Zone de Texte: Home page  - Qui est Afriquespoir - Comment avoir Afriquespoir 
Zone de Texte:   Numéros on line

Nous le laisserons là-bas

 

Julien a vu le jour dans un petit hôpital de village. L’accouchement a été sans problèmes. Mais sa maman, Blandine, s’est rendue immédiatement compte que son fils est né avec un handicap.

 

Panique, peine, honte. L’enfant est fort, il pèse plus de 3 kilos, mais son beau visage est déformé par le bec-de-lièvre. Toute la famille est allée le voir. Le verdict est unanime: Julien est mukuya, un esprit mauvais. Il portera malheur. Pire encore, il est le premier enfant de ce mariage: la femme est donc coupable. Il faudra la renvoyer. “Nous devons nous libérer de cet enfant, il fait la honte de la famille. Les mauvais esprits nous ont visité", dit le père. Et il décide: “Nous amènerons l’enfant dans la forêt et nous le laisserons là-bas, auprès d’un arbre”.

 

Fuite et salut

En entendant cela, Blandine tremble de peur et de colère. Elle ne veut pas se rendre aux avis de gens. Un dimanche, en secret, à 5 h du matin, elle va trouver le curé. L'enfant est hospitalisé.

On m’appelle d’urgence. "Le cas est simple, il s’agit d’attendre seulement quelques mois pour permettre à l'enfant de supporter l’anesthésie”, je dis à la maman. Blandine sait que son mari l’abandonnera pour toujours, parce qu’il n’est pas d’accord avec ce qu’elle est en train de faire. Peu importe, Julien est son enfant. Le jour de l'opération est finalement arrivé. Tout se passe bien. Les lèvres de Julien sont devenues normales. Julien est un enfant intelligent. Nous le présentons à son papa qui, étonné, s'exclame: “Mon enfant!” Mais la mère l’arrache des bras de son ex-mari: “Non, il n’est pas à toi, tu l’as abandonné dans la forêt auprès d’un arbre!”

 

Et si un jour?

Blandine vend du pain. Elle part à 4h du matin chercher le pain à la boulangerie. Puis elle se rend au marché. Elle fait cela trois fois par jour: le matin, à midi et l’après-midi. C’est un grand travail, mais grâce à cela, Julien et elle ont de quoi manger. Quand elle passe dans la rue, tout le monde la salue: “Voilà une femme forte! Une véritable mère!”. C’est le meilleur éloge qu’on puisse faire d'une femme. Un jour Blandine m’a dit: “Et si, un jour, Julien devenait ministre?” Je lui ai répondu en souriant: “Pourquoi pas?”. Il est beau de voir jusqu’où vont les rêves d'une mère! L’instabilité et la violence sont en train de détruire ce beau pays. Beaucoup de jeunes et d’enfants sont tués. Quand je vois à quel prix les mamans de Brazzaville font grandir leurs enfants, je proteste contre la violence: “Ça suffit!” Je crie et j'invoque le nom de Dieu.

 

Ana P. Cossio, Sem fronteiras