" et fait de vous un(e) martyr(e) de la mission sous toutes ses formes - pourvu que Jésus soit connu, aimé et servi (Actes 20,24; 1Co. 9,12).

 

Ainsi un certain Zachée, voleur et jouisseur (Lc. 19,8), aura évangélisé par sa nouvelle vie dans l'esprit tous ses familiers et ses concitoyens de Jéricho, sans changer de statut social.

Les autres devaient lui trouver une "nouvelle" tournure à cet ancien luxurieux mondain et immoral. Amour et miséricorde, Jésus est passé par là... Il y aura l'impétueuse Marie Madeleine de Lazare,"ressuscitée" du tombeau sordide de sa chair tyrannique, née à nouveau dans l'esprit bien avant la résurrection de Jésus, pour qu'en temps opportun l'Esprit s'en serve pour secouer les mâles Apôtres lourdauds qui soit " sommeillent " soit se barricadent, bref ils ne sont jamais là où l'Événement se passe. Elle sera La Missionnaire de la Résurrection, la première à annoncer aux oreilles humaines une Nouvelle inouïe : "Jésus est ressuscité et je l'ai vu de mes yeux et je l'ai entendu de mes oreilles". La nouvelle - "la parole dont ils ont témoigné" (Apoc. 12,11) - qui a coupé l'histoire des hommes en deux ("Avant et Après Jésus-Christ") et bouleversera à jamais le cours du temps, et les coeurs des hommes, c'est par une femme laïque (encore une dame de petite vertu convertie) qu'elle nous est parvenue, et ce par Décret divin "Va trouver mes frères et dis leur...!" (Jn. 20,17-18). Le Clergé (vexé ?) a dû la confirmer après...

 

Dans la foulée de l'histoire après Jésus-Christ, un météore surgira au XIXe siècle, une jeune fille héroïque, Pauline Jaricot (1799­1862) dont la foi en la puissance universelle du salut en Jésus-Christ la fera se lever et braver sa propre pesanteur et celle du monde entier. Attentive à l'Esprit qui lui murmurait des choses dans l'oreille du coeur, elle initiera l'oeuvre historique de la Foi»

voici 150 ans. Le Pauvre de Nazareth la configurera à lui par une vie de prière, de pénitences et sacrifices, par des actions géniales (le doigt de Dieu la classe) sur le terrain périlleux de l'argent, et par la foi qui déplace les montagnes : elle mourra "martyre de l'amour" dans le dénuement et l'anonymat. Toujours le même schéma : rencontre intime, fulgurante avec Jésus et nouveau départ de sens dans la vie. On renonce aux facilités mondaines sans cesser d'être laïc et en vous le Feu de l'Esprit prend consistance et rayonne. Don et abandon, dévouement et abnégation.

La tradition évangélique du laïcat missionnaire est l'oeuvre de l'Esprit Saint qui broie, malaxe et anéantit chair et esprit de la femme ou l'homme pris à la volée dans l'élan charnel de son existence, et en fait une "âme victime" pour la cause. Tel le destin - la croix - de Marthe Robin, laïque fondatrice des "Foyers de Charité" que l'esprit résume par ses lèvres : "Passer humble et silencieuse comme la vierge, en faisant le bien... en donnant du bonheur".

 

Que la mère de Jésus - encore une laïque, la première missionnaire, l'Ève nouvelle - engendre ces nouveaux missionnaires laïcs qui sont le sel de la terre, le levain dans la pâte. Le 3ème millénaire en verra l'efflorescence déjà annoncée par des signes des temps, "car ils ont méprisé leur vie jusqu'à mourir"

Abbé Kibwila