

|
Le Sida nous guette |
|
Le nombre total des malades atteints du sida aujourd'hui à travers le monde, est estimé à 33,4 millions, dont 22,5 millions vivent en Afrique subsaharienne. Sur 10 enfants de moins de 15 ans infectés par le VIH-sida, 9 vivent en Afrique subsaharienne.
Des chiffres confirmés par le rapport de l'OMS publié le 11 mars dernier: le sida est devenu la quatrième cause de mortalité dans le monde et la première en Afrique. On comprend donc toute l'ampleur du danger qui nous guette et les difficultés d'assurer, dans cette partie qui est parmi les plus pauvres de la planète, des soins adéquats. Selon les estimations de la Banque mondiale, le coût journalier pour soigner un malade de sida dans les dispensaires ruraux est de 10 dollars U.S.; de 50 dollars dans des hôpitaux urbains. Et encore faut-il que les centres hospitaliers soient tant soit peu outillés pour soigner les sidéens! Ce qui signifie que beaucoup d'individus ne peuvent accéder à un traitement médical quelconque. Dans bien des cas, faute d'argent, les malades, se sachant condamnés, n'ont qu'attendre stoïquement la fin. "J'ai peur, disait une sidéenne congolaise, Aline, dans un documentaire réalisé par le belge Yves Wandeweerd: quand mon corps cédera, ce sera une libération, un soulagement. Néanmoins, avec le sida, plus tu avances, plus tu as peur et moins tu as envie de mourir..."
Des miracles et des remèdesLes honoraires d'hôpital inabordables et la certitude qu'on va quand même vers la tombe, poussent pas mal de malades à se tourner vers les tradi-practiciens qui, tout comme les médecins, cherchent à retarder la mort et, en plus, à des coûts de loin plus économiques. Au premier Congrès International sur "Médecine traditionnelle et Sida", qui s'est tenu à Dakar le mois de mars, on a souligné que 85% de la population subsaharienne s'adressent aux guérisseurs. Encore moins chère revient la décision d'avoir recours à la prière. Que de fois n'a-t-on pas entendu des témoignages sur des gens "miraculeuse-ment" guéris du sida dans telle église ou dans telle secte? L'angoisse et l'espoir ne laissent pas le temps de faire la distinction entre tradi-practiciens et charlatans et de savoir où finit la vérité et où commence la supercherie. À Kinshasa, quelque part dans la commune de Ngaba, a triomphé pendant quelque temps, le "guérisseur de Bandundu" qui, après le traitement, envoyait ses clients chez un médecin pour le certificat de la guérison. Mais il s'est évanoui dans la nature, depuis trois ans. À Kigali tout le monde connaît le pasteur Cassius Mburuha, qui soigne le sida avec GMA-2000 (God Mercy All in 2000 - Miséricorde de Dieu pour tous en l'an 2000). À Abidjan le guérisseur s'appelle Mian Ehui et il garantit qu'avec son "Sittrako" on peut guérir cette maladie. Un fameux herboriste ghanéen, Nana Kofi Drobo, mort en 1992, avait tellement suscité des espoirs que jusqu'à ce jour, on parle encore de lui à Accra…Les perspectives sont si sombres qu'il faut conclure que les bonnes volontés et la solidarité internationale ne seront pas en mesure de circonscrire le fléau. Pour beaucoup d'États la guerre contre le sida doit précéder désormais les guerres dont regorgent nos livres d'histoire et la chronique de tous les jours. Patrick-R. MONZEMU MOLELI L. |