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Vivre avec la guerre |
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Sud Soudan, Congo Brazzaville: des régions où les conflits prennent une tournure chaque jour plus absurde et tragique. Récit de deux témoins.
Sud Soudan «Je m’étais proposé de rester avec mes gens toute l’année 1998. J’ai parcouru presque 100.000 kilomètres d’un village à l’autre. J’ai administré la confirmation, partageant les dons de l’Esprit et prêchant la paix, l’unité, la réconciliation et l’amour de Dieu le Père pour chacune de ses créatures. J’ai été présent à la mort de maman, appelée auprès du Père le 19 février. Je l’ai bénie et elle m’a béni. Aidé par mes amis, nous avons transporté son corps du camp des réfugiés en Ouganda et nous l’avons enterrée à côté de son époux aimé, à la mission de Loa, au Soudan. Voilà ses derniers mots, que je garde comme un trésor «Merci, Taban, mon enfant, pour ton service loyal et fidèle. Je suis heureuse et mon coeur est en paix. Je vais rejoindre ton papa. Je te bénis; sois bon; que rien dans ce monde ne te distraie du service de Dieu et de son peuple. Sois un homme d’unité, de compassion et réconciliation. Reste toujours à côté de tes amis qui sont mes enfants de différentes couleurs».
Les Antonov arrivent Au cours de l’année 1998, j’ai vu des chrétiens faire jusqu’à 50 kilomètres à pied pour recevoir la confirmation. Nous avons célébré le Sacrement sous de grands arbres et nous nous sommes cachés sous les arbustes quand arrivaient les avions de guerre du gouvernement de Khartoum. Dès le début de l’année j’ai confirmé plus de 12.000 catholiques, entre 10 et 70 ans. Beaucoup de ces chrétiens ont marché parmi les mines et sous les bombes. Trois fois nous fûmes bombardés par les avions Antonov de Khartoum. Mais il n’y a eu aucun blessé. Le 21 novembre j’ai fait l’expérience la plus terrible. Je voyageais avec P. Elie, un missionnaire combonien. Nous avions quitté la mission de Narus à sept heures du matin et nous nous dirigions vers une chapelle de brousse. À 500 mètres de notre maison nous vîmes les gens du marché courir en criant et indiquant le ciel. «Les Antonov arrivent!». Un avion laissa tomber deux bombes. «Sortons vite d’ici», dit le missionnaire. «Non, lui dis-je. Il vaut mieux s’arrêter et cacher la voiture sous les arbustes. Puis nous-nous jetâmes à terre. L’avion revint et lança six bombes vers l’endroit où se trouvait la voiture. Grâce au vent, les bombes tombèrent beaucoup plus loin. Nous croyons que nous avons échappé à la morte grâce à l’Esprit et aux prières de nos amis. Chers amis, prions pour la paix au Soudan. Que s’arrête la guerre religieuse avant l’an 2.000 et que tous les chrétiens du Soudan puissent vivre dans la justice et la paix». Mgr Paride Taban.
Congo Brazza «Brazzaville et Kinshasa sont les capitales du monde les plus proches l’une de l’autre mais pas les plus faciles ni les plus rapide à joindre! Il m’a fallu une demi-journée de courses, de tractations, d’attentes, de bousculades… pour passer de Kinshasa à Brazza ce vendredi… Nous sommes sur la route de Moukondo. Attroupement à l’horizon. Quelques voitures militaires avec des engins dessus. Nous stoppons pour nous informer… Auguste me dit: «Ce sont probablement des militaires qui entrent dans un camp de réfugiés pour chercher quelques jeunes qu’ils iront tuer sur la route du nord, sous prétexte que ce sont des Ninjas»… Le lendemain, sur la même route, nous voyons que quelque chose se passe: des colonnes de réfugiés marchent sur chaque côté de la route vers la ville, un demi-ménage sur la tête, sur le dos, sous les bras… «ça» a tiré très fort en fin de matinée, ce qui a causé la panique: on dit que les Ninjas sont derrière les collines de Moukondo. Il va falloir fuir et vider le quartier». Heureusement, après encore quelques tirs violents, un certain calme se fait. On apprend un peu plus tard que c’était un coup des Cobras: ils tirent fort, sèment une panique, font fuir les gens. Puis, c’est le pillage des maisons, sans pitié ni scrupule. «Le banditisme, dit Auguste, c’est la plus grave menace pour nous, en particulier quand nous sommes sur la route». Dimanche matin, sous un ciel chargé, je descends à Mikalou. Au passage, j’admire le nouveau point qu’avec l’aide de la CEE on achève sur la rivière Tsieme, près de la vielle passerelle rouillée.
Réveil-matin Je rends visite à une veuve. Que c’est dur d’avoir six grands enfants aux études pendant ces temps de guerre, et de subir en plus les vexations de la belle-famille qui veut «récupérer» la maison de leur fils défunt! Même dans les familles chrétiennes, les veuves sont souvent dépouillées de la sorte, au mépris des droits de la nouvelle famille que le mariage avait été créée. La «tradition» encourage la rapacité… et aussi la situation économique du moment. En-dessous d’un certain seuil de pauvreté, les règles morales deviennent sans effet! Auguste veut aller saluer sa maman, chassée du village par la guerre et réfugiés chez ses enfants de Mikalou. Auparavant il me ramène à Mpila, le quartier du Président, super-gardé par les militaires. Une fois de plus nous passons devant le monument érigé en face de sa propriété, avec le char que les troupes de l’ex-président Lissouba avaient braqué sur sa maison le 5 juin 1997. Lundi matin. Des tirs servent de réveil-matin habituel aux Brazzavillois. Il faut se doucher avec un seau: rien au robinet. À l’embarcadère il y a foule, une foule que harcèlent déjà, tôt matin, des militaires nerveux. «En rang!» Un Ouest-Africain, excédé par le comportement de ces mouches en uniforme, crache. Mal lui en prend. Il est brutalement «conduit» au cachot et déshabillé… La «vedette» est, ce matin, un vieux rafiot rouillé surchargé de passagers et de bagages: marchandises et valises de gens qui fuient. Dernière surprise de ce voyage: au guichet de l’immigration m’aborde la présidente du conseil paroissial de Mikalou. Elle a dû fuir précipitamment vers Kinshasa, menacée de mort pour avoir hébergé des déplacés de Bacongo! Robert Witwicki sm |
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