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Études de Droit d'abord à l'Université de Lovanium, et ensuite à l'Université Officielle du Congo à Élisabethville (Lubumbashi), M. Mbuinga Vubu Sylvestre a plus de 30 ans de carrière dans la magistrature. II est président honoraire et émérite de la Cour suprême de Justice de la RDC.

 

Þ On entend dire qu'on peut exercer votre profession de différentes façons: soit comme un moyen pour gagner vite beaucoup d'argent, soit avec une mentalité de fonctionnaire. Quel est votre point de vue?

Je crois que lorsqu'on a la foi, cela peut transformer même la profession de magistrat.

Le chrétien qui entre dans la magistrature pour faire de l'argent, court le danger de perdre son âme. La foi est très importante, elle peut donner l'énergie nécessaire pour résister et tenir bon. De 1885, jusqu'à 1965 un magistrat était un serviteur de l'état bien payé.

Puis on a connu beaucoup de difficultés. Celui qui n'a pas la foi, peut facilement sombrer dans la corruption. Je pense que chaque profession doit s'attendre à des difficultés, surtout si on veut vivre en respectant la loi  de Dieu. Les difficultés sont justement des textes pour un chrétien, un défi qui le pousse à se préoccuper de la qualité de la vie.

 

Þ Qu'est-ce que vous diriez à ceux qui aujourd'hui embrassent la magistrature comme carrière?

La première des choses à faire c'est de bien maîtriser le droit, d'obtenir son diplôme en toute honnêteté. Puisque cette profession est appelée à trancher justement les conflits, il faut maîtriser les règles du jeux. Deuxième chose, c'est que science sans conscience ce n'est que des larmes. La science ne doit pas servir au mal. La troisième, c'est de voir dans les personnes qu'on juge, ses semblables. De là, la peur de se tromper, la peur de se faire corrompre et de fausser la justice.

 

Þ Le magistrat doit juger des cas compliqués. Il est conscient que de son verdict dépend le sort des personnes. C'est une lourde charge, n'est-ce pas ?

Oui, juger ses semblables c'est difficile. Mais il faut bien qu'il y ait quelqu'un qui aide les gens en conflit à résoudre leurs problèmes. La prière, la lumière qui vient de l'Esprit Saint y peuvent contribuer, parfois pour le grand étonnement du magistrat même. Je pourrais rappeler ici les cas que j'ai eu à traiter tout au long de ma carrière. Je n'en citerai que deux. Le premier, celui d'une fille qui avait conçu de son propre père. Que faire? D'un côté le code pénal: inceste. De l'autre côté, si c'est un viol, le père devrait être arrêté et jeté en prison.

Au moment où je suis plongé dans la lecture du dossier, mon secrétaire m'annonce la visite d'une dame qui voulait me voir. Elle se présente, elle est l'épouse de l'homme qui est auteur du scandale dont toute la cité parle: "Monsieur le magistrat, me dit-elle, je vous supplie, je ne veux pas que mon mari soit arrêté". Je lui demande: "Mais pourquoi?". "Premièrement, je ne veux pas que mon mari soit humilié. Puis, parce que si mon mari est arrêté, mon mariage va voler en éclats et l'avenir même de l'enfant est menacé ". Après avoir considéré ce qui était en jeu, j'ai accédé à la requête de la dame et classé le dossier. L'autre cas, c'est l'histoire d'un condamné à mort, premier degré, pour un crime sadique: il avait tué une maman et un bébé sur la route. Un homme qui jouissait de toutes ses facultés et qui d'après l'expertise médico-légale était "normal". J'ai lu le dossier, j'ai trouvé qu'il avait quelque chose qui n'allait pas. J'ai dû me battre en tant qu'officier du ministère public pour obtenir du tribunal une contre-expertise. C'était scandaleux: tant les avocats de la partie civile de la victime que le public trouvaient cela scandaleux. J'ai pu obtenir une contre expertise, d'où il résulta que cet homme était "fou".

 

 

 

Au tribunal