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Alexandrie était célère pour le nombre des races qui l’habitaient et qui faisaient d’elle un pont économique et culturel entre l’Orient et l’Occident

 

Malgré l'attachement profond à leur terre d'origine et au temple de Jérusalem, bien des Juifs avaient aussi choisi Alexandrie comme leur seconde patrie. Avec le temps, cette décision, apparemment banale, apportera au judaïsme un souffle d'air frais: des idées et des modes nouvelles, des rites et des coutumes différents, qui lui permettront de faire une expérience de pluralisme. À notre connaissance, la première émigration consistante des Juifs vers l'Égypte et la Libye coïncide avec la fin des monarchies d'Israël et de Juda, et surtout, avec la prise de Jérusalem par Nabuchodonosor (587 av. J-C.). Un deuxième exode semble avoir eu lieu environ trois siècles plus tard, quand l'Égypte fut conquise par les soldats d'Alexandre le Grand. Un exode qui d'ailleurs ne s'arrêtera jamais. Au début du christianisme, les communautés juives étaient très nombreuses en Afrique du Nord.

 

La rencontre avec la culture grecque

Pour mieux s'acquitter de leurs prescriptions religieuses, les Juifs habitaient normalement dans des villages séparés. La religion exprimait leur identité comme peuple. Ils ne jouissaient pas de privilèges particuliers, ils étaient accueillis comme les autres groupes ethniques qui s'étaient installés au Pays du Nil. Parmi les principaux centres de migration juive: Cyrène, sur la côte de l'actuelle Libye (1Mac 15, 22-23). En Égypte: Arsinoé, Hermopolis, etc.

Mais c'était à Alexandrie que se trouvait la communauté juive nord-africaine la plus nombreuse et la plus importante. Avec presque un million d'habitants, Alexandrie était la deuxième ville de l'empire romain. Les Juifs représentaient un tiers de la population. Les Juifs africains vont révolutionner complètement l'héritage millénaire reçu de leurs pères, à leurs yeux trop attachés aux valeurs traditionnelles. La culture juive sera enrichie par les nouveaux apports de la civilisation grecque. L'hellénisme, avec son désir de progrès, sa confiance dans les possibilités humaines, son sens de la beauté physique et son esprit plus ouvert qui voyait au-delà de l'individualisme national, attirait les artistes et les intellectuels de beaucoup de pays.

Filon d'Alexandrie, Juif helléniste, contemporain de Jésus, a été l’une des plus importantes figures de son temps. Du côté juif, le fruit le plus beau de cette fusion culturelle réalisée à Alexandrie et destiné à durer dans le temps, sera la traduction de la Bible en langue grecque, connue comme "Traduction des Septante". Ce chiffre vient d'une tradition très ancienne, selon laquelle les traducteurs auraient été 72: 6 scribes pour chacune des 12 tribus, restés pendant 72 jours dans 72 petites chambres complètement isolées les unes des autres. À la fin, les 72 traductions étaient parfaitement identiques, à la lettre, jusqu'aux points et virgules. En réalité, on sait que la traduction de la Bible des Septante s'attacha d'abord au Pentateuque, au cours du troisième siècle av. J-C.

 

Deux livres en plus

Les autres livres de la Bible n’ont vu le jour que plus tard.

La traduction complète du Pentateuque daterait des environs de l'an 100 av. J-C.

En Égypte, non seulement on a adapté l'ancienne Bible hébraïque à la mode helléniste, mais on a aussi composé deux nouveaux livres: le 2° livre des Maccabées et celui de la Sagesse. Le 2° livre des Maccabées fut rédigé vers la fin du II siècle av. J-C et selon le témoignage de l'auteur du texte, ce n'est qu'un résumé de 5 livres composés par Jason, un Juif originaire de Cyrène (2 Mac 2,19-32). Le livre est une longue réflexion adressée aux Juifs hellénistes. Bien que moins important que le premier pour les historiens, il est néanmoins essentiel pour la Bible à cause de sa profonde vision de la souffrance et de la mort, ainsi que de la justice de Dieu.

Le livre de la Sagesse a été écrit en Égypte entre 80 et 50 avant le Christ. C'est le premier grand effort fait par un Juif vivant dans le monde hellénistique, pour exprimer la foi et la sagesse d'Israël, non seulement en grec, mais aussi sous une forme plus adaptée à la culture dominante. En effet, le livre contient des notions intéressantes sur les doctrines et recherches scientifiques du milieu intellectuel d'Alexandrie (Sg 7,17-21; 8,8; 9,15).

 

Josean Villabeitia

Un carrefour appelé Alexandrie