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«Parti de rien, avec sa volonté comme seul capital, il s’est fait une fortune colossale, se bâtissant un empire financier par la force de son travail inlassable. Homme courageux, intelligent en affaires, sur avec lui-même et sévère avec les autres, il laisse pourtant dans le dénuement le plus total sa grande famille auréolée de la gloire passée de son nom jadis partout acclamé et admiré ». Épitaphe macabre? Non point ! Description du parcours de vie étonnant, terrible, d’un homme qui a joui de son vivant de toutes les apparences de réussite et de bonheur, mais qui mourut pauvre, exténué par une maladie «longue et pénible», dénué, heureux finalement et réconcilié avec son Dieu. «Mon héritage, mes enfants, c’est la prière ! Apprenez à connaître Dieu et vivez dans l’obéissance à sa Parole et dans la crainte de son Nom !» Ce fut là ses dernières paroles aux enfants entourant son chevet à l’hôpital, et il rejoignit la demeure du Père céleste, ce Dieu qu’il avait écarté de sa vie des années durant et retrouvé les quelques années précédant sa disparition. Il a littéralement brûlé sa vie et sa fortune, comme s’il était pressé de vivre, d’acquérir et de dissiper, et ne rien laisser à l’humanité. Hâte de vivre, jouissances effrénées et dissipations : trois caractéristiques de la vie des gens «mystiques», comme disent les Kinois. Il y a une raison à cela, et de taille : avec l’argent acquis hors de Dieu, jamais on a la paix du cœur.
Le crocodile A 18 ans, les poils mangeant tout le menton, SHERIF – c’est son superbe nom de guerre – termine l’école primaire, mais trop âgé (en 1958 nous avons 13 ans et lui est barbu !) pour poursuivre aux humanités, se lance résolument dans le trafic de contrebande entre les deux rives du Fleuve, à travers les maquis propices qui en longent le parcours puissant et majestueux. Naufrages et balles de la Police fluviale des deux CONGO ont failli plus d’une fois noyer à tout jamais les projets du jeune « conquistador » de l’Eldorado. Mais c’était sans compter sur la hargne de vivre qui lui tenaillait les entrailles. Quelques années plus tard, nous montrant le dos et l’abdomen bariolés de grosses cicatrices impressionnantes, SHERIF, un sourire supérieur au coin des lèvres, affirmera : «j’avais la peau dure du crocodile, mon totem, ces minables ne pouvaient m’avoir !» «Toi, un catho pur sang, un totem ? » Dan son langage direct et coloré, SHERIF s’explique : « J’ai travaillé dur, suant eau et sang et risqué ma vie ! Mais sur l’eau on est jamais seul : il faut toujours intégrer dans son entreprise les esprits sous-marins, les démons des eaux… Vous comprenez? Dont le plus terrifiant est le démon crocodile-Monama ! «Vous croyez que toutes ces fortunes étalées viennent des prières à Jésus? Faut pas rêver ! L’argent appartient à Satan. Qui en veut doit se consacrer à lui et tout lui sacrifier. Et qui a bu de ce sang en boira encore. C’est un pacte, comme celui avec votre Jésus, pour vous les naïfs qui mourrez pauvres, n’est-ce pas ? Mais cessez donc de lorgner tout le temps sur mon nouvel arrivage Souliers Cuir d’Italie ! Vous en bavez pour une paire, pauvre curé ? Brune? Noire? Quelle pointure ?» «Dans les eaux, le Croco, sur la terre ferme, des garanties-Maisons, ces officines d’initiation à toutes les connaissances de nuit pour obtenir les pouvoirs de nuit des Puissances de nuit. La magie des Forces du Deuxième Monde, vous ne connaissez pas, vous les prêtres, vous n’y croyez pas, mais elle existe et nous fonctionnons avec ce carburant-là et ça marche ! Ainsi nous utilisons des soi-disant morts de famille comme nos ouvriers de nuit ; nous avons des équipes nocturnes époustouflantes de concert avec des hommes d’État, des généraux d’Armée, des vedettes («dieux», «grand maîtres») de la musique congolaise et des sports à travers les rivières de KIN, les eaux des forêts ou des marécages ; nous descendons dans le monde souterrain des tombes au royaume de Salomon, Jézabel et autres démons pour renforcer notre punch dans les affaires et les milieux ».
Des gros cigares Et ce fut la folie de l’argent, la spirale des « blindages mystiques », de « protections » de plus en plus puissantes dans une sarabande effrénée d’affiliations serviles à des Maisons ésotériques et aux Forces de nuit des coutumes traditionnelles, les unes plus étranges que les autres. Puissant, fier, arrogant et superbe, SHERIF, pourri d’argent, ne se priva de rien. Deux co-épouses connues, ses « porte-bonheur » comme il les appelait, chacune commise à la garde d’une valise-jumbo remplie de produits magiques de « protection », la troisième appartenant à l’époux-roi, prêtre du Crocodile. Heureux – l’on peut penser que la magie et l’occultisme puissent rendre heureux ! SHERIF multiplie les aventures amoureuses et brûle des billets de 100$ pour allumer des gros cigares Havane dans le hall prestigieux de l’Hôtel Intercontinental. Il y loue la meilleure suite pour y loger ses maîtresses blanches importées d’Europe le temps d’un week-end. Il s’achète des grosses américaines qu’il conduit parfois lui-même, un chapeau sur la tête, comme on voit dans les fils des gangsters américains, le reste de la tenue aussi extravagant que criard, et les dix gardes de corps fringués à l’avenant. Bref, une vie de jouissances raffinées. La cour du Roi-Crocodile contient des fauves qui se griffent, se donnent des coups de pattes, s’entre-dévorent: au royaume de Satan, les monstres font loi. Autour de SHERIF ce n’était que jalousie et coups bas. Et ce des années durant. C’est ainsi qu’un jour de 1980, informé de ses activités occultes, nous avons réagi en lui parlant avec la vigueur et l’autorité d’un Prêtre-Prophète de Dieu, sans mâcher les mots ni saliver: une entrevue tonnante, un orage sec. C’est le seul langage que ce genre d’hommes entendent; c’est par la bagarre que l’on enlève ce type de citadelle. Insensé, cette nuit même, on va te redemander ton âme. Et ce que tu as amassé, qui l’aura? (Lc 12,20)
Témoignage Et alors commença pour le Roi-Crocodile une période néfaste de deuils et de vache maigres: les 30 années de pacte avec le Diable touchaient à terme. Il fallait payer en retour. C’est dan la logique de l’amitié avec le Diable. Mort successive des deux épouses complices, dettes impossibles à rembourser, plus d’autos: monsieur va à pieds et, ses chaussures de luxe vendues, la paire restante en perd ses talons et bientôt ses semelles. Un désastre que nous mettons à profit pour accentuer notre pression pour le retour du Pharaon-Crocodile à l’obéissance de la croix du seul Seigneur et Maître: Jésus-Christ. Impressionné par son cher petit frère prêtre, SHERIF s’arrêta et pleura sur sa jeunesse de l’âme, perdue par la soif du monde. Il fera en guise de repentance un témoignage public, et en homme d’une seule pièce il retournera au pied de la croix, soutenu par la Très Sainte Vierge Marie qu’il y trouva déjà pleurant en suppliant pour l’âme de Son fils prodigue. Et en 1990, à 50 ans, il se consuma dans le Seigneur après une longue et pénible purification pénitentielle à l’hôpital, muni des sacrements de la Sainte Église Catholique, lointain berceau de son âme d’enfant. Cette fois-là c’est la Magie de l’amour-miséricorde de Dieu qui a triomphé: Le Fils de Dieu a paru pour détruire les œuvres du Diable (1Jn 3,8). |
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Le sang de satan |