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Depuis les années, 70, un nouveau courant a marqué l’Église catholique, dans les cinq continents: le mouvement charismatique, que le Pape Jean-Paul II a défini “un fruit du Concile Vatican II qui, presque comme une nouvelle Pentecôte, a suscité dans la vie de l’Église une floraison extraordinaire de groupes et de mouvements” (4.4.1998)

 

Les débuts

Comment décrire la naissance de ce mouvement? Il y a 90 ans, à Los Angeles, aux États-unis, dans le petit peuple des Noirs et des immigrés, prenaient naissance différentes formes de renouveau. Celle qu'on appelle le Pentecôtisme est née sous l'influence d'un certain pasteur noir, Seymour, dans une ancienne écurie transformée en église. Les gens qui se réunissaient là pour célébrer le culte, voulaient chanter, sous la poussée de l'Esprít Saint et accompagnés par quelques musiciens, la gloire de Dieu.

Des signes accompagnaient leur culte: l'imposition des mains pour la guérison des malades, le don des langues et la prophétie. Tout cela se faisait dans une atmosphère indescriptible de joie, de fraternité et de foi.

Très vite des divisions apparurent. Pourtant, le développement de ces groupes semblait irrésistible. On les retrouvera, sous des noms différents et sous des formes diverses un peu partout dans le monde, sur les cinq continents. Au sein de l'Église catholique: Focolari, Néocathuménat, Cursillos de Cristiandad, Communion et Libération, L'Emmanuel, pour ne citer que les plus connus.

Une réalité foisonnante de multiples mouvements, fraternités, et communautés.

Avec le temps on les définira une "chance pour l’Église", un "nouveau printemps de vie chrétienne", un "nouvel Avent"… Dans les années '70, le Pape Paul VI nomma le cardinal J. Suenens, primat de Belgique, conseiller épiscopal pour le renouveau charismatique. Le cardinal expliquera son intérêt pour le mouvement par cette réflexion: "J'ai été longtemps absorbé par le problème du moteur. Maintenant je vais m'occuper de l'essence (l'Esprit!) ".

"L’expansion rapide du Renouveau charismatique ne peut pas s'expliquer simplement par une vitalité intérieure ou une attente du monde actuel. Qu'un courant spiritual, qui n'a ni fondateurs attitrés, ni charte fondamentale ou organisation structurée ait pu passer en une trentaine d'années de quelques membres à environ cinquante millions de catholiques ne se comprend que parce qu’il correspondait à une grâce particulière de l'Église en notre temps.

 

«Le concret»

Le Renouveau s'est développé rapidement aussi dans notre En 1980 il comptait déjà, à Kinshasa, une quarantaine de groupes qui rassemblaient entre 3 et 4.000 membres. Il répond à certains besoins de notre monde contemporain. Depuis presque un siècle les générations chrétiennes de nombreux pays ont dû faire face au ' doute, au soupçon, au laïcisme poussé jusqu'à l'effort d'instaurer une société athée, à la prétention que la science et la technique peuvent, à elles seules, assurer le bonheur. Les communautés chrétiennes d'Afrique connaissent aussi des défis majeurs. "Chez beaucoup d'entre nous, il y avait comme une sorte d'insatisfaction: la foi ne rejoignait pas le concret de l'existence."

"La société africaine est devenue comme une sorte de jungle. En effet, ce qui faisait la beauté de la vie communautaire devient, de plus en plus, comme inexistant. Beaucoup de personnes, dans nos sociétés, sont victimes ou se croient victimes de pratiques magiques. Il y a comme une augmentation, un renchérissement de la volonté de nuisance due, justement, à cette exaspération des tensions sociales. C'est comme si, à la limite, un instinct de mort s'emparait de la société tout entière. Une interprétation sociale correcte amènerait à affirmer que les gens, faute de ne pouvoir s'attaquer aux véritables causes structurelles des maux dont ils sont victimes, dirigent leur agressivité vers des cibles de substitution, des boucs émissaires.

Alors cette agressivité devient jalousie, envie, désir de vengeance et provoque une véritable escalade de violences et de blessure. Voilà donc un regard peut-être trop pessimiste sur la société africaine actuelle et pourtant ce n'est pas si faux que ça."

À cette liste, on pourrait ajouter la montée de nouveaux courants religieux, l'attraction d'un spiritualisme ésotérique, la séduction du Nouvel Age. En Afrique, comme ailleurs, le phénomène de la drogue est pour beaucoup de jeunes une réponse au vide spirituel.

 

Téléphone rouge

Le mouvement du Renouveau a fait dire à quelqu'un que le christianisme vient de commencer son histoire. Et il n'a pas manqué de susciter des réactions diverses. "Chez certains, il éveille méfiance ou catégorique. Chez d’autres, l’attrait et le désir l’emportent; ils présentent dans ce courant le travail de l’Esprit et l’action d’un ressourcement pour l'Église et la société."

"D'une part, on craint ce qu’on appelle le fondamentalisme ou l'intégrisme et, d'autre part, l'expérimentalisme, l’émotionalisme. L'emporteront la vénération aveugle d'un leader qui se présente comme omnipotent, l’interprétation personnelle de la Bible, le rejet de ceux qui ne partagent pas la même vision, une attitude nullement préoccupée de la justice sociale?

Vus de l'extérieur les charismatiques peuvent paraître exaltés, sentimentaux: ils s'embrassent en s'appelant 'frères' et 'soeurs', lancent à tout propos des alléluias retentissants et ouvrent sans cesse leur Bible pour y trouver un message de Dieu à leur adresse; sans oublier ces charismes dont ils parlent comme d'un téléphone rouge avec Dieu."

"Dans les premiers temps de son implantation, le renouveau charismatique fut connu par ses manifestations les plus extérieures: prière en langue, paroles inspirées, capables d'encourager les personnes, guérisons. Naturellement, tout cela attirait l'attention et provoquait en même temps le soupçon ou l'ironie. "Il y a des gens qui se contentent de clichés.

 "Oh! Vous les charismatiques vous ne savez que chanter Alléluia, lever les bras au ciel etc. "

 

Le fruit principal

À une maturité plus grande du Renouveau contribuèrent sans doute deux facteurs importants.

En premier lieu l'EFE (École de la Foi et de l'Évangélisation), qui assure la formation des responsables des groupes dans les différentes paroisses. Et puis les directives données par de nombreuses conférences épiscopales. On ne fera mention ici que de la lettre pastorale de l'archevêque de Kinshasa, le card. Malula (15.07.1980).

Il approuvait le mouvement comme faisant partie d'un "réveil plus large et source de transformation du monde et de la société pour que celle-ci devienne plus habitable et plus fraternelle".

Il avertissait ses membres de certaines déviations possibles, telles qu'un "oecuménisme qui peut semer la confusion dans les esprits, des prières prolongées et répétées, fuite des responsabilités, recherche de choses extraordinaires… même de transes et tremblements... du merveilleux, des guérisons exceptionnelles, des protections faciles ou une libération à bon marché, pour avoir la 'chance'... Le renouveau dans l'Esprit est un don de Dieu, fait aujourd'hui à son l’Église. Il est un moyen qui l’aide à prendre davantage conscience de la présence et de faction en elle de l'Esprit Saint qui nous a été donné au baptême et à la confirmation.

Le fruit principal est l'amour, l'amour de Dieu et du prochain, la conversion intérieure, une redécouverte de Jésus, un nouveau goût de l'Écriture et de la prière, un progrès sur le chemin du renoncement, une expérience renouvelée de la communauté chrétienne et un engagement réel au service de cette communauté et de la société". Au cours du Synode diocésain, en 1988, le card. Malula dira: "Nous sommes heureux de ce don de Dieu." Le Congrès du mois d'octobre 1985, qui vit réunis à Kinshasa 158 délégués de 9 pays francophones et qui avait pour thème:

"Le Renouveau, une chance pour l’Église Africaine ", fut l'occasion pour un examen fructueux.

 

Les mots

Au fond, dans le Renouveau ce n'est pas le premier mot qui prête à discussion, mais l'emploi qu’on fait souvent du mot charisme. Ce terme renvoie à l'Église des origines, telle que Saint Paul la décrit (le nom grec employé par S. Paul: "charisma", devenu en français "charisme"). C'est un mot qu'on a redécouvert et qui est employé pour désigner des dons spéciaux qu'ont certaines personnes. Telle personne est "douée" pour animer des soirées musicales, d'autres ont un don extraordinaire pour s'occuper des petits enfants ou des malades. Il s'agit d'une capacité naturelle, d'un talent pour faire quelque chose d'une façon remarquable. Le charisme est, en ce sens, une aptitude à bien faire quelque chose que d'autres n'arrivent pas à faire avec autant de succès. L'un reçoit tel don, l'autre tel autre. Ce n'est pas ce sens-là qui nous intéresse ici. Nous-nous plaçons sur le terrain de la foi. L'Esprit peut se manifester en toute liberté dans les personnes, à travers des dons particuliers, faits à certains et pas à d'autres. Le charisme est un don gratuit, manifestant que Dieu veille sur la communauté, veut son bien. "Chacun reçoit de Dieu un don particulier - écrivait S. Paul aux Corinthiens - celui-ci d'une manière, celui-là de l'autre (1 Co 12,7s)". Mais c'est toujours pour qu’on se mette au service des autres. Nul ne peut exiger un don. On ne peut 1'acheter, prétendre l'avoir, le revendiquer. Parmi les plus 'désirés' et 'controversés' il y a d'abord le don de la guérison, obtenue par la prière et l'imposition des mains. Il y a des groupes religieux qui affichent à la porte de leur lieu de culte l'annonce: "Église-Miracle".

Ce ne sont pas les gens du Renouveau: ceux-ci, tout en croyant que Dieu peut guérir n’importe quelle infirmité, savent très bien qu’il n’a jamais promis qu’il abattra les pharmacies ou qu’il condamnera tous les médecins au chômage ! Il y a d’ailleurs des guérisons – par exemple la conversion ou la libération des angoisses, de la jalousie ou de la haine – beaucoup plus difficiles que les guérisons physiques. Qu’un individu toujours préoccupé de son propre bien-être commence

à s’occuper des pauvres ou à lutter pour un peu plus de justice dans société : voilà un miracle authentique. "La maladie physique - a écrit l'abbé Bonaventure Lawu - peut être la cause principale d’adhésion au groupe du Renouveau. Un des rôles des pasteurs est aussi de dire à ceux qui souffrent physiquement d'accepter leur souffrance en union avec celle du Christ. Le pasteur ne 4 doit pas jouer au petit guérisseur ou donner des fausses espérances aux chrétiens. Il doit toujours rappeler que le Christ n'a pas guéri tout le monde. Il ne faut donc pas avoir peur de le dire."

 

“D’autres noms”

Mgr Ernest Kombo, actuel évêque de Owando (Congo‑Brazza), a raconté d'une personne qui lui avait demandé des prières parce que sa famille "W était pas heureuse". Deux semaines après elle se représente: "Oui, ~a va mieux, mais ce n'est pas fini. Nous voulons la vengeance. Il faudrait qu’il tombe, il faudrait qu'il meure, qu’ il soit malade... Mais il n'est pas encore malade".

"Mais vous venez me demander une intention de messe pour que les autres soient malades?

Mais quel est ce Dieu que vous priez?"

L'exorcisme est l'autre charisme dont on parle beaucoup. L'on sait que le mal ne vient pas seulement de la faiblesse de notre nature blessée par le péché, mais également des forces du mal ou d'un monde où beaucoup d'idoles portent à se détourner de Dieu: l'Esprit Saint peut donner une sensibilité nouvelle "pour discerner", pour détecter le mal qui se cache en nous et autour de nous.

"Les idoles d'aujourd'hui ne s'appellent plus Baal ou Astarté; elles se nomment: la société du profit et de consommation, ou encore la société permissive, livrée aux fluctuations des modes du jour.

On leur rend un culte chaque fois que l'on accepte pour éviter le pire" des dictatures l’inhumaines, des guerres injustes, des discriminations raciales. Jadis, des chrétiens sont morts pour avoir refusé quelques grains d'encens à une idole. Le César d'aujourd'hui ne porte généralement plus un nom propre."8 Dans notre continent peut-être ont t ils d'autres noms. "Il faut prendre en ligne de compte la vision africaine du monde. L'Afrique noire accorde une grande importance à là relation de l'homme à l'invisible; et l'occulte, le monde .de la nuit exerce une grande emprise sur la vie sociale.

Il convient de rappeler ici que les Africains s'interrogent beaucoup sur les forces invisibles qui agissent dans l'univers. Qu’on songe à la prolifération des sectes, à la résurgence ou mieux la recrudescence des pratiques de la sorcellerie - en fait, il s'agit, de toutes les pratiques magico-religieuses africaines - aux politiciens africains qui adoptent un style de vie-occidental sans pour autant renoncer à consulter les marabouts, féticheurs, guérisseurs traditionnels, magiciens... bref, tous les trafiquants des puissances occultes."

 

L'avenir

L'Esprit est au travail. Le vrai discernement permet de voir sa présence soit dans la vie de tous les jours soient dans les grands événements, dont la lecture n'est souvent réservée qu'aux historiens ou aux hommes politiques. Certains évènements inattendus ne s'expliquent que par l'irruption de l'Esprit. " Je ne doute pas qu’il m'a été donné, par grâce, de vivre une des belles histoires de cette fin du XXè siècle: le démantèlement de l'apartheid en Afrique du Sud, et l'émerger d'une démocratie exemplaire. J'ai vu quelque chose d'étonnant. Alors que tous prédisaient un bain de sang, les ennemis d'hier ont commencé à négocier. Et à accepter des compromis. Une oeuvre déroutante, libre et subtile, respectant profondément les personnes, mais néanmoins puissante et magnifique.

C'est au fruit que l'on reconnaît l'Esprit (Ga 5,22-23) "

"L'Esprit éveille les sens de la véritable justice, il suscite des artisans de paix", avait déclaré l’évêque d'Oran,. Mgr Pierre Clavérie, quelques mois avant d'être assassiné par les fondamentalistes islamiques, le premier août 1996.

On peut affirmer que plus de vingt ans après l'arrivée du Renouveau en Afrique, les communautés chrétiennes en ont tiré de larges bénéfices. "Comment ne pas rendre grâce pour les fruits spirituels précieux que le Renouveau a fait naître dans la vie de l’Église et dans la vie de tant de personnes? Combien de fidèles laïcs -hommes et femmes, jeunes, adultes et personnes âgées - ont-ils pu ressentir au cours de leur propre vie la puissance stupéfiante de l'Esprit et de ses dons! Combien de personnes ont redécouvert la foi, le goût de la prière, la force et la beauté de la Parole de Dieu, en traduisant tout cela en un service généreux pour la mission de l'Église! Combien de vies ont-elles changé en profondeur? L'Esprit Saint, dans l'ensemble du Renouveau, a mis quantité d'hommes et de femmes sur le chemin du Christ, de l'Écriture, des sacrements, de l'Église, du service de leurs frères. Avec quelques notes heureusement accentuées: la prière de louange, la joie, l'accueil.

Un travail qui doit continuer et progresser au cours du... troisième Millénaire."

 

L’irrésistible printemps