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Tout ce que je peux faire |
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Sud-africaine, Lesley Morgan a témoigné devant la Commission pour la Vérité et la Justice (TEC) de Johannesburg. Convaincue que pour faire progresser le mal, il suffit que les bons ne fassent rien, elle a voulu demander pardon.
Je m'appelle Lesley Morgan. J'ai 48 ans. Je suis sud-africaine, mariée et j'appartiens à la classe moyenne. Je suis infirmière et une "ancienne" de ma communauté chrétienne. Je me présente ici simplement comme Lesley, dépouillée de mes titres et relations. J'ai grandi avec tous les avantages et les opportunités dont jouissent les blancs. Je me suis rendue compte des différences seulement quand j'ai commencé à fréquenter l'école supérieure. Je me souviens des discussions en classe à cause des inégalités. Je comprends maintenant combien étaient faux les enseignements qu'on m'inculquait. À l'âge de 20 ans, je suis entrée à l'université où j'ai rencontré beaucoup d'amis, y compris ceux qui étaient arrêtés et maltraités par la police, chose qui me remplissait de rage, mais aussi d'un sentiment d'impuissance. L'État continuait à agir ainsi malgré nos protestations. Même si je me rendais compte de ce qui se passait autour de moi, je ne réagissais pas: la peur me paralysait. Je me rappelle un texte lu, il y a quelque temps, qui m'a touché intérieurement: "Pour faire progresser le mal, il suffit que les bons ne fassent rien". En tant que chrétienne, j'ai commencé à me demander pourquoi je m'obstinais à refuser de serrer la main tendue. Et pourtant, ce que mes frères noirs s'attendent de moi comme geste de réparation est une chose très simple l’achat d'une pierre tombale une contribution aux funérailles une bourse d'étude pour un enfant... On ne cherche pas la vengeance. Le 19 juin passé, je me suis présentée au bureau de la TRC pour exposer mes sentiments au président de la Commission et à l'un de ses membres. Ils m'ont demandé si j'étais prête à dire ce que je sentais pendant la séance publique qu'aurait eu lieu ce jour-là. "Non! Je ne peux pas!", ai-je répondu. Ils m'ont regardé, mais, dans leurs yeux, il n'y avait ni condamnation ni colère; seulement une grande tristesse et résignation. Je ne pourrai jamais oublier leurs regards.
Pour la première fois J'étais écoeurée et je ne savais pas quoi faire. Je priai: "Mon Dieu ne me demande pas cela. Je ferai pénitence d'une autre manière". Je pleurais et je me demandais: que pourrais je dire devant la Commission? Un simple, " je regrette" ne suffit pas. Et puis, l'apartheid a blessé tout le monde. Le 25 juin je me rendis à une conférence sur 'l'éradication de la pauvreté. Pour la première fois dans ma vie, il m'a semblé entendre la voix du Christ. En ignorant le cri des opprimés, c'est Lui que j'avais ignoré. Saisie par la peur, j'avais, comme Pierre, nié le Seigneur. Et comme pour lui, cette découverte m'a rempli d'une douleur insupportable. Ma foi m'est apparue limitée, égoïste et vide. J'ai compris alors pourquoi j'avais honte d'admettre le passé; j'ai pris conscience de la gravité des péchés d'omission. Je ne peux pas changer le passé et il serait très facile de jeter sur l'apartheid ce qui s'est passé, mais, j'ai décidé de me présenter à la TRC pour donner mon témoignage. Le choix fait dans le passé, déterminé par la peur des conséquences, a eu des conséquences pires que celles que je craignais: pauvreté, chômage, violation systématique des droits humains. Tout cela a laissé en tous un héritage de méfiance, soupçon et rage. Vis-à-vis de la réalité, je ne veux pas fuir. Je reconnais ma part de responsabilité dans la création du présent. Je prie afro qu'ensemble nous puissions préparer un futur meilleur. Je sais que ma souffrance ne pourra pas changer le passé. Elle est pente, comparée à la vôtre... mais mon témoignage est tout ce que j'ai à offrir... Je demande pardon, vraiment."
Lesley Morgan |
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