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Sous toutes les latitudes |
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18 octobre : Journée Mondiale des Missions "Nous vivons dans un monde où les personnes découvrent qu’elles sont arides, agressives, incapables de sourire, de saluer, de dire ‘Merci’, de s’intéresser aux problèmes des autres – dit le Pape dans son message - . Il est toutefois important de relever la renaissance croissante dans les peuples des valeurs évangéliques : paix, justice, fraternité, attention aux plus petits». Cela grâce aussi "aux innombrables personnes qui dans le silence et leur service quotidien" travaillent pour que le Règne vienne. Afriquespoir présente des récits d’hommes et de femmes témoins de courage, solidarité et foi.
Des voix se lèvent parfois pour critiquer la conduite de certains chrétiens dans l'histoire récente de notre continent. On les définit des "hypocrites", des individus qui se contentent de prier et qui, au lieu de prêcher l'amour, se feraient complices des génocides. Des accusations qui parfois ne sont pas dénouées de fondement, mais qui ne peuvent effacer la mémoire de tous les chrétiens victimes de toute sorte de violence. Qui pourrait énumérer les milliers de chrétiens éliminés en Ouganda pendant l'obscure décennie du règne d'Idi Amin ou au cours des conflits au Sud-Soudan, au Rwanda, au Burundi, au Mozambique, en Angola, etc? Et comment oublier tous ceux qui ont lutté d'une façon explicite contre la violence? Leur mort est un "signe", une "prophétie" pour notre temps et les temps à venir. Se solidariser avec le peuple, dénoncer l' injustice, la violence, la haine; travailler pour le dialogue et la tolérance; répondre à la méchanceté avec le pardon; lutter contre les intégrismes et pour que personne ne soit exclu de la grande famille humaine. Voilà autant de possibilités d'annoncer la Bonne Nouvelle et de risquer sa propre existence.
Algérie Mgr Pierre Lucien Claverie, évêque d'Oran, en Algérie, tué le ler août 1996. Quand on lui demandait si, pour des raisons de sécurité, les religieux chrétiens ne devaient pas quitter le pays, il répondait: "La question est lancinante. Beaucoup de parents ou d'amis nous supplient de quitter, au moins provisoirement, l'Algérie. Ils s'inquiètent : Ta vie est en danger... Pourquoi s'entêter à rester ? Tu n'as plus rien à faire là-bas... Qu'ils règlent leur problème entre eux : Nous sommes une Église et pas seulement une Organisation Non Gouvernementale humanitaire ou une multinationale de coopération. Nous avons d'autres raisons de vivre. Dans ce pays, comme par tout ailleurs, l'Église entend être signe de l'alliance que Dieu propose à un peuple. Notre départ ne résoudrait aucun problème, mais il consacrerait le rejet définitif de nos différences. Ils signifierait que nous acceptons, une fois pour toutes, le fait qu’il est impossible, pour des hommes différents, de s’entendre. En Algérie ou ailleurs, y compris en Europe". En allant au bout de cette logique, Pierre Claverie est mort pour l’Algérie libre et fraternelle dont il rêvait, comme la majorité des Algériens.
Burundi Le matin 30 avril 1997, vers 5h30, un groupe armé a attaqué le Petit Séminaire de Buta. Cinq heures durant, les agresseurs ont tout fait pour séparer les 86 séminaristes selon leur appartenance ethnique, c'est à dire, les Hutus d'un coté et les Tutsis de l'autre. Déçu et furieux du refus catégorique d'obtempérer opposé par les jeunes étudiants, le chef a donné l' ordre aux miliciens: "Tirez sur ces imbéciles qui ne veulent pas se diviser". Les attaquants ont tiré sur eux, faisant 40 morts et 26 gravement blessés. Après avoir annoncé ces faits accablants Mgr. Bernard Bududira, évêque de Bururi, a ajouté: "Le commandant de la troupe, nommé Anicet, ancien séminariste du Petit Séminaire de Mureke et déserteur de l'Institut Sup. des Cadres Militaires est bien connu comme des troupes armées du CNDD dans les zones de Gitongo, Rutegama… Ils détruisent sauvagement les vies des faibles et innocents : enfants, vieilles personnes, femmes, malades… En guise d’illustration, voici des scènes horribles : la même matinée de l’agression du Séminaire de Buta, ils ont brûlé un centre de santé, violé et empalé par le sexe l’infirmière; à ce même endroit ils ont tué 8 vieilles et un Pasteur pentecôtiste… Dès qu’une personne est capable de tuer son semblable, elle ne peut plus avoir peur de détruire ou profaner une bâtisse faite de pierre".
Pakistan Après une journée de prière et jeune Mgr John Joseph, 65 ans, évêque du diocèse de Faisalabad au Pakistan, vice-président de la Conférence des évêques du Pakistan, le soir du six mai, s'est rendu au palais de justice de la ville de Sahiwal. Et là, devant l'édifice il s'est suicidé d'une balle dans la tête. Un geste horrible, fait pour protester contre la condamnation à la "pendaison par le cou jusqu'à ce que mort s'ensuive" d'un jeune chrétien, Ayub Masih. Coupable lors d'une discussion avec un musulman – d’avoir osé prendre publiquement la défense de l’écrivain d’origine indienne Salman Rushdie Mgr John Joseph était originaire du Pundjab. Il s'était totalement identifié à la défense du peuple chrétien qui souffre de discriminations de toutes sortes et, en particulier, à la lutte contre une loi mise en place en 1985 par le dictateur Zia ul-Haq. II avait écrit: "La population a peur de réagir, parce que si quelqu'un parle ou agit contre eux, le châtiment infligé par les terroristes religieux est immédiat et terrible. Quelquefois toute la famille est brutalement massacrée. On crée la terreur. Même nous, prêtres et religieux, sommes silencieux et nous préférons fermer les yeux en espérant que l'horreur passera". Le jour avant Mgr John Joseph avait envoyé une lettre au quotidien pakistanais Dawn: "Nous devons agir fortement et dans 1'unité, chrétiens et musulmans, dans le but non seulement d'obtenir la suspension de cette sentence de mort, mais pour obtenir l'abrogation des lois injustes". Mgr John Joseph avait choisi ce moyen de protestation, après avoir affirmé "Je me considérerai comme très heureux si, dans cette mission de destruction de barrières, Notre Seigneur accepte le sacrifice de mon Bang pour son peuple". Une simple dénonciation d'un voisin jaloux, à la suite d'un litige commercial ou d'une rivalité personnelle, peut valoir à chacun d'être dénoncé comme blasphémeur et de risquer sa peau avant même de passer devant un juge, la populace excitée par des agitateurs islamistes pouvant le lyncher sans autre forme de procès.
Rwanda Paroisse de Kivumu, le 31 janvier 1998. P. Vjekoslav Curic, Franciscain, vient de terminer le souper avec deux hôtes. "Je vous accompagne jusqu'à Kigali", leur dit-il. Une fois en voiture les deux le tuent avec sept balles. Un meurtre gratuit, absurde. Franciscain, originaire de Lupoglav, dans l'ancienne Yougoslavie, 41 ans, P. Vjeko était arrivé au Rwanda en 1983. Il était très connu par tout le monde pour les centaines de gens sauvés en 1994 pendant les mois du génocide. Les chrétiens ont demandé à l'évêque la permission de l'enterrer à l'intérieur de l'église de Kivumu, "pour le garder toujours avec nous". A signaler, parmi les fax arrivés à l'évêché de Kabgayi, celui des parents du P. Vjeko et de ses quatre frères: " Quoiqu'il soit difficile, nous pardonnons à ses tueurs de tout notre coeur". Et aussi la réflexion faite par les Franciscains: " Au nom du Christ sur la croix et avec Vjeko, qui a toujours lutté contre toute sorte de violence et de vendetta, nous pardonnons aux assassins de notre Frère, ceux qui ont organisé le crime et ceux qui font exécuté. Nous demandons cependant que la justice suive son cours et qu'on arrive à la vérité. Nous le demandons instamment, car ce n'est que dans la clarté de la justice qu'on pourra bâtir un futur de paix. On a appelé le Rwanda "le pays aux mille problèmes". Lors de sa visite en 1990 Jean-Paul II I'appela "le pays aux mille solutions". Nous pensons que St. François d'Assise l'appellerait "le pays aux mille bénédictions
Cuba "Cuba a été sur la sellette, lors de la visite du Pape, au début de cette année. Mais pour nous, les chrétiens, le point de vue est bien différent. La persécution entretenue par un système athée a obligé les chrétiens à vivre comme au temps de la première génération chrétienne, qui témoigna de sa foi même par le sacrifice de la vie. Ce sont nos vieux qui ont gardé la foi malgré les dangers. Francisco G.D., 43 ans. Docteur " Ma famille était très religieuse, mais mes parents, tout en continuant à fréquenter l'église, décidèrent d'éviter de me parler de religion. Ils le faisaient pour mon avenir, pour ne pas fermer les portes aux opportunités offertes par le pays. En effet, aucun jeune croyant ne pouvait en entrer à l'université. La première question posée à l'examen d'admission était: " Est-ce que tu appartiens à une confession religieuse? ". J'ai dû nier ma religion pour faire mes études. J'abandonnai tout. Cependant le Seigneur m'appela de nouveau, longtemps après, à travers mes enfants. Sur l'exemple de ma famille, je ne les avais pas fait baptiser, sûr que cela aurait facilité leur insertion dans la société. Mais ma fine, un jour qu'on rentrait ensemble de l'école, me dit: "Papa, je veux aller à l'église, je veux le baptême ". Cette nouvelle génération est plus courageuse que la mienne. Ma fille m'a aidé à redécouvrir la foi. Le témoignage de ma mère, restée toujours fidèle à ses convictions, l'a sans doute frappée ".
Papa Venant Né en 1947 dans la province du sud-Kivu, territoire de Bagira, Venant Kadahanwa Bushaza était le second fils d'un chef coutumier de la tribu des Bashi. Jeune docile et soumis, d'un naturel enthousiaste, il était un paisible cultivateur et éleveur. Mais en 1971, dans un mouvement de colère intense, il avait tué, d'une lance, un membre de sa belle-famille qui avait agressé son père. Condamné à 20 ans de détention par le tribunal de Grande Instance de Bukavu pour un meurtre non prémédité Venant fut transféré en 1973 à la prison de Luzumu, dans la province du Bas-Congo. Il y arriva, après une courte escale à la prison central de Makala, à Kinshasa le 6/02/1973.
"Un cercle infernal" Luzumu est un petit village situé en pleine forêt à 80 Km de Kinshasa C'est là que se trouvai l'une des prisons le plus redoutables plus redoutables du Congo, où étaient transférés des prisonniers condamnés à des peines de dix, quinze, vingt ans de réclusion, ou de détention à perpétuité voire même de peine capitale. Sur le plan administratif, on y trouvait trois régimes pénitentiaires: le régime cellulaire pour les condamnés à perpétuité ou à mort; le régime communautaire où les détenus étaient logés dans un cachot par groupe d'environ 20 individus et le régime de semi-liberté pour les détenus disciplinés et qui étaient amendés ou qui montraient un "moral de fer", comme on disait dans le camp. Un cercle infernal, où le temps était rythmé par les exécutions régulières des condamnés à mort, spectacle qui rendait les prisonniers angoissés jusqu'à la psychose. Des détenus squelettiques quémandant un verre d'eau ou des miettes de pain; des cellules à l'odeur nauséabonde où les prisonniers transformés en loques vivantes, couchaient à même le sol ou sur des nattes puant les matières évacuées. Venant fut initié tout de suite aux servitudes du lieu, telles que les brimades de la part des anciens prisonniers; le puisage d'eau avec des bidons de 50l à une distance de 3 Km du camp; la vidange du fût des selles, appelé " gouverneur ".
"Capita général" Quelques mois plus tard, Venant demanda d'entrer dans la chorale de l'aumônerie catholique, dirigée à cette époque par le Père Guy Verhaegen S. J. Venant n'était pas pratiquant: la prison lui permettra une profonde expérience de Dieu et la redécouverte de l'Évangile. Grâce à son engagement sincère et dévoué, on lui confia bientôt la catéchèse aux prisonniers et aux enfants des surveillants et l'animation des célébrations dominicales. Il aidait également les religieuses qui visitaient une fois par mois la prison et assistaient les malades. Il cultivait aussi du manioc et du mais, et avait un petit élevage de chèvres et de porcs qu'il vendait ou qu'il partageait aussi avec ses compagnons de prison. Il fut, à plusieurs reprises, nommé par les autorités de la prison, "capita général" du camp de détention. Contrairement à ce que faisaient les autres capitas, il ne brutalisait jamais les prisonniers, mais il se faisait leur avocat auprès des responsables. Selon le témoignage de ses camarades, en particulier d'un certain Nagasaki Évariste, c'était avec joie qu'il prêtait son assistance à ceux qui souffraient. Il tous les prisonniers. C'est pourquoi, tous sans exception, l'appelaient avec respect "Papa Venant". Par correspondance Papa Venant encouragea ses parents à la conversion. En effet, ils reçurent le baptême et l'eucharistie ainsi que le sacrement du mariage, avant leur mort. C'est à lui d'ailleurs, encore en prison, que le père légua le pouvoir coutumier bien que son frère aîné demeurât au village. Soeur Bernadette Gonzalez, dominicaine missionnaire, qui a connu papa Venant à Luzumu pendant 19 ans, confirme: "C'était un homme de grande foi et de charité. II priait beaucoup et aimait assister à la célébration eucharistique. Il nous aidait dans nos visites aux malades, dont il assurait aussi la garde à l'hôpital de Sona-Bata. C'était un homme honnête et vertueux à qui tout le monde faisait confiance. Il enseignait, vivait et témoignait l'Évangile".
Fin du voyage Libéré en 1991, après avoir purgé sa peine pendant 20 ans, Papa Venant a pris le bateau pour se rendre auprès de sa famille à Bukavu. Il brûlait d'envie de voir sa fille unique qu'il n'avait jamais connue, car elle était née après son transfert de Bukavu à Luzumu. Sur le bateau, il parlait beaucoup à ses compagnons de voyage de l'ancien aumônier de Luzumu, le P. Guy Verhaegen, qui vivait en ce temps-là à Kisangani. À la veille de l'arrivée à Kisangani, il fut terrassé par une forte fièvre. Puisqu'il souffrait d'une hernie étranglée, le médecin du bateau dit qu'on devait l'opérer. C'était trop tard. Papa Venant est mort sur le bateau entre les villes de Yangambi et de Kisangani. Alors qu'il est d'usage d'inhumer ceux qui meurent dans le bateau, soit dans l'eau soit dans le sable au bord du fleuve, pour Papa Venant les compagnons de voyage demandèrent de garder son corps jusqu'à Kisangani. Là, le père Guy se chargea de son enterrement. La nouvelle de la mort de Papa Venant causa une grande désolation parmi les prisonniers et les villageois. Ses anciens compagnons de prison ont gardé un deuil de 8 jours.
Louis Kalonji
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