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Il advint, en ces jours-là, que parut un édit signé par le vice-ministre de l’Intérieur de l’empire, ordonnant le renouvellement des pièces d’identités. Il était grand temps, disait l’édit, de balayer les papiers en circulation, symbole de quarante ans de dictature et de corruption. Par quelle frontière êtes-vous passés? Qu’est-ce que vous allez faire à Jérusalem? Qui vous dit qu’il faut monter à la capitale pour arranger les papiers? Nazareth n’a pas une municipalité ? Joseph attend patiemment que l’agent de la force d’occupation préposé à la garde de sa porte septentrionale de la ville sainte ait terminé son chapelet de questions. Puis il répond : Vous savez, Nazareth c’est juste un petit hameau, qu’aucune carte de l’empire ne mentionne. Oui, il y avait ce qu’on appelait le bureau de zone. Mais cela remonte au temps de mon grand-père. Après la guerre et le pillage du bureau, il ne reste que quelques murs délabrés. Or, la gendarmerie de Tibériade ne me laisse pas tranquille. Ils menacent : « ou une carte d’identité comme il faut, ou on te retirera la licence de charpentier ». un ami m’a alors conseillé : « Joseph, va directement à la capitale. Là où tu trouveras la solution à ton problème. Et tandis que le gouvernement dit que le nouveau document est gratuit, les gens d’ici contrôle. Peut-être arriverons-nous à Bethléem avant le coucher du soleil, dit Joseph à son épouse. À trois milles du centre, encore une barrière. Ils sont un peu dingues à Jérusalem. On n’enregistre plus les gens d’après leurs ancêtres. On est tous des citoyens à part entière, oui ou non ? Joseph : C’est ce qu’on entend dire. Écoutez, la seule chose que je désire, maintenant, c’est d’arriver à Bethléem, Mon épouse… Je comprends – tranche le commis de la gabelle, pris d’un soudain sentiment de compassion. Allez où vous voulez. Au revoir. Du courage, Marie, Bethléem est derrière cette colline-là, fait Joseph. Marie avance lentement, d’un pas régulier. Lorsqu’elle aperçoit les premiers toits du village, elle s’arrête : Joseph, est-ce que tu te souviens de l’oracle du prophète Michée ? Aide-moi à le réciter : « Et toi c’est Bethléem Ephrata, le moindre des clans de Juda, c’est de toi que ma naîtra celui qui doit régner sur Israël » Les derniers rayons du soleil semblent ajouter à la vision du prophète une clarté extraordinaire, inexprimable. Aux yeux ravis de Marie et de Joseph, Bethléem n’apparaît plus comme le bout du tunnel des paperasses administratives, mais le lieu d’une promesse sur le point de se réaliser. La maison de Bar-Teqoa est vite trouvée. Il est absent. Je ne sais pas quand il rentrera. D’habitude c’est le soir très tard, explique sa femme en leur offrant un verre d’eau. Après quelques instants de silence : Est-ce que vous avez pensé pour la nuit ? Ici, comme vous pouvez constater, on est bien à l’étroit. Il faudra que vous cherchiez avant qu’il ne fasse nuit. Vous pouvez vous renseigner auprès de Ben-Shur, sur la route des pâturages. Allez. Au revoir. L’habitation de Ben-Shur est archicomble : allez chez Al-Tamar, peut-être que … Allez… Joseph, je n’en peux plus. Arrêtons-nous n’importe où, dans un coin tranquille. Je sens que le moment est arrivé. C’est donc comme ça « qu’elle enfanta son fils premier-né, l’enveloppa de langes et le coucha dans une crèche ». (Lc 2,7). Ae
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La carte d’identité |
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