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Une autre Afrique

 

Père Iland Nkulu Nhessy Nestor, missionnaire de la Consolata, est originaire de Kinshasa (paroisse Mama wa Boboto, Masina). Prêtre depuis 1995, il travaille à Shashemane, une ville rurale à 250 km au sud d’Addis-Abeba, comme vicaire de la paroisse et directeur de l’école catholique.

 

Je dois être sincère: lorsque mes supérieurs me dirent que l'Éthiopie était la terre de ma première expérience missionnaire, je n'étais pas heureux. Des images me revenaient à la mémoire: un pays périodiquement victime de la famine, de la guerre...

Dès mon arrivée, j'étais surpris de découvrir un pays très beau, habité par des gens paisibles, élégants et gentils. L'éthiopien n'a aucun problème pour entamer une conversation avec un étranger que ce soit sur la route, ou dans le bus. Ou pour vous offrir un café suivant un rituel très typique.

"Es-tu un africain? " me demande un jeune homme que je rencontre à la maison régionale.

Je fronce les sourcils et je tente une réponse: "Eh bien! Si je ne me trompe pas, l'Éthiopie devrait se trouver quelque part en Afrique!" Il saisit le sens ironique de ma remarque et esquisse un sourire de défaite. En effet, les éthiopiens ont la tendance à réserver le terme africain aux noirs Sud-Sahariens. Ils sont très fiers de ne pas avoir été colonisés par l’Occident. " Baria! ", insultent-ils lorsqu'ils se fâchent contre quelqu'un (Baria veut dire esclave - ou colonisé - en Amharique).

 

Difficultés ?

Premièrement, c'est l'ennui de devoir attendre six mois avant d'obtenir le permis d'entrer en Éthiopie! Ensuite, la difficulté de la langue. L'amharique, avec son alphabet particulier et la structure grammaticale unique dans son genre, résulte très compliqué. Un chef d'oeuvre que l'Afrique a su produire. Pour l'apprendre il faut s'y appliquer avec obstination.

Le calendrier est une autre difficulté pour tout étranger en Éthiopie. L'année éthiopienne est faite de 13 mois dont 12 de 30 jours chacun et un seul, le 13è, appelé Pagumé qui n'a que 5 ou 6 jours selon que l’année est simple ou bis sextile. Fort heureusement il y a des calendriers contenant à la fois les dates chrétiennes et celles du ca­lendrier éthiopien.

 

Situation pastorale

La majorité de la population est or­thodoxe. Une bonne partie est mu­sulmane; les catholiques sont une minorité insignifiante, 0.5%. Une sorte des sans-voix. Mais grâce à l’Église orthodoxe, notre sacerdoce ministériel est plus ou moins bien compris, puisque les chrétiens sont déjà familiers de la présence des qaenoch, les prêtres   célibataires orthodoxes. Le peuple éthiopien est profondément religieux et montre une vénération exceptionnelle pour les choses sacrées.

Un croyant orthodoxe n'osera jamais passer de­vant une église, la maison de Dieu, sans se prosterner, même s'il est pressé.

En deux ans, dans la paroisse de Tsion Mariam, à Shashemane, nous avons accueilli une centaine de catéchumènes adultes provenant pour la plupart de 1'Église orthodoxe et une poignée qui n'adhérait à aucune religion officielle. La fidélité à la tradition a sans doute permis à l’Église orthodoxe de conserver le Christianisme lors de 1'invasion de l'Islam. Elle doit faire face aujourd'hui ‑ainsi que les communautés catholiques ‑à de nouveaux défis: la participation liturgique du laïcat, l'ouverture à I'Église universelle, les questions posées par la justice, la paix, etc. Notre présence missionnaire et internationale peut offrir un témoignage d'unité dans la diversité. Un autre défi pastoral: que les communautés chrétiennes deviennent des écoles réelles de foi. On entend parfois les gens dire: "Si vous cherchez la foi, allez chez les orthodoxes; si vous cherchez la bonne musique, allez chez les protestants; si cherchez de la nourriture, allez chez les catholiques"!  Je considère mon expérience un moment de grâce, de découverte et de merveille. C'est toute une autre Afrique que j'ai rencontrée, une terre assoiffée de Dieu, où j'ai bel et bien trouvé ma place.

 

P. Z Nkulu