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Kayiba Pétronille (Sœurs Dominicaines missionnaires du Rosaire), est professeur au Théologat Eugène Mazenod et à l’Institut de Spiritualité de missiologie, Kinshasa. Elle est aussi membre du mouvement Femmes pour la justice et la paix.

 

Une femme professeur en théologie: comment réagissent les étudiants?

A vrai dire, jusque là je n’ai constaté aucune réaction particulière. D’ailleurs mon expérience dans l’enseignement et la formation de religieux et religieuses, est encore courte. Mais, à propos de réactions, quoique cela ne me concerne pas directement, je me rappelle d’une conférence organisée dans le cadre la de la « Chaire Cardinal Malula ». Le thème était sur la femme, la conférencière était une femme. Alors là il y eu des réactions qui à mon avis, manifestaient clairement comme un rejet, du fait que la conférencière était une femme. Des signes qui montrent bien la non acceptation de la femme qui est encore considérée comme incapable de tenir un discours théologique. Du côté du corps des professeurs, jusque là je me sens acceptée et même encouragée.

 

Quand même, tout cela représente une nouveauté

Je suis convaincue que comme femme j’ai ma façon de sentir Dieu, de dire Dieu. Cela c’est un mouvement qui est déjà lancé dans l’Église. Dans le milieu où je travaille je crois que la perception de ce discours est encore minime, càd, ceux qui perçoivent cela sont encore minoritaires. Je crois qu’ici chez nous il y a un long cheminement à faire, puisque c’est comme si la femme elle-même serait le problème. Le problème c’est le rapport entre homme et femme, qui est vécu d’une façon déséquilibrée. Quand on entend dire de la part des hommes: « Vous les femmes, vous cherchez quoi? », et bien, derrière cette question, c’est la femme qui est le problème. Et les hommes arrivent même à préciser: «Vous avez votre place, prenez votre place, personne ne vous empêche de la prendre ».

 

Dans l’enseignement à des futurs prêtres, qu’est-ce que vous considérez important?

Ce qui me semble essentiel c’est tout simplement la transmission de la foi. Mais une transmission que j’essaie de faire à partir de ma sensibilité de femme, donc à partir de mon altérité. Et s’il y a un rôle particulier, je crois que c’est celui d’apporter une autre manière de voir les relations entre homme et femme. Et cela est très important dans la formation de futurs prêtres. En tant que femmes nous pouvons offrir une autre manière d’établir des relations. Nous devons nous poser entant que partenaires différents mais étaux.

 

En dehors de l’enseignement, y a-t-il d’autres domaines où vous êtes engagée?

Je suis membre du mouvement Femmes pour la justice et la paix. Après un temps d’euphorie, pendant lequel les femmes engagées étaient nombreuses, le groupe est actuellement plus restreint. Mais il se veut toujours actif. Le mouvement vise tout à l’intégration des valeurs de justice et de paix, de liberté et de fraternité. C’est à mon avis une autre approche de la question de la promotion de la femme, parce que, du  moins ici chez nous, quand on parle de la promotion de la femme on pense tout de suite à la formation dans le domaine du développement ou économique.

 

Dans la présente situation économique et politique quel est le rôle des femmes?

Les femmes font beaucoup de choses, surtout pour la survie. Mais c’est toujours le domaine économique qui ressort. Je crois qu’il faut d’abord une prise de conscience, de la part des femmes, de leur responsabilité dans la gestion de la société. Là joue, peut-être, la culture que nous avons intériorisée, le discours qu’on nous a toujours tenu: la femme ne peut pas faire de la politique. La politique nous fait peur, parce que dès qu’on entend le mot politique, on pense tout de suite à la politique comme conquête du pouvoir. Dans ce domaine, nous devons comprendre que la politique c’est la manière de gérer la société, la manière même d’organiser la société. Et que nous avons notre part de responsabilité.

 

Mais tout cela suppose un changement de mentalité

Oui, cela suppose, par exemple, que nous sortions de « l’informel érotique », du fait que nous les femmes nous sommes à l’ombre des hommes. C’est une situation où l’histoire nous a enfermées, pour ne pas dire nous a condamnées. Avec la prise de conscience de nos responsabilités, je crois que nous pouvons sortir pour nous engager dans le domaine public, et surtout dans le domaine de la justice et paix, qui touche profondément les structures sociales. L’organisation de notre société est entachée d’injustice.

Nous devons apporter notre sensibilité de femmes, notre façon de voir les choses dans les instances organisatrices des structures qui régissent notre société.

 

L’engagement pour la justice et la paix est souvent une entreprise dangereuse, n’est-ce pas?

La peur est humaine. Il y a des moments où moi aussi je me sens prise par la peur. Mais ce qui serait dangereux, ou grave, serait de permettre que cette peur me paralyse ou démobilise.

La peur qui nous démobilise est toujours liée à des intérêts que nous voulons protéger. Je me pose souvent la question: qu’est-ce que je gagnerais, au fond, en m’enfermant tranquillement dans ma peur? Parfois je cherche même des raisons pour la justifier. Mais je trouve des motivations pour vaincre ma peur dans le raisonnement suivant: qu’est-ce que je gagne en sacrifiant les appels de l’évangile ou de milliers des personnes qui sont en train de souffrir et de mourir? Comme femme j’ai conscience que pour donner la vie je dois nécessairement affronter la peur, affronter la souffrance ou même la mort. En partant de ma vocation, de ma mission de femme, je comprends que la vie est la vraie libération, et elle ne peut advenir qu’à cette condition: que je dépasse ma peur.

Betty C.I.

 

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