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La République Centrafricaine est un pays dont on pane peu. On dirait que du point de vue politique ou économique elle n'a pas d'importance. Mais les Centrafricains désirent vivre dans une société où la démocratie et la solidarité soient des valeurs acceptées par tout le monde. L'Église aussi veut donner sa contribution. C'est ce que nous dit Mgr. Joachim N'Dayen, archevêque de Bangui.
Quels sont vos soucis majeurs ? Contrairement à ce qu'on pourrait croire, ce n'est pas le manque de prêtres ou le manque d'argent qui me préoccupe. Le souci majeur est celui de tester si vraiment les baptisés sont véridiques. Durant les récents événements (les mutineries de 1996 et 1997) il y a eu des réactions bizarres. Les gens réagissaient selon les habitudes, selon les traditions qui vont vers la tribu pour défendre la famille. Et non pour soutenir ce qui est vrai. Le pire serait s'il s'avérait que ce qui est faux devienne vrai. Mon souci majeur c'est d'avoir une christianisation en profondeur. Comment y parvenir? On pourrait avoir une foule de prêtres : est-ce qu'on arriverait à cet objectif?
Avez-vous vous remarqué un progrès dans la société Centrafricaine depuis que vous êtes évêque ? Dans la masse il y a une lueur. Dans certaines personnes il y a un jugement serein et chrétien sur ce qui se passe. Ils ne sont pas légion. Au sein des mouvements d'action catholique, dans les groupes qui veulent vivre l'évangile avec courage il y a des "chrétiens exemplaires".
Le 5 mars dernier on à célébré solennellement la réconciliation Centrafricaine avec la participation de toutes les parties intéressées et en présence de 5 chefs d'États de la région. A ce propos le jour de Pâques vous avez parlé des conditions pour que la réconciliation soit vraie. Entre autre vous avez eu le courage de dire ceci: "Je m'en mêle, parce que j’ai reçu avec les prêtres les ministères de la réconciliation. Nous les centrafricains nous ne maîtrisons plus grand-chose. Nous sommes devenus la cendrillon de l'Afrique Centrale, sinon de l'Afrique tout court, par notre faute... Réconcilions-nous donc de manière à ce que notre pacte soit le fruit d'une transformation intérieure, profonde; et que ces fruits soient visibles... ': Cette homélie a fait "bégayer le pouvoir '; selon les expressions de la presse locale. Que pensez-vous de la réconciliation nationale ? Va-t-elle tenir ? Au moment de la réconciliation, je n'étais pas dans le pays. Mes confrères évêques Mathos, Rembanga, Pomodimo étaient là. Vu de loin et selon l'impression qu'on peut ressentir dans les contacts avec les gens, je peux reprendre la formule de Pâques: cette réconciliation a été faite "à la criée" et "par décret". Dans la réalité, on a l'impression que ce soit une paix armée. Je crains fort qu'elle ne soit pas vraiment sincère. Et cela des deux côtés: à la tète de l'État et de la part de ceux qui se croient lésés.
La majorité de la population de la RCA est composée de jeunes de moins de 20 ans. Que pensez-vous de leur futur? Avant Pâques il y a eu la rencontre des jeunes, en provenance de tous les diocèses du pays. Je leur ai dit que si nous continuons sur la lancée de ce qui se passe, nous allons droit au mur, nous allons tomber dans le gouffre. Je m'étais entretenu avec des responsables à un haut niveau de notre pays pour faire remarquer que si nous continuons dans ce sens, nous n'allons pas vers un avenir heureux. Nous ne pouvons pas faire de ce pays un pays de fonctionnaires. Nous devrions plutôt nous préoccuper de la formation des travailleurs dans de petites et moyennes entreprises. Nous avons abandonné l'élevage aux Mbororos (= arrivés en RCA en 1932 avec leurs troupeaux de bétail en provenance du Nigeria). Les secteurs nécessaires pour la survie des Centrafricains sont l'agriculture et l'élevage. Tout le monde étudie pour devenir des fonctionnaires. Nous avons la culture du bic... Nous devrions plutôt privilégier le travail de la main, renforcer les écoles techniques qui préparent des travailleurs pour l'élevage, l'agriculture, les petites et moyennes entreprises. La seule espérance pour les jeunes c'est d'ouvrir cet horizon, en privilégiant ce type de formation.
Jean-Paul Il a lancé I'idée de la réévangelisation. Qu'en est-il en Centrafrique et dans votre diocèse? Il y a deux formes de réévangelisation comme un recentrage sur l'objet essentiel de notre catéchèse. Il y a toujours des chrétiens qui pratiquent les sacrements d'une manière mécanique et magique. Il y a une insistance sur les objets de culte (médailles, chapelets, etc.) Il y a une recherche effrénée du miracle Il faut réévangeliser tout cela. Mai; il y a le deuxième type de réévangelisation, qui va dans le sens de kérygme Tour la majorité de la population Centrafricaine la parole de Dieu est arrivée par des bruits. A la Radio, à la Télé on parle de Jésus mais les gens ne savent pas le contenu de son message. Si nous: sommes 3 millions, on peut compter ceux qui se disent chrétiens (Catholiques et Protestants) comme un million de fidèles. Il reste deux tiers à évangéliser, auxquels il faut annoncer la parole pour la première fois. L'ensemble de la population Centrafrique est en attente d'une parole qui libère. Et ceux qui ont déjà écouté cette Parole, doivent la réécouter pour qu'ils soient eux aussi libérés dans l'essentiel de leur vie de chrétiens. J'ai toujours eu deux soucis dans ma vie d'Évêque l'évangélisation et la formation de pasteurs capables d'annoncer cette parole vraie.
L'an 2000 approche : Qu'est-ce qu'on fait pour se préparer au Jubilé ? J'ai été désigné comme représentant de l'Afrique Centrale au sein du Comité Central de Rome en vue de la préparation du Jubilé de l'an 2000. Mgr. Yombandji François-Xavier de Kaga Bandoro est à la tête de l'équipe qui a la responsabilité de la préparation de documents et d'outils de réflexion. Chaque diocèse s'organise comme il veut, avec les structures qu'il veut mettre en place. J'aurais souhaité que cet événement du bimillénaire de la venue du Christ soit une occasion de faire un retour sur nous pour voir si cette parole est entrée chez nous. Ou bien si cette parole est restée comme civilisation du conquérant, de l' Europe, adoptée en même temps que sa culture. Nous devrions être capables de voir en cette parole ce qui est nouveau, qui nous donne Je sens du bonheur, le vrai, qui nous donne le sens de l'humanité, de la fraternité (qui est la réconciliation de l'homme avec Dieu, modèle et force de la réconciliation entre les hommes). Nous travaillons dans ce sens. Nous en sommes à l'année du Saint Esprit. Qu'il nous aide à réfléchir sur l'Église toujours sous la mouvance de ce Saint Esprit et sous la protection de la Mère de l'Église, Marie de Nazareth.
Tonino Falaguasta Nyabenda
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Le cendrillon du continent |