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Zamenga Batukezanga Clément, Zabak pour les familiers, est sans doute le plus populaire des romanciers congolais. Auteur d’une vingtaine d’ouvrages, dont les plus appréciés sont: Les hauts et les bas, Carte postale, Bandoki, Sept frères et une sœur, Mille kilomètres à pied et Mon mari en grève. De nombreux manuscrits totalement achevés traînent dans ses tiroirs… «Le livre? C’est un miroir - dit-il - qui permet à l’individu de découvrir ce qu’il est» du quartier Livulu à Kinshasa, pour la réhabilitation des personnes handicapées. Au Manianga, sa région natale, il a réalisé avec le concours de la population locale, 200 Km de routes et construit une trentaine de ponts.
Þ Vous avez débuté dans la littérature, il y a presque 30 ans: quelles sont les valeurs sur lesquelles vous avez insisté davantage? Je ne sais pas ce que vous entendez par débuter. C'est difficile à dire, n'est-ce pas? Car, écrire un livre n'est pas nécessairement de la littérature. Et c'est une grave erreur qu'on a toujours commise, surtout ici chez nous. On a toujours cru que la littérature est avant tout écrire. Non, pour moi, la littérature, c'est l'interaction entre l'homme et le milieu qui l'entoure. Pour ce qui est des valeurs sur lesquelles j'ai insisté davantage, il s'agit essentiellement de l'effort de l'individu à se prendre en charge et à s'auto-promouvoir. Tout ce que j'ai fait, c'est d'observer le milieu dans lequel je vis, de connaître les besoins des gens qui m'entourent et de savoir ce que je veux faire pour eux.
Þ Selon votre avis, quels sont les défis lancés aux hommes qui cultivent la littérature? Pour ma part, d'abord, je ne m’attendais pas à ce que les gens me considèrent comme si j'étais un prophète, capable de répondre à toutes leurs questions concernant I'argent, la misère, la guérison et - l'amour. Cette façon de me considérer me pousse à faire plus d'attention et à prendre mes responsabilités. Et c'est cette attention qui m'emmène à tout faire pour que tout individu se sente aussi responsable de lui-même. Pour cela, il faut lui offrir le miroir qui puisse lui permettre de découvrir ce qu'il est. Ce miroir, c'est le livre qui lui fait connaître ses qualités et ses défauts et l’aide à découvrir soi-même. C'est pour cela que les gens attendent beaucoup de l'écrivain, ils souhaitent qu'il soit le modèle pour eux.
Þ Est-ce que vous attribuez une fonction particulière à la littérature? La première fonction de la littérature qui est aussi celle de l'éducation en général, c'est que l'homme se connaisse et s'apprécie lui même. L'éducation ne peut agir que lorsqu'un individu se regarde dans un miroir et se scrute. De même, la littérature, c'est quand l'homme se met en face de lui-même, qu'il se découvre et se comprend. Il faut pour cela que l'homme s'interroge sur toutes les dimensions de sa vie, sur tout ce qu’il a reçu, même la religion. Aujourd'hui, dans notre pays, I'éducation qu'on donne arrache l'enfant de son milieu et lui apprend que sa langue n'est pas bonne, parce qu’elle ne véhicule pas la science; elle lui apprend également qu'il n'y a rien de bon dans ce qu'il mange... Cette négation de notre identité détruit tout, nous aliène et enlève le droit de critiquer non seulement ce qu'on nous impose, mais même ce qu'on voit.
Þ D'où est-ce qu'on devrait partir pour se développer? Je crois que pour développer un pays, il faut faire mémoire du coin où l'on est né, où l'on a grandi. Ce n'est pas du tribalisme, mais plut6t d'alter aux racines. Tout simplement parce que, quand on a passé 17 ou 18 ans dans un endroit, on ne peut plus s'en séparer totalement. Prenez mon cas. J'étais encore enfant quand j'ai quitté le sol natal, le Bas Congo, pour ne plus y retourner. Car après avoir perdu mon père et ma mère, j'ai gardé des souvenirs tristes du village. Mais au fil des années, je me suis senti interpellé. Je me suis souvenu des problèmes auxquels les gens du village sont confrontés. Par après, les gens sont venus du village me voir et m'ont posé la question suivante: "Qu'est-ce que tu fais pour nous?" Quant au point de départ pour développer un coin, j'ai posé une seule question à mes interlocuteurs que voici: "Pourquoi tout pourrit chez nous au village?" C'est en' guise de réponse à cette question, que nous avons réalisé, avec les villageois, 200 km de mute et une trentaine de ponts en matériaux durables. Car sans communication, il n'y a pas de développement.
Þ Que dites - vous de la mondialisation dont on pane beaucoup ces derniers temps? La mondialisation est en tram de se réaliser chaque jour avec l'explosion des médias. II faut que, de plus en plus, on ne se considère pas seulement en fonction d'une nation, mais aussi en fonction de la vision du monde. La mondialisation est inévitable, mais il faudrait quelle se réalise d'une façon correcte et que tout le monde se sente responsable. Là aussi il faudrait que I' individu découvre son identité propre et soit lui-même, et non ce que les autres veulent qu'il soit. Car, certains croient qu'il n'y a de la valeur que dans les choses proposées par eux. La mondialisation ne doit pas être une nouvelle colonisation; elle ne doit pas abrutir les gens par la télévision ou sur les sites de l'internet. Quoi qu'il en soit, il y a des valeurs humaines qui permettent aux gens de vivre ensemble, d'être fier de ce qu'ils font et d'être solidaires. Propos recueillis par Louis Kalonji Kalantanda |
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Le miroir |
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