Zone de Texte: Home page  - Qui est Afriquespoir - Comment avoir Afriquespoir 
Zone de Texte:   Numéros on line

 

"Le grand Jubilé de l’An 2000 est à notre porte", écrit Jean Paul II dans la récente lettre apostolique "Le mystère de l'incarnation". Cette troisième année de préparation au Jubilé voudrait faire de nous des pèlerins en marche vers la maison du Père.

La "maison du Père" n'est pas une expression vaguement consolatrice ou un endroit où l'on aimerait arriver le plus tard possible. Sa maison est notre maison.

C'est le message principal de ce Spécial, qui offre une lecture du Notre Père, la prière qui, selon saint Cyprien, évêque de Carthage - est d'une densité spirituelle inépuisable".

 

Notre père

L'Ancien Testament fait de nombreuses allusions  à la paternité qu'exerce Dieu à I'égard de son peuple. Un des plus beaux passages se trouve dans le livre d'Osée (I1, 1-9), qui fait dire à Dieu:  "J'ai aimé Israël dès son enfance. C'est moi qui lui apprenais à marcher en le soutenant de mes bras. Je le guidais avec humanité, par des liens de tendresse. Je le traitais Comme un nourrisson qu'on soulève tout contre sa joue. Je me penchais vers lui pour le faire manger". "Dieu vous portait comme un homme porte son file tout au long de la route" (Deut. 1,31). Le langage du prophète Isaïe est encore plus audacieux et concret: Dieu est une mère:"Vous serez allaités, portés sur la hanche et caressés sur les genoux. Je vous consolerai Comme celui que sa mère, console" (66,12­ 13).

Le musulman aime donner à Dieu ses 99 noms en égrenant le chapelet. Mais il estimerait blasphématoire appeler Dieu 'Père'. Il n'empêche que bien des noms donnés à Dieu évoquent

ceux qu'on trouve dans la Bible, notamment dans les psaumes et conviennent à Dieu Comme Père.

Par exemple: le Miséricordieux, le Compatissant, le Rassurant, le Vigilant, le Donateur, le Pourvoyeur, le Prodigue, le Gracieux, le Généreux, le Magnanime, l'Affectueux, le Bon, l’Indulgent, le Patient. Ce que Jésus nous révèle de la paternité divine, nous permet de comprendre l'amour personnel et extraordinaire que le Père a pour chacun de nous. À travers les paraboles et les déclarations de Jésus, il apparaît comme un Père non seulement tout puissant, mais actif, attentif, compréhensif, miséricordieux, accueillant, patient, plein de tendresse. Un Père qui voit dans le secret et qui connaît les besoins de chacun. Quand on prie, on s'adresse à un Dieu qui ne veut que le bien de I'homme et dont il faut forcer la main. Un Père qui fait lever son soleil sur les méchants et les bons; qui veille sur le moindre passereau; qui prend soin de nourrir les oiseaux du ciel et de vêtir les lys des champs; qui donne de bonnes choses à ses enfants. Par l'évangile de saint Marc, nous savons que le mot que Jésus emploie pour s'adresser à son Père est "Abba" (14, 36).

En araméen, la langue de Jésus, ce mot signifie "papa". Jésus parlait donc à Dieu comme un petit enfant à son père et il nous invite à l'imiter. Dieu est Abba et nous devons considérer tous les êtres humains Comme nos frères et soeurs, et partager avec eux les biens que Dieu nous donne.

Il me tous, grands et petits.

 

Qui es aux cieux

Qui es aux cieux: cette expression biblique "ne signifie pas un lieu, l'espace, mais une manière d'être; non pas l'éloignement de Dieu mais sa majesté. Notre Père n'est pas ailleurs...

Dieu est présent dans le coeur des justes. Le ciel, la Maison du Père, constitue la vraie patrie où nous tendons" (Catéchisme de l'Église C. 2794, 2802. II est au-delà de tout ce que nous pouvons concevoir de Lui. Dieu est proche de chacun de nous et domine en même temps la terre entière.

 

Que ton nom soit sanctifié

Jésus nous invite à prier le Père en demandant que ce Nom soit sanctifié.

Sanctifier le Nom de Dieu, c'est d'abord l'adorer. Au milieu de la vie bousculée que nous menons, peut-être faudrait-il que nous nous arrêtions parfois pour rendre à ce commandement toute sa valeur: "Tu adoreras le Seigneur ton Dieu". L'histoire a assisté souvent à la tenta­tive de donner à des hommes des noms qui n'appartiennent qu'à Dieu et d'en faire des idoles, "à adorer ou à abattre", dit encore le Catéchisme de I Église Catholique (2779).

On a vu des détenteurs du pouvoir se présenter Comme des êtres surhu­mains, des messies, des guides de l'humanité. Combien d'envoyés de Kwame Nkrumah, au Ghana était l'Osagiefo (mot Ashanti signifiant rédempteur); Sekou Touré, l'envoyé de Dieu en terre de Guinée; Hastings Kamuzu Banda, au Malawi: était "Père, Maître, Serviteur et Patron de la nation ".

Des gens assoiffés d'immortalité, soucieux de donner de leur vivant leur nom aux hôpitaux, écoles, rues, stades et de fixer leur image sur des dizaines de monuments en pierre, ciment ou bronze. En dénombrant dans I'ouvrage Afrique de la raison, Afrique de la foi les dégâts faits par le culte de la personnalité dans l'ancien Zaïre, Meinrad Hebga affirme avoir entendu une jeune dame déclarer un jour à la télévision: "Notre général est notre Dieu créateur, il a dit: que la femme zaïroise soit! Et la femme zaïroise fut". Dans la lettre pastorale du 13 septembre '98 l'archevêque de Kisangani, Mgr. L. Monsengwo, a remarqué à ce propos: "Notre peuple a été jusqu'à rendre à son chef et dictateur un culte qui était accompagné d'insultes, d'outrages et de blasphèmes à l'égard de Jésus-Christ, le seul et unique Sauveur des hommes. Notre peuple a été le seul en l'Afrique contemporaine à diviniser son dictateur". Redécouvrir Dieu comme Père amène aussi à mieux comprendre la paternité humaine. Dans nos sociétés, on observe une réelle "crise de I'image du père ". On y voit, entre autres, des pères qui se refusent à leurs propres responsabilités.

Une recherche conduite dans la ville de Nairobi a relevé, par exemple, que dans la capitale kenyane 60% des nouveau-nés n'ont pas de père. Des pères en fuite, qui n'assument pas leur fonction de pères.

 

Que ton règne vienne

Les Juifs étaient tendus vers la venue du Messie qui, pensaient-ils, rétablirait la royauté et le pouvoir d'Israël. Jésus vient, et ce qu'il propose, c'est un royaume où les pauvres, les enfants, les pécheurs, les petits ont priorité. Ce royaume, il le compare à un repas, à une noce, à un trésor, à un champ, à une graine de moutarde, à une perle, à du levain. Il considère que le règne de Dieu est tellement important que tout devient "le reste". Malgré ce que Jésus nous en dit, cela est toujours mystérieux (Eph. 1,10). Nous marchons vers "des cieux nouveaux, une terre nouvelle", un uni~ vers transfiguré. Une vision qui a Comme conséquence que I'homme doit travailler activement, en union avec Dieu, à mener ce projet à son achèvement. Il ne faut pas se contenter de répéter que le règne vienne.

II faut tâcher que ce soit autre chose t qu'un souhait. Le règne suppose qu'on se mouille, qu'on aille à t contre‑courant de la mentalité qui I nous entoure, qu'on fasse des choix i et des sacrifices, qu'on cric sur les toits I'enseignement appris. C'est une longue marche et chacun a t son rôle à jouer.

 

Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel

La volonté du Père est que chacun de ses enfants ait une maison sur cette terre, présage de la maison éternelle dont le Fils est la porte. Si l'humanité tout entière accomplissait la volonté de Dieu, le Nom du Père serait sanctifié, et par là s'établirait son Règne dans un monde réconcilié. Déjà au troisième siècle, Origène écrivait: "Si la volonté de Dieu est faite, la terre ne devient plus la terre, tous nous devenons le ciel".

Jésus a promis de considérer comme faisant partie de sa famille ceux qui essaient de réaliser la volonté divine (Mr 12,50). En entrant dans le monde Jésus dit à son Père cette parole du psaume 40: "Voici, je viens pour faire ta volonté" (Hé 10,9)

Gênés par les petits tourments qui sont notre lot: santé déficiente, caractère difficile du conjoint, souffrances quotidiennes, souvent nous aimerions renverser l'ordre de la prière, en disant: "que ma volonté soit faite". Comme si Dieu était un Dieu tyrannique ou insensible.

Ces mots indiquent aussi que c'est la volonté, l'autorité de Dieu le fondement de la loi et du bonheur de la création. La volonté de Dieu est que l'homme participe à la transformation de la terre et à son orientation vers le ciel. Ce long travail de collaboration. Avec Dieu dure depuis des millions d'années et durera jusqu'au moment où il y aura une vie humaine sur la terre.

Remplacer ce principe par d'autres, Comme celui de la force ou de la violence, signifie choisir un chemin qui ne conduit.

 

Donne-nous le pain de chaque jour

Jésus, qui sait que le pain n'est pas une chose acquise une fois pour toutes, le sollicite de son Père immédiatement après les trois demandes qui concernent Dieu. Il aurait pu proposer de prier pour obtenir une santé de fer, un bon équilibre moral, la sainteté ou le succès: au lieu de cela, il formule la demande humble et réaliste du pain quotidien.

Dans l'évangile, le pain est souvent évoqué. Le pain était alors la nourriture de base, et il manquait durement aux années de mauvaise récolte. La situation n'a évolué guère. Pour des milliards d'êtres humains le problème du pain garde toute son urgence. Ce que nous demandons à Dieu, c'est

de nous donner ce qui nous est indispensable pour vivre et faire vivre ceux que nous sont confiés. 

À cette liste le croyant doit ajouter tous ceux qui ont besoin de pain. "Le Brame .de la faim dans le monde appelle les chrétiens à une responsa­bilité effective envers leurs frères, tant dans leurs comportements per­sonnels que dans leur solidarité avec la famille humaine" (Catéchisme de 1'Église C. 2831). On sait que plus de 1,1 milliards de personnes, dans les 48 pays les plus pauvres de la planète, vivent avec un revenu journalier d'un dollar par personne. Combien de gens ne pourrait-on nourrir avec les 900 milliards de dollars dépensés annuellement pour les armes?

"Il ne faut pas remettre encore une fois à plus tard le temps où le pauvre Lazare pourra lui aussi s'asseoir à côté du riche pour partager le même banquet et ne plus être obligé de se nourrir de ce qui tombe de la table. L'extrême pauvreté est source de violente, de rancoeurs et de scandale", écru Jean-Paul II.

 

Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons

Il n'est pas facile de pardonner. Certaines offenses - ou ce que notre susceptibilité considère comme telles - nous semblent si graves que, exaspérés, nous n’arri­verons jamais à les oublier. "Même s'il grandit l'homme, le pardon n'est pas facile, il n'est pas toujours  spontané.

Plus profonde est la blessure, plus grande est l'offense, plus difficile sera le pardon" (Card. F. Etsou, Kinshasa, lettre pastorale à l'occasion de l'Avent 1998).

Dieu nous offre sans cesse son pardon et nous invite à l'imiter. Pour implorer sans hypocrisie la miséricorde divine sur nous, nous nous devons de pardonner à nos frères. Notre prière dépend de notre sincérité effective. Le pardon n'est ni l'oubli, ni l'indifférence, ni la naïveté, ni la renonciation à la justice. Celui qui pardonne ne se laisse pas dominer par la méchanceté de l'adversaire.

Au colonel Olombe qui voulait lui faire violence Clémentine Anuarite répliqua: "Je vous pardonne, car vous ne savez pas ce que vous faites". C'est la réponse lumineuse d'une femme martyre, témoin de l'amour de Dieu, mille fois plus puissante que la menace d'un abruti qui se croit tout-puissant. Dire Notre Père" c'est accepter de poser des gestes de fraternité envers tous ceux qui en ont besoin y compris même nos ennemis. C'est être solidaire avec tous les hommes, quelles que soient leur race, leur mentalité, leur situation, leur conduite, leur conception de vie. L'année jubilaire était une institution qui visait à rétablir l'égalité entre tous les fils d'Israël, donnant une nouvelle chance aux familles qui avaient perdus leurs biens ou la liberté personnelle. L'année jubilaire 2000 que les chrétiens sont invités à célébrer est présentée par Jean-Paul II comme une occasion offerte par Dieu à l'humanité de procéder à une rectification. En fait nous vivons dans un monde qui, manifestement, se construit dans d'injustes inégalités. Le développement inégal du monde actuel se manifeste notamment dans un phénomène caractéristique: la dette internationale.

 

Nombre de pays sont aujourd'hui des endettés insolvables. "Que le Jubilé soit un moment favorable pour penser entre autres, à une réduction importante sinon à un effacement total, de la dette internationale qui pèse sur le destin de nombreuses nations". Pour le Jubilé de l'An 2000 le Pape dit que l'Église aussi doit se repentir. II parie de "réconciliation des mémoires". Cela signifie quoi? Eh bien, qu’elle doit demander pardon "Au consentement donné, surtout en certains siècles, à des méthodes d'intolérance et même de violente dans le servite de la vérité" (Tertio Millennio Adveniente n.35). La démarche de repentante que l'Église doit entreprendre à l'occasion du Grand Jubilé de l'An 2000, pourrait servir également à la société civile. Les pouvoirs politiques sont souvent incapables d'autocritique ou fermés à la critique. Or le Pape croit qu'au "seuil du troisième millénaire, il est légitime d'espérer que les responsables politiques et les peuples, surtout ceux qui sont impliqués dans des conflits dramatiques, alimentés par la haine et le souvenir de blessures souvent anciennes, se laissent conduire par l'esprit de pardon et de réconciliation dont témoigne l'Église, et s'efforcent de résoudre les conflits grâce à un dialogue loyal et ouvert" (Oct. 1998).

 

Ne nous soumets pas à la tentation. Mais délivre-nous du mal.

Dans sa lettre Saint Jacques déclare formellement que Dieu ne saurait être l'auteur de la tentation (1,13). Comment Dieu pourrait-il alors nous induire en tentation?

Nous savons que Jésus même a été tenté par le diable. Mais il ne se laissa pas soumettre au tentateur, en lui donnant des réponses claires, un non définitif. Nous demandons qu'il en soit ainsi pour nous, trop souvent disposés à oublier que "I'occasion fait le larron" et à pactiser avec la tentation. Le fruit du safu, qui dépasse le mur de la parcelle du voisin, vous séduit, disent les Bayombe passe le mur de la parcelle du voisin, vous séduit, disent les Bayombe du Bas-Congo. Fuir les tentations, c'est une grâce de l'Esprit. Ce dont nous demandons à Dieu de nous protéger c'est surtout la grande tentation: celle d'abandonner Jésus. Au soir de son agonie, Jésus disait à ses disciples ensommeillés: "Veillez et priez pour ne pas entrer en tentation". En fait, ils ont succombé à la tentation en s'enfuyant et même en le reniant. Notre temps aussi connaît ce même danger. Chaque homme est menacé par les forces hostiles du mal, le "Prince de ce monde", Satan, l'ange qui s'oppose personnellement à Dieu et à son dessein de salut" (Cat. de l'E. C. 2864). Mais la force de Dieu est capable de nous arracher du Mal. C'était d'ailleurs cette confiance qui animait l'ancienne prière juive:

Ae

 

 

1999: L’an du Père