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Au pays de tous les rites |
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Interview à P. Kabeya Mbinze Janvier, originaire de Tshikapa (Kasai), missionnaire combonien. Avant de partir au Soudan, il a suivi une période de préparation en Égypte.
Qu’est-ce que tu es allé faire en Égypte? Beaucoup de gens y vont pour admirer les pyramides ou la célèbre vallée des Rois. Eh, bien! Moi j’y suis allé pour faire l’expérience d’un début d’insertion dans le monde arabe. Précisément par l’étude de la langue arabe, de l’islamologie et un peu de pastoral dans le milieu égyptien. Arrivé en Égypte, je me suis dit que je devais devenir « un » avec les Égyptiens, c’est-à-dire, m’adapter à leur culture et milieu social. Cela ne fut pas facile. J’ai eu beaucoup de difficultés.
Lesquelles, par exemple? D’abord la grande barrière a été la langue. L’arabe est assez riche et compliqué. Puis il y a eu une différence entre l’arabe littéraire qu’on étudie et l’arabe parlé par l’homme de la rue. J’ai fait des efforts réels pour entrer avec des yeux de sympathie dans ce monde totalement nouveau pour moi. Si on ne l’aime pas on ne parviendra jamais à l’assimiler. Nous étudions au Centre « Dar Comboni » (Maison Comboni), qui reçoit tous ceux qui veulent connaître en profondeur les réalités du monde arabe. Hormis les cours, il y avait aussi des conférences, débats, visites des lieux historiques de grande importance. On profite de toutes les occasions en vue d’apprendre plus
Donc, tout a bien marché? Pas tellement, puisque ensuite j’ai eu quelques problèmes de santé, qui m’ont coûté les yeux de la tête. C’est ainsi que j’ai dû passer presque une année académique hors de l’école. J’ai mis à profit tout ce temps qui semblait pourtant perdu. Apprendre c’est un long processus; cela est encore plus vrai avec la langue et la culture arabe. Alors j’ai pris mon temps à conférer avec les gens, notamment les jeunes. Cela m’a aidé aussi à braver des préjugés sur les égyptiens.
Est-ce qu’il y a eu quelque chose qui t’a déconcentré d’une façon particulière? J’ai été frappé par le fait que les Égyptiens ne se considèrent pas africains. Il est vrai que l’Égypte se sent plus proche géographiquement, culturellement et historiquement du Moyen-Orient. Cependant cela ne l’empêche pas d’avoir beaucoup d’intérêts dans le continent et d’être compté parmi les pays africains. C’est bien ce complexe - je parle de mon impression - qui favorise parfois un jugement négatif sur les événements de nos pays. Même leurs frères Nubiens sont vus comme des citoyens de 2è classe. Et pourtant on a compté les Nubiens certains pharaons célèbres.
Et du point de vue religieux? Dès les premiers contacts, on s’aperçoit des difficultés qui menacent la cohabitation et les échanges soit entre l’islam et le christianisme, soit, au sein du christianisme, entre catholiques et orthodoxes. On pourrait dire que c’est une difficulté pérenne. Certains essayent de la minimiser, mais ce n’est pas réaliste. Les efforts sont en cours et on espère qu’un jour quelque chose changera. Au sein du christianisme, il est intéressant de noter que l’Égypte compte tous les rites de l’Église universelle, à savoir: copte, maronite, syrien, chaldéen, grec, arménien, latin… Certains de ces rites ont leurs parallèles orthodoxes. Finalement, l’ambiance générale du pays étant dominée par l’islam, il y a toujours l’anxiété de faire un faux-pas contre cette culture omniprésente et, dans plusieurs domaines, traditionaliste. C’est cela qui semble rendre laborieux l’effort d’acculturation pour un étranger.
Quelles sont les valeurs que tu as décelées davantage? D’abord l’expression de la foi. J’étais frappé par la manière simple de vivre la foi par l’homme égyptien, aussi bien le musulman que le chrétien. A propos des musulmans par exemple, vous pouvez les trouver en train de prier dans les coins des rues, dans les gares et les aéroports, aux marchés, aux lieux de travail. On prie partout, avec une grande liberté. Il y a naturellement quelques abuts et exagérations, mais on doit dire que les personnes sincères et dévouées sont nombreuses.
Et à propos des chrétiens? J’ai eu l’impression que les musulmans sont parfois plus soudés et dynamiques que les chrétiens. Malheureusement cela se manifeste aussi à travers des faits violents que nous connaissons. Quant aux chrétiens, leur sens du sacré saute aux yeux de tout le monde. L’inspiration aux valeurs évangéliques est très évidente. La tradition marque toute la vie de chaque chrétien. A la différence des chrétiens africains que je connais, qui ont à côté de la tradition chrétienne (d’ailleurs très récente) toute une foule d’autres traditions souvent en contradiction avec l’évangile, le chrétien égyptien n’a comme point de référence que la tradition chrétienne.
En conclusion, une expérience positive? L’Égyptien est en général accueillant et ouvert. Il/elle s’intéresse très facilement à l’étranger. La fréquentation assidue finit par créer des relations saines et profondes. J’ai connu particulièrement une famille où j’ai été accepté comme un de leurs en bien d’égards. J’ai connu aussi d’autres familles qui m’ont apprécié et m’ont accepté tel que je suis. De cela est sortie, j’en suis sûr, une approche nouvelle: des gens ont finalement pu trouver quelque chose de bon dans un pauvre africain comme moi! D’ailleurs, pour briser les barrière, il n’y a pas d’autre voie que celle de l’acceptation et de l’amour. Ae |