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Le regard vide, la taille petite presque enfantine, 22 ans on dirait que Fiel a décidé de ne pas grandir.

Cela peut-être à partir du jour où les rebelles de la RENAMO l’arrachèrent à son village sous menace de mort. «Si tu veux manger, tu dois combattre», lui dirent-ils. À 13 ans Fiel devint une machine à tuer, pointée contre tous ceux qui sympathisaient avec le Frelimo (Front de Libération du Mozambique). «J’ai tué des gens. J’ai vu leurs yeux fixés sur moi le moment où je les tuais », a confessé le soldat-enfant.

Peu avant la signature de l’accord de paix entre FRELIMO et RENAMO (1992) Fiel se sauva.

Il marcha pendant trois jours pour rejoindre son village. Là, il fut soumis à des rites de purification mentale et corporelle. On lui donna un produit qui le fit vomir pendant trois jours : les crimes qu’il avait commis sortirent de lui. Une façon traditionnelle de mettre une pierre sur le passé, sur le million de morts causés par le conflit. Une pierre que des millions de mozambicains veulent mettre. Cent mille militaires ont accepté l’idée «Oublions le passé et faisons la paix » : cent mille chômeurs potentiels, une mine flottante pour l’ordre social.

Aux militaires démobilisés on a assuré un petit salaire pendant deux ans. En plus, on les a aidés à refaire les shambas (champs), qu’ils avaient abandonnés. La masse des réfugiés – 3 millions) s’est réinstallée.

Les écoles – 2.600 avaient été complètement détruites – ont repris.

Parmi les dangers toujours présents : le trafic d’armes surtout avec l’Afrique du Sud. Entre 3 et 4 millions d’armes illégales circuleraient actuellement en Afrique du Sud, dont la plupart en provenance du Mozambique. Le peuple mozambicain est aujourd’hui un peuple en paix, déterminé à vivre une vie normale. Ni vainqueurs,

ni vaincus, le pays connaît une stabilité politique remarquable, même si on ne peut pas parler encore de démocratie complète. Les experts parlent aujourd’hui de ‘succès story’ mozambicaine.

Osée Lakama

Ni vainqueurs ni vaincus