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Au cœur de la mission

 

P. Damien De Veuster est décédé à Molokaï (Hawaï) le 15 avril 1889. 110 ans après sa mort, un nouveau film vient de sortir, « Le Père Damien », tiré de la récente biographie écrite par l’historienne Hilde Eynikel.

 

Contrairement à ce qui se passe avec bien des histoires humaines, le souvenir d'un geste de charité sincère, témoignant de l'amour de Dieu le Père, a le pouvoir de grandir et traverser l'histoire, C'est le cas de la décision, prise par le P. Damien, de rester, malgré le risque, dans l'île de la lèpre, pour assister les centaines de malades. “Les microbes de la lèpre – écrivait-il - se sont finalement nichés dans ma jambe gauche et dans mon oreille. Ma paupière commence à tomber. La divine Providence m'a choisi pour devenir victime de la répugnante maladie qu'est la nôtre. J'ai accepté cette maladie comme ma croix spéciale: je tache de la porter comme Simon le Cyrénéen, en suivant les traces de notre divin Maître”.

Surprise

La  nouvelle biographie a déjà provoqué chez les milliers de personnes qui croyaient connaître l'apôtre des lépreux, un effet de surprise. “En général – remarque l'auteur -  on présente P. Damien comme un paysan issu d'une famille pauvre, dont la mère était très pieuse et le père très dur. Un missionnaire avec des capacités intellectuelles limitées et de tempérament colérique: mais le tout serait largement racheté par la lèpre dont il souffrait et qui l'aurait emporté”.

Six semaines après la mort de Damien, l'écrivain Robert Lotus Stevenson dressait déjà, dans une lettre, son portrait déformé: “P. Damien était un paysan européen, sale, bigot, menteur, déraisonnable, rusé, grandiose dans sa générosité, sa candeur et sa bonne humeur fondamentale”.

 

Des clichés qui se sont révélés faux. Mais pas aux yeux de tous. Une première démarche en vue d'une béatification tourna court. À Hawaï circulait une rumeur: “P. Damien n’était pas pur dans ses relations avec les femmes et il contracta la lèpre dont il mourut par sa négligence et son immoralité. On n'imaginait pas, ce que fut pour ce prêtre, le choc d'avoir perçu les premiers symptômes de la lèpre sur son corps, puis le drame des quatre examens minutieux de son anatomie intime, que lui imposèrent des médecins qui, confondant les symptômes, le soupçonnaient d'avoir contracté la syphilis et l'accusaient ainsi injustement d'avoir mené une double vie”.

 Au service des parias

Cela explique peut-être le retard dans la mise en route du procès de béatification.

Il fallut attendre le rapatriement des restes du P. Damien en Belgique en 1936, pour qu'il commence effectivement. Le dossier introduit à Rome pour démontrer combien il avait poussé jusqu'à l'héroïsme sa vie de chrétien, de religieux et de prêtre missionnaire, finit par convaincre.

Le 4 juin 1995, Jean-Paul II proclama Damien “bienheureux”. “Un homme – conclut l'auteur – qui se mit véritablement au service des parias, des exclus de la société. Il s'est sacrifié pour ses lépreux”.