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Le 23 novembre 1997, l’Église Catholique du Burundi a commencé, étape par étape, le jubilé qui commémore le premier centenaire de l’évangélisation. La clôture de ce jubilé sera célébrée le 22 novembre prochain. Dans leur message, les évêques du pays exhortent les communautés chrétiennes et la société entière, à s’engager résolument dans la voie du dialogue "l’ont toujours prôné".
C’était en juin 1878 que dix missionnaires de la Société des Pères Blancs quittèrent Bagamoyo, sur la côte tanzanienne de l’Océan Indien. Destination : la région des Grands Lacs. Jusqu’à Tabora, ils avancèrent ensemble, à pied. Puis cinq d’entre eux prirent la route vers le lac Victoria. Les autres atteignirent Ujiji, sur la côte orientale du Lac Tanganyika, le 22 janvier 1879 et après avoir visité plusieurs centres au bord du lac, décidèrent d’ouvrir une mission sur la côte burundaise à Rumonge. Deux ans plus tard la tragédie s’abattit sur la nouvelle mission. À leur insu, les missionnaires étaient tombés au cœur d’un conflit qui opposait les chefs locaux. La mission fut attaquée, deux missionnaires et un auxiliaire laïc furent tués. Après avoir échoué à Rumonge, les Missionnaires d’Afrique opérèrent une nouvelle percée à partir de l’Est du pays et installèrent une croix en bois dans la localité de Misugi, avant d’atteindre les collines de Muyage, dans a province actuelle de Cankuzo, diocèse de Ruyigi, où surgit finalement la première mission. C’était en 1898. D’autres fondations suivirent : Mugera, tout près de la résidence du Roi Mwezi, Buhonga, Gatara, Kanyinya, Rugari, Buhoro, etc.
«Mêlée aux conflits» Alors que les débuts avaient été lents et difficiles, à partir des années trente le mouvement d’adhésion au catholicisme prit un grand essor. La méthode pastorale prévoyait une longue période de catéchuménat, la préparation de catéchistes et animateurs bien entraînés, la création de nouvelles paroisses et succursales. En 1925 eut lieu l’ordination des premiers prêtres burundais; en 1930 vit le jour la première Congrégation religieuse locale. En 1959 Mgr Michel Ntuyahaga devint le premier évêque burundais, à la tête du diocèse de Bujumbura. De nombreuses œuvres sociales, sanitaires et scolaires ont accompagné la croissance de la communauté chrétienne (en 1993, sur une population de 5.847.000 habitants : 3.726.000 catholiques, 286.000 catéchumènes). Après l’indépendance politique en 1962, les relations entre les deux groupes Hutu et Tutsi, présents aussi au Rwanda et au Congo, connurent une détérioration sans précédents. La vie de l’Église même en fut très perturbée. L’Église se trouva mêlée aux conflits entre les deux groupes se disputant la suprématie politique. Presque 100.000 furent les victimes de trois semaines d’effusion de sang, en 1972, la plupart d’origine Hutu. Parmi elles, une vingtaine de prêtres, environ 2100 enseignants et catéchistes, 60 étudiants universitaires, 650 étudiants de niveau secondaire…
Pendant la soi-disant deuxième République, sous le régime du Col. Bagaza (1976 – 1987), l’Église fut objet d’une vraie persécution. Tandis qu’environ 250 missionnaires étaient obligés d’abandonner le pays, le travail des agents pastoraux fut soumis à des entraves sans nombre : suppression de l’action catholique et de l’enseignement de la religion, limitations sévères à la liberté du culte.
«Une courte période» Enfin, la crise actuelle, ouverte par une tentative de coup d’état en octobre 1993, de la part de l’armée, dirigé contre le président Melchior Ndadaye. L’assassinat de celui-ci et les multiples entraves opposées aux légitimes aspirations démocratiques exprimées aux élections, ont conduit le pays à la paralysie. Le régime instauré par le Major P. Buyoya, avec un coup d’état en juillet 1996, a du mal proposer le rapprochement des parties en litige. L’opposition interne et l’embargo international ne font que provoquer de nouvelles victimes. On parle de 150-200.000 morts, de centaines de milliers de déplacés, réfugiés, détenus dans des camps spéciaux. Certaines régions ont beaucoup souffert, en particulier le diocèse de Bubanza où, sur huit paroisses, une seule est restée opérante pendant longtemps. Dans leur message aux chrétiens du pays (28 Mai), après avoir rappelé que « Cent ans, c’est une courte période dans la vie d’une Église », les évêques ont indiqué le dialogue et la négociation comme la seule voie de solution. "La situation est grave. Et pourtant, certains continuent à s’engager dans la logique de la guerre et des violences, dans la diabolisation globale des autres, dans le mensonge, dans la corruption et dans les injustices. Nous condamnons énergiquement cette voie qui éternise les conflits sanglants. Nous demandons aux protagonistes d’arrêter les violences. En effet, les populations victimes, sont totalement déstabilisées et par conséquent, rendues incapables d’assurer leur survie. Nous dénonçons toutes les formes d’exactions qui vont à l’encontre de la dignité de la personne humaine : amputations, vols, viols, arrestations et exécutions sommaires et extrajudiciaires, amendes illégales, etc., prix trop lourd pour un résultat dégradant. Nous supplions les protagonistes de s’engager résolument dans la voie du dialogue comme nos ancêtres, dans leur sagesse, l’ont toujours prôné : «Nulle tragédie au pays des sages»; «Refuser d’écouter le conseil des sages, c’est se priver des funérailles dignes» ; «Là ou il y a dialogue et concorde, là est Dieu». Pour un avenir meilleur de notre pays, éduquons-nous mutuellement à la réconciliation et à la paix pour ne pas continuer à nous entraîner dans l’autodestruction".
P. D. Bosa, M.A.
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« Nulle tragédie au pays des sages » |