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L’Afrique est présente dans la Bible presque dès ses premières pages. Surtout la région du delta du Nil, avec : « Ses eaux, ses marais et tous ses réserves d’eau » (Ex. 7, 19). Israël et Égypte ont entretenu des rapports pendant de longs siècles.
Grandeur Un simple coup d'oeil à une carte de géographie permet d'apprécier la relation étroite qui exista entre la Palestine et l'Afrique. Les terres d'Israël étaient placées à demi-chemin entre les empires occidentaux de l'Antiquité (Égypte, Grèce et Rome) et les orientaux (Mésopotamie, Babylone, Assyrie et Perse). Puisque la navigation sur la Mer Rouge n'était pas développée, on peut affirmer que la Palestine était un passage obligatoire entre l'Afrique et l'Asie. En effet, les terres d'Israël voyaient passer des caravanes asiatiques chargées de toutes sortes de marchandises provenant des coins plus mystérieux du monde. Et avec les caravanes, les armées désireuses d'élargir le contrôle sur de nouvelles régions.
Les dominateurs Les experts affirment que l'histoire, selon le sens qu'on donne à ce terme aujourd'hui, ne fait son apparition dans la Bible qu'à partir d'Abraham, il y a 40 siècles. Quand Abraham reçoit l'injonction divine de sortir de son pays, les grands dominateurs de toute cette région sont les Égyptiens. Ils ont bâti les pyramides et d'autres édifices religieux et civils depuis longtemps. Ils connaissent l'écriture, même si sous forme de hiéroglyphes, et ils honorent l'astronomie, le calcul et la géométrie. C'est un empire vaste et puissant, étendu sur les deux rives du Nil jusqu'au-delà des frontières de l'Égypte moderne. Les différentes traductions de la Bible mentionnent, par exemple, une région appelée Éthiopie (Is 18; So 2,12; 3,10). C'est la région de Cus, dans le Haut-Nil, correspondant aujourd'hui à un territoire situé à la frontière entre l'Éthiopie et le nord-est du Soudan. Les pharaons de la XXV dynastie (751-663 av. J.-C.) sont des noirs d'origine éthiopienne, appelés aussi "nubiens". Ils déplaceront pendant plusieurs décennies la capitale de l'empire à leur terre natale. Dans la Bible, jusqu'à la disparition de l'empire, Éthiopie veut donc dire Égypte. Malgré leur puissance et leurs connaissances, les égyptiens n'arrivent pas à résoudre les difficultés liées à la géographie. Leur empire est 'isolé'. C'est la raison pour laquelle les Égyptiens ont toujours les yeux fixes vers Canaam. C'est aussi une mesure de sécurité militaire et d'ordre commercial. Longtemps avant l'émigration des patriarches en Égypte (1700 av. J.-C.), la Palestine est contrôlée militairement par les égyptiens. Une domination qui durera, plus ou moins, jusqu'aux débuts de 1'époque des Juges (1200 av. J.-C.).
Prospérité et alliances Rien d'étonnant donc que l'Égypte soit présente dans la Bible pratiquement dès ses premières pages. Surtout la région du delta du Nil, avec "ses fleuves, ses canaux, ses marais et tous ses réservoirs d'eau" (Ex 7,19). Cette région égyptienne est la plus proche de la Palestine. La Bible dit que c'est en Égypte que descend Abraham (Gn 12, 10ss; 20) et que Joseph, vendu par ses frères à des caravaniers, y sera nommé ministre de I'agriculture (Gn 41). Joseph épouse la fille d'un prêtre égyptien et invite son père et ses frères à s'installer à l'ombre des pyramides (Gn 37-50). Dans ces récits il apparaît en filigrane l'histoire des anciennes migrations des tribus asiatiques vers le Delta du Nil. Poussées par la famine, elles y trouvent la réponse à leurs nécessités. L'expérience vécue par les juifs en Égypte sera catastrophique et ils devront se sauver à toutes jambes. Cependant, dès qu'ils s'installent dans la Terre Promise et organisent leur monarchie, ils entretiennent des relations très étroites avec l’Égypte. Pendant le règne de Salomon, les échanges commerciaux entre juifs et égyptiens sont nombreux (1R 10, 28-29). Salomon épouse une princesse égyptienne (1R 3, 1 ; 9,16). Cette amitié connaît néanmoins des moments sombres: pendant les règnes de Jéroboam (Israël) et de Roboam Juda), les armées égyptiennes envahissent les royaumes hébreux (1R 14,25). Après avoir inutilement dirigé la rébellion contre Salomon (1R 11,40) Roboam cherche refuge auprès le pharaon Sosac.
Décadence Avec la montée en puissance de l'empire assyrien (800 av. J.-C.), la Palestine, désormais affaiblie et divisée en deux royaumes, tente la voie des machinations politiques. Mais elle se trompe dans le choix de son allié: lei défaites subies par l'Égypte provoqueront la disparition des deux règnes hébreux et la déportation 8e leurs habitants. L'auteur du 2ème livre des Rois accusera, justement, le roi Ezekias d'avoir mis sa confiance en une "canne rompue" - Égypte - au lieu de se fier au Seigneur Yahvé (18,19-26). Deux siècles plus tard le pharaon Nacao envahit de nouveau la Palestine détrône le roi juif Joacaz - qui est amené prisonnier en Égypte - et le remplace par le roi Joaquim qui afin de payer le tribut exigé par le vainqueur tourmentera ses sujets avec de; impôts intolérables (2R 23, 33-35). L'empire Cette influence se manifeste davantage dans la littérature biblique sapientielle. L'Ancien Testament répète maintes fois que les Égyptiens se distinguent par leur sagesse (Ex 7,11; 1 R 5,10; Is 19, 11-12). En Égypte on utilise les livres sapientiaux pour la formation des fonctionnaires. Usage imité, très probablement, par la cour royale d'Israël. Dans Pr 22,17-23 le texte coïncide avec l'oeuvre sapientielle égyptienne: Instruction d’Amemenope.
Ils s'embrasseront L'Égypte est souvent la cible des dénonciations des prophètes. Leurs oracles sont en rapport direct avec les événements historiques et critiquent avec force ceux qui tranquillisent le peuple en lui disant que la protection du pharaon est préférable à celle de Yahvé. Puisque à ses yeux tout cela est une violation grave de l'alliance et une démarche politiquement inutile, Isaïe déclare: "L'aide de l'Égypte est vanité et néant... l'Égyptien est un homme et non un dieu, ses chevaux sont chair et non esprit" (30,7, 31,3). Ezequiel blâme Israël qui, assiégé par l'armée de Babylone, cherche l’aide du pharaon (29-32) tandis que Jérémie rappelle la défaite militaire des Égyptiens et l'invasion des Babyloniens (46). Le message que ces textes bibliques veulent nous transmettre est clair: malgré les apparences contraires, c'est Yahvé qui assigne victoires et défaites. Même un païen - le général Nabuchodonosor - peut devenir un instrument de la puissance de Dieu. La description de la vie égyptienne faite par les prophètes n'est pas indulgente. Tout en admirant la sagesse de ses princes Os 19, 3.1112), les prophètes considèrent l'Égypte un pays d'idolâtres, devins, sorciers et nécromanciens. Le désastre s'approche et ni la sagesse ni I'habileté politique pourront sauver cette terre où, selon Isaïe, abondent les insectes (18,1). Isaïe annoncera cependant, la conversion des Égyptiens. Yahvé deviendra le libérateur d'une Égypte opprimée, qu'il arrivera à appeler "mon peuple". Ce jour-là trois ennemis déclarés s'embrasseront à l'ombre de la protection divine. À ce moment-là le Seigneur proclamera aux quatre vents: "Béni mon peuple l'Égypte, et Assur l'oeuvre de mes mains, et Israël mon héritage" (Is 19,25). Même si cet oracle a été ajouté plus tard, aujourd'hui, 25 siècles après sa rédaction, les hommes de toute la terre attendent avec impatience l'accomplissement de la prophétie d'une fraternité universelle. (À suivre) Josean Villabeitia |
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L’empire du fleuve |