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Nemo porpheta in patria sua: nul n'est prophète dans sa propre patrie! Ainsi le charisme provocateur du bouillant premier CARDINAL de la République Démocratique du Congo fit long feu, du moins ne produisit pas l'incendie mental, éthique et socio-politique qu'il souhaitait comme effet de "ses irruptions volcaniques". Douloureux destin d'un prophète incompris? Le 30 juin 1970 ne clamait-il pas devant une opinion publique nationale et internationale médusée ses idées sur la "Justice distributive"? C'était l'époque (qu'on crut irréversible) du bond prodigieux des recettes globales de l'État. Mobutu, impérial, bombait le torse: l'idole brillait au soleil de la dissimulation, mais l'illusion de la réussite était complète. Pas pour tous cependant: l'homme veillait, comme le guetteur d'Ézéchiel (3,17-21). Et au moment le plus inattendu, "en ce temps-là", devant un parterre des plus prestigieux constitué du Roi des Belges lui-même, Baudouin 1er, et d'autres princes de la Terre terrible visionnaire au regard perçant (Nb. 4,3), provocateur à souhait, Malula décocha sa flèche prophétique sa mouche en que et fit mouche en émettant la "fausse note" dans le concert d'auto-louanges des politiques en ce 10è anniversaire de l'indépendance. Le coup était imparable, un "direct", "gauche" jugeront les paons du pouvoir, oui, mais percutant de toutes les façons: la Télévision et la Radio nationale (RTNC) et d'autres envoyés spéciaux transmettaient la cérémonie "urbi et orbi", à la Nation et au monde. Ce fut jouissif, délectable. Le peuple pour qui le tout récent et mystique Cardinal du Congo, conscient de sa mission historique, se battait sans mettre des gants contre ceux qui en toute impunité légale s'emparaient du pouvoir à leur profit et s'accaparaient de façon absolue de l’avoir commun, le peuple donc "en ce temps-là" en frémit d'aise, applaudit des pieds et des mains, mais ne bougea pas! Eh non! Ce peuple de lourdauds jouisseurs, attachés aux menus plaisirs de la bouffe et de la sape, ne se souleva pas "tous comme un seul homme" pour en réclamer davantage ses droits politiques, économiques et sociaux. "Un peuple de moutons" disait leur Archevêque. Dans l’après-midi de ce 30 juin mémorable, et le soir et les jours suivants et les mois et les années qui suivirent, plus personne n'entendit jamais le discours incendiaire, historique du prophète Malula , le plus charismatique Berger de notre peuple. De toutes les pièces de ses batteries de campagne, le gouvernement, pharisien, sourd et aveugle, fit l'impasse sur le son et l’image de Malula.
L'embargo totalitaire Et "l’affaire Malula"- quelle belle revanche du "pouvoir-serpent", toujours sournois et lâche! - vint comme un "coup monté et réussi", en janvier 1972, lui donner tort de «s'être mêlé de la politique". Il voulait "la justice distributive"? Une "carte blanche" bien ficelée de mensonges et de trivialités (et qui nous est restée en mémoire du coeur comme une cicatrice) lui en servit plein la gueule "des plats de poissons au fumet succulent et du vin excellent au goût enivrant que le Prince de l'Église consommait tout seul sans partager avec ses pauvres fidèles: où était SA justice distributive?" Nulle voix parmi le Peuple Chrétien, au pouvoir et dans la rue, ne s'éleva pour le défendre: ce fut son plus grand martyre. Il en souffrit tout seul. En silence. Nous l’avons vu pleurer...
Deux, trois ans plus tard, les politiques, inconscients luxurieux dont le ventre était l’unique dieu (Philip.3,19), baissèrent de 18 à 14 ans le seuil de la majorité d'âge des filles congolaises. Un silence de plomb répondit à cette injure aux moeurs de nos familles si honorables; l’image de nos parents si respectables s'en trouva ternie. Parmi derniers, sidérés et terrorisés par (ignominie du décret infâme promulgué, personne cependant ne broncha. Ni marches de protestation, ni plaintes orchestrées dans les médias. Le Peuple que Malula voulait éduquer était mort, étouffé au berceau par l’État marâtre et jaloux. L'heure de la décadence sonna à l’horloge de l’Histoire du Congo. Les spectacles de la déchéance devinrent la pâture des médias. "Le peuple s'assit pour manger et pour boire, puis on se leva pour se divertir" (Exod.32, 6). Le Veau d'or était dressé. Et les écolières furent "prostituées" au sortir de l’école primaire, à l’entrée de l’adolescence, en toute impunité: la "Série G" (comprenez: les filles nées en 1960) allait rapidement être suivie des "Séries 7 et 8"; et s'instituèrent en toute logique les "Bureaux". Ce fut Babylone où "la beauté du Mal" était chantée à travers la laideur étalée des concours des Miss dénudées! Mais seul contre tous, Malula, général sans armée (tous étaient fuyards...), battit campagne, têtu et tragiquement solitaire, à travers lei .:° paroisses de son immense archidiocèse: "Je préfère être crucifié pour la vérité plutôt que de crucifier la vérité"! Ses homélies incendiaires passèrent sans remuer un peuple de plus en plus abruti dans la misère et qui dansait pour le dico Président et applaudissait les spectacles multiplies y de ses filles nues à la télévision ainsi que les exploits des dieux du ballon au stade.
Juste à temps Désabusé et désillusionné, le Prophète séduit et trompé (cf. Jér.20,7-9). clamera : "Je vous plains, pauvre jeunesse, génération sans héritage!". Il en est arrivé là, lui, l’homme qui alluma l’étincelle du feu sacré de l’indépendance avec sa conférence historique sur "l’Âme Africaine" l'Expo 58 à Bruxelles. Quelle déception pour le jeune Prophète qui le 20 septembre 1959 engageait une Nation naissante et enthousiaste à ériger avec lui "Une Église Congolaise dans un État Congolais".
Et parce que venu hors de son temps, trop tôt sans doute, le Prophète disparut avec ses charismes nombreux et inégalés, inépuisés, en ce 14 juin 1989, fuste temps pour ne pas voir ses prédictions hélas se réaliser. Et, quand on le proclamera "Père de l’Église", ce sera trop tard: la pirogue de ce Pays pour qui il s'est battu est en complète dérive, ayant pris un gîte dangereux. Le Peuple en perdition cric: Dieu a-t-il encore des oreilles pour entendre ses cris (Exod.3, 7) et lui envoyer un Moïse sauvé et sauveur ? |
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Un prophète incompris |
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