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La route du sucre |
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À l’occasion du 150è anniversaire de l’abolition de l’esclavage par la France et du 130è anniversaire (28 juillet 1868) de l’approbation par les États-unis du 14è amendement de la Constitution qui établit l’égalité des Noirs avec les Blancs devant la loi.
Les débuts Après la découverte du Nouveau Monde, Espagne, Portugal, Hollande et Angleterre mirent en place un système de commerce triangulaire. Les navires quittaient les ports européens chargés de tissus, armes, alcool, barres de fer qu'ils échangeaient en Afrique contre des hommes. Où est-ce qu'on venait chercher les esclaves? Sur les côtes de l'Afrique Occidentale, à partir du Sénégal jusqu'au Bénin. Et puis au Congo et en Angola. On négociait avec les souverains locaux qui procédaient à des razzias à l'intérieur des terres. La traite des esclaves devint, petit à petit, une affaire d'état et contribua d'une fa~on déterminante à la fortune de quelques royaumes du Golfe de Guinée (Ashanti. Dahomey, Oyo). Les transactions entre chefs locaux et négriers étaient confiées au "courtier", l'africain chargé de fournir la marchandise humaine. Le prix d'un homme adulte et sain revenait à 250 sterling en marchandise. L'achat de 3000 esclaves revenait à 800 pièces d'étoffe. Mais du ‘vrai' coton, car les africains devinrent bientôt exigeants dans la matière. Suivait le départ vers les Amériques, le long du parcours que les anglais appelaient le "Middle Passage", le deuxième côté du triangle, riche en surprises: calme plat de I'océan, ouragans tropicaux, épidémies, révoltes à bord, vivres insuffisants pour nourrir 400-500 esclaves. Dès qu'ils étaient débarqués, les esclaves étaient vendus ou troqués contre des produits locaux. Les navires faisaient alors proue vers l'Europe - le troisième côté du triangle - chargés des marchandises attendues par les ménagères et les fabricants européens: café, coton, cacao, bois, sucre. Surtout du sucre. Les européens étaient en train de devenir de grands: consommateurs de sucre. Un auteur du XVIII siècle écrira: "Aujourd'hui on trouve le sucre dans toutes les cuisines, tandis qu'autrefois on ne le trouvait que dans les pharmacies, qui les gardaient pour les malades "
Les nouveaux citoyens La France, qui au XVI siècle possédait peu de colonies, s'y mit vers le milieu du XVII siècle, en acquérant la Martinique (en 1635 et puis la Guadeloupe, la Guyane, et la partie occidentale de Saint Dominique (aujourd'hui Haïti). Bordeaux, Lorient, La Rochelle, Le Havre, Nantes, n'eurent pas honte de devenir des villes ’négrières': la traite rapportait. Au contraire, on donnait des titres de noblesse aux entreprises qui construisaient leur nouvelle fortune grâce à l'exploitation de la main d'oeuvre africaine aux Antilles. C'est au cours du XVIII siècle que les voix de ceux qui condamnent l'esclavage commencent à se lever. Le mouvement anti- esclavagiste n'eut pas la vie facile. Un peu comme ce qui arrive aujourd'hui à ceux qui dénoncent le commerce des armes. Dans la période que tous les livres d'école présentent comme la plus révolutionnaire pour la France (1783-1792), 1132 le; navires négriers quittèrent les ports français, introduisant environ 370.000 captifs aux Antilles. Dans la Déclaration des droits de l'homme du 26 août 1789 on n'y trouve pas même un mot sur l'esclavage*. La première abolition est décrétée en juin 1794. Mais Bonaparte rétablira l'esclavage en 1802. La deuxième et définitive abolition ne surviendra que le 27 avril 1848. En mai, des troubles éclatèrent en Martinique et en Guadeloupe, car les esclaves exigeaient l'application immédiate du décret approuvé par la métropole. Le 23 mai, l'abolition devint effective en Martinique. On y comptait alors 75 000 esclaves 120.000 habitants. Au total, France libéra plus de 2500 (Noirs, qui devinrent des "nouveaux » libres "ou "nouveaux citoyens". Très peu retournèrent en Afrique. À l'occasion du 150e anniversaire de cette abolition les évêques de la Martinique, de Guadeloupe, de la. Guyane française et de la Réunion ont pub un document dans lequel ils dressent un bilan. "Des hommes ont été vendus et achetés sur la place publique comme dans des foires bestiaux. Ce fut un immense péché collectif, commis en toute égalité ... Ce qui nous a blessés et qui nous avilit, il faut nous guérir. Que chacun s'interroge conscience, sur les séquelles laissées en lui par l'esclavage: comme la tentation de domination du fort sur le faible, de ('homme sur femme, des parents sur les enfants des employeurs sur les employés ».
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