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Entretien avec le cinéaste congolais Kwami Mambu Zinga
Parlez-nous de votre parcours. Après avoir terminé l'école normale en Europe, j'avais une grande envie d’enseigner, d’être en contact avec les gens. Au lieu d'aller à l’université pour y étudier la géographie, j’ai fait deux années de théâtre au conservatoire de Liège. Puis, je me suis engagé directement comme acteur professionnel dans une troupe de théâtre itinérante de Bruxelles. J'y interprétais le rôle d'un noir américain. Expiré le contrat d’une année, je me suis inscrit à l'Institut des Arts de diffusion de Bruxelles. En 1975, à la fin des études et d'une année de stage à la télévision belge, j’ai dû présenter un court-métrage. Il s'intitulait Moseka. L'année suivante je l'ai présenté au premier festival panafricain du cinéma, FESPACO. Il a obtenu le premier prix de cette catégorie.
Et votre travail de cinéaste? Dès que je suis rentré au pays, j'ai constaté immédiatement que le cinéma n’était pas une préoccupation de nos autorités. J’ai eu beaucoup de difficultés pour continuer, mais comme j’étais déjà connu à Ouagadougou, on m'y invitait souvent pour des colloques et pour la création de la Fédération panafricaine de cinéastes. J'y ai été parfois comme membre du jury. Je me suis quand même battu pour essayer de faire des films. En 1985 j’ai sorti mon deuxième film, qui s’intitule Ngambo. Un film sur les problèmes de l'adolescence, une étape de la vie que les parents d'aujourd'hui n'arrivent pas à bien gérer. À Ouagadougou Ngambo a obtenu le prix du meilleur scénario. En 1995, je me suis présenté avec un autre film, Ntango ya ba Wendo (le temps de Wendo). Wendo Kolosoy c’était un grand musicien congolais des années 40 et 50, jeté aux oubliettes. Ce film a remporté 4 prix internationaux.
Le Festival de Milan de cette année? J'ai été invité à cette manifestation pour animer une table ronde sur la situation du cinéma au Congo, depuis l’époque coloniale jusqu’à ce jour. Je n’étais pas en compétition, mais trois de mes films étaient invités pour retracer un peu cette histoire du cinéma dans notre pays. L'accueil a été très chaleureux. À Milan j’ai rencontré beaucoup d’autres cinéastes africains que je connaissais et j'ai pu voir beaucoup de films africains.
Parmi les films que vous avez vus, lequel a retenu votre attention? Ce qui me frappe toujours c’est le niveau technique atteint par le cinéma africain. D'abord par l'excellent niveau de la cinématographie des pays arabes d'Afrique, en particulier par l’Égypte. Mais aussi le cinéma de l'Afrique subsaharienne a atteint maintenant un niveau international, grâce aussi à l'aide de nombreux organismes européens; en particulier, du COE.
Comment se porte-t-il le cinéma de chez nous? Les Africains produisent beaucoup de films, que les gens aimeraient voir. Moi j’ai l’expérience avec mon film Ngambo. Comme il n’y avait plus de salles de cinéma ici quand j’ai fait le film, je suis allé vers le spectateur. J’ai projeté mon film Ngambo dans les paroisses, les écoles, les usines, les centres culturels. Et j’ai constaté que le public africain aime bien les films africains. Mais nos films ne sont pas bien distribués. C’est ainsi que les spectateurs sont friands de films de seconde catégorie, américaine ou asiatique. Ce sont les commerçants qui contrôlent ça et leur politique c’est la rentabilité.
Pourquoi pas ne pas créer une société de distribution? Ce n'est pas si simple. D'abord il n’y a pas de salles. À Kinshasa, par exemple, il n'y a qu'une salle, qu’on vient de réhabiliter. Et puis on doit faire face aux problèmes d'appareillage, de transport etc.
Qu'est-ce qu'il faudrait faire pour notre cinéma? Au Fespaco c’est le film du congolais Ngangura Mweze Dieudonné, intitulé “Pièces d’identité”, qui a obtenu le premier prix. Il n’y a pas beaucoup de cinéastes congolais, car n’y a plus une école de cinéma. On a formé beaucoup de gens de la télévision, mais la plupart se sont bornés à faire des films publicitaires. Tous ceux qui ont fait les études de cinéma sont restés à l’étranger. Balufu Bakupa-Kanyinda, un autre grand cinéaste congolais, a tourné un film mais il est allé le faire au Gabon, où il a trouvé un cadre favorable. Moi je me bats presque seul, ici. Ae |
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