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Ce n’est pas si simple!

 

Dans le contexte de guerre que l’on connaît, l’amour de l’autre devient plus compliqué.

Oui, mais je crois que le ‘commandement’ de l’amour, c’est d’abord un message universel.

Et par rapport à l’évangile, c’est un message incontournable, qui ne dépend ni de la guerre ni du temps de paix. Aimer son ami ou son prochain, ça c’est connu. Le christ est clair quand il dit « on vous a dit : aimez votre prochain ; … moi je vous dis : aimez vos ennemis ». C’est la spécificité du christianisme. Malheureusement cela a été souvent oublié, méconnu et on a cru que le Christ est venu nous apprendre à aimer seulement notre prochain. Notre prochain, c’est généralement celui qui est bien avec nous, qui pense comme nous, celui qui est de notre tribu, de notre race, de notre obédience.

Le Christ nous invite à aller contre courant. Là où on nous dit qu’il faut tuer l’ennemi, Jésus nous dit qu’il faut aimer l’ennemi.

 

Aimer nos ennemis : ce n’est pas si simple!

En effet, en ce temps de guerre dire à quelque d’aimer son ennemi peut sembler un non-sens.

L’ennemi aujourd’hui c’est peut-être – le cardinal de Kinshasa l’a rappelé dans son message – ce rwandais, cet ougandais, ce rebelle ou tout simplement ne nous plaît pas. Aimer l’ennemi c’est en fait lui dire la vérité du mal qu’il nous fait, de lui dire qu’il cesse de faire ce mal et se convertisse en en quelque sorte : c’est ça aimer l’ennemi. Aimer l’ennemi c’est lui dire la vérité, lui montrer avec amour et respect le mal qu’il nous fait et l’inviter à ne plus le faire.

 

Mais si l’ennemi ne vous écoute pas, qu’allez-vous faire?

Le Christ nous invite à aimer l’ennemi. C’est tout différent que d’aller demander à l’ennemi de nous aimer.

Et ça c’est quelque chose que l’on perd parfois de vue. Il y a deux ans les gens ont tué un bandit et après ils l’ont brûlé, sur le terrain de la paroisse. J’ai réagi avec force contre cela. En pleine église, des fidèles on fait du chahut, en me traitant de tous les noms, car je plaidais pour un voleur, je leur ai expliqué : non, je ne plaide pas pour un voleur, je plaide pour cet homme qui est image de Dieu et que nous venons de tuer. Quoiqu’il soit voleur, il reste image de Dieu. Voilà quelque chose qui est très difficile aussi à vivre. J’ai enregistré des réactions pareilles ces derniers temps là où j’ai parlé de l’amour de l’ennemi.

J’ai été taxé de traître. Même dans un milieu de renouveau charismatique où j’ai eu l’occasion de prêcher. On m’a taxé ‘être partisan de l’ennemi, de défendre les ennemis, de manquer de patriotisme, de donner l’opium au peuple. On m’a qualifié de tout cela dans un milieu réputé d’être mû par l’Esprit-Saint !

 

Comment dépasser alors la frontière ami/ennemi ?

Je cherche à déplacer, personnellement, la frontière entre l’ami et l’ennemi. Je ne la mets plus en dehors de moi. Je la mets au-dedans de moi. L’ami et l’ennemi, c’est en fait le bien et le mal.

La frontière qui sépare le bien et le mal n’est pas en dehors de nous. C’est au-dedans de nous.

Quelque part le bien et le mal existent en moi. L’ami/ennemi existe en moi. Et c’est cette prise de conscience que j’essaie de faire passer chez les gens que je rencontre dans ma paroisse et ailleurs. Celui-là que tu appelles ennemi, celui qui fait le mal, et bien, toi tu es aussi capable de faire ce mal-là et peut-être que tu fais ce mal-là aussi, mais d’une autre manière. Le bon, c’est souvent nous-mêmes, et les mauvais, ce sont les autres. Cette distinction conduira toujours à se faire la guerre et s’entretuer.

Une fois que je réalise que l’ennemi est en moi et que la frontière entre le mal et le bien se trouve en moi, à l’intérieur de moi, eh bien, la guerre que je vais mener maintenant c’est d’abord une guerre contre moi-même et pas une guerre contre les autres.

 

Tous égaux devant la justice : le cas «Pinochet»

La déclaration universelle des droits de l’homme, dans son article 7, stipule que «Tous sont égaux devant la loi ». Cela signifie concrètement que les lois s’appliquent à tout le monde. Or, dans la pratique, nous constatons que certaines personnes, auteurs de crimes dits d’État et contre l’humanité, restent impunies.

 

Un peu plus d’égalité

C’est le cas de Pinochet, le dictateur qui a régné sur le Chili pendant près de vingt ans.

Hospitalisé en Angleterre, il devrait être extradé en Espagne, où on l’accuse de crime contre l’humanité.

Mais puisque il bénéficie d’une immunité diplomatique, il fallait que la justice anglaise se prononce pour savoir s’il allait jouir de cette immunité. Dans un arrêt « historique », les lords britanniques ont tranché : Pinochet ne saurait bénéficier d’aucune immunité diplomatique. Interrogé par l’hebdomadaire «La vie» au sujet de cette décision, Mario Bettati, juriste international et père spirituel du droit d’ingérence du droit d’ingérence, a déclaré ce qu suit : « L’arrêt des lords rétablit un peu plus d’égalité entre les citoyens de tous les pays » (n° 2779, 3.12.1998). À Santiago, partisan et opposants de l’ancien dictateur ont organisé des manifestations violentes devant les ambassades espagnole et britannique.

Tandis que les uns (les partisans) dénonçaient « l’offense très grave à la souveraineté du pays», les autres (les opposants) chantaient la victoire de la justice et de la vérité. Nous retrouvons parmi ces derniers toutes les victimes du régime de Pinochet : ceux qui ont été torturés par la police, les familles dont les membres ont disparus, des veuves, des orphelins, etc. Je suis persuadé que cette histoire représente une vraie conquête. On pourra finalement, parler d’une justice qui sera la même pour tout le monde.

La liste des anciens dictateurs de notre continent, selon Amnesty International, responsables de crimes, est connue. On connaît aussi les endroits où ils vivent. Parmi ceux-ci, l’hebdomadaire The East African (21.08.1998) a fait mention d’Idi Amin Dada : « On dit qu’il vit dans le plus grand luxe en Arabie Saoudite, grâce à l’argent enlevé des caisses de l’État et placé dans les banques étrangères ». Selon la presse espagnole, le juge Baltazar Garzon, engagé dans le cas  Pinochet, est en train de conduire une enquête contre le roi du Maroc pour « extermination de l’ethnie Sahraoui entre 1975 – 1990 ».

 

La Cour pénale

L’affaire Pinochet nous rappelle à la fois à quel point la conscience d’appartenir à une même humanité a progressé ces dernières années. La question qui reste est celle de savoir quel est le sort que la justice réserve aux tyrans et dictateurs encore au pouvoir et qui sont auteurs de crimes contre l’humanité, de génocides, etc. dans le droit positif actuel, ils sont couverts par l’immunité. La situation changera lorsque entrera en fonction la Cour pénale internationale, créée le 17 juillet 1998 à Rome, compétente pour juger le génocide, le crime de guerre, le crime contre l’humanité et le crime d’agression. Son statut comprend l’article 24, au terme duquel les qualifications officielles de chef d’État, de chef du gouvernement, de membre du gouvernement et de parlementaire n’exonèrent pas de leur responsabilité les personnes titulaires de ces fonctions. En clair, les hommes politiques en exercice pourront être traduits devant la Cour pénale internationale qui va se mettre en place par étapes. Mais, avant qu’on en arrive là, il faudra plusieurs années. Et puis, il faudrait que 60 États au moins ratifient le texte de Rome pour qu’il entre en vigueur. En attendant que cette institution se mette en place et commence à fonctionner, ne pourrait-on pas penser que dans nos pays ou au niveau du continent soient créées des Cours compétentes pour juger les auteurs de crimes contre l’humanité ? Le tribunal d’Arusha est déjà un premier pas dans ce sens. Si les grands de ce monde sont investis d’un pouvoir qui devrait être considéré comme un service pour promotion de l’homme, ils ne peuvent pas se permettre n’importe quoi et se croire intouchables.

José MPUNDU