

|
C'était au cours d'une fête organisée dans une paroisse de la banlieue kinoise. Toute la communauté était là pour manifester sa joie autour d'un prêtre célébrant sa première messe. Lors du sermon, le prédicateur a présenté avec force que le métier de prêtre – de même que celui de chrétien - n'est pas facile à vivre. Et pour convaincre ses auditeurs, il a partagé un souvenir des deux semaines de guerre à Kinshasa, l'année dernière. De la fenêtre de son bureau paroissial il avait vu ce qui se passait sur la route. A quelques mètres de l'église un homme nu et couvert de sang, pris à coups de pieds et de pierres par un groupe de gens. Un instant après s'approcha un gars muni d'un vieux pneu et d'un bidon en plastique, avec du pétrole. La justice populaire, impitoyable et horrible, se déchaîna. Le prêtre sentit d'instinct l'envie de sortir, pour arrêter cette bande de furieux. Mais immédiatement intervint le bon sens: "Où veux-tu aller? Ça ne sert à rien, ces bêtes féroces ne t'écouteront pas. Tu risques de finir brûlé toi aussi. Ils te diront que tu es du côté de l'ennemi. Sois calme, garde ton sang froid! D'ailleurs il est déjà mort, donc il ne souffre plus". De voir dans le groupe des paroissiens qu'il connaissait très bien, accrut sa peine. Il tira le rideau et se rendit à l'église, pour prier.
Une semaine plus tard eut lieu la rencontre des jeunes. Le calme était revenu dans le quartier, les corps calcinés avaient été enlevés par la Croix-Rouge. Le prêtre invita les jeunes à réfléchir sur ce qu'on venait de vivre. Cela souleva une discussion enflammée par les grands et nobles mots: guerre injuste, ennemi, libération, patriotisme, défense populaire et légitime… À un certain moment un jeune demanda la parole. "Moi aussi j'ai vu l'homme mourir. Ma grand-mère m'a dit: - Prends ce morceau de pagne et va couvrir le cadavre de ce pauvre homme-. "Je ne l'ai pas fait. J'avais peur de ce que les autres auraient pu me dire. J'avais honte".
Le quartier était sans électricité ces jours-là. Mais de la 'confession' du jeune homme jaillit dans la salle une lumière soudaine et extraordinaire, allumée par le mot qui semblait résumer les raisons plus ou moins valides exprimées au cours de la discussion: honte. Le sermon se termina par un souhait au jeune prêtre: "Que tu puisses témoigner de la miséricorde de Dieu toujours, sans te laisser intimider par ce que les autres diront de toi". Dans son message pour la Journée Missionnaire Mondiale de cette année le pape dit que "dans des contextes sociaux dominés par des logiques de pouvoir et de violence, la mission de l'Église est de témoigner de l'amour de Dieu et de la force de l'Évangile, qui éliminent la haine et la vengeance, l'égoïsme et l'indifférence… Les croyants ont la tâche d'offrir des signes de pardon et d'amour". Une tâche que le troisième millénaire tout entier n'arrivera pas à achever! |
|
Prends ce pagne |
|
Éditorial |