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Rien n’a encore changé

 

Une campagne tous azimuts s'était déclenchée avant et pendant que se tenait à Cologne, Allemagne, le Sommet du G-8, le 19 juin dernier. Tout pour l'annulation de la dette extérieure des pays en voie de développement (les PVD). Elle s'élevait à 570 milliards de dollars en 1980 et avoisine aujourd'hui les 2050 milliards de dollars! Selon la Banque mondiale, la dette extérieure de l'Afrique s'élève à plus de 285 milliards de dollars, soit en moyenne plus de 200% des revenus des exportations. Ce jour-là on a remis les 17 millions de signatures venues du monde entier, dont 83.671 du Centre d'Information et d'Animation Missionnaire (CIAM) de Kinshasa-Limete et une motion de la section congolaise de l'Union catholique Internationale de la Presse, entre les mains de Gerhard Schröder, le chancelier allemand, réclamant l'annulation pure et simple de la dette.

 

A l'issue de ses travaux, le G-8 annonçait l'effacement de 70 milliards de dollars, soit 3% de la dette totale du Tiers-Monde. Et il précisait que cette annulation ne concernait pas tous les pays, mais seulement 41 d'entre eux, dont 34 Africains, considérés comme les plus endettés parmi tous. Pour ces derniers, ce chiffre de 70 milliards représente 35% de leurs dettes totales.

 

Adieu veaux, vaches…

Aussitôt ces chiffres annoncés, les experts du Comité pour l'Annulation de la Dette du Tiers-Monde CADTM, présidé par le Belge Eric Toussaint, se sont mis à l'ouvrage. Premier constat: le total de 70 milliards de dollars était faux. Le véritable montant dû par ces 41 pays débiteurs est de 25 milliards, ce qui ramène le pourcentage à 12 pour le total de leurs dettes au lieu de 35 et à 1,2 celui de tous les endettés de la planète contre 3 annoncé par le G-8. Et puis, l'allégement promis ne va pas sans conditions. Il se fera au cas par cas, impliquant au préalable la soumission à des "programmes d'ajustement structurel renforcés" (PASR) dont la durée ira de 3 à 6 ans. Ainsi, "adieu veaux, vaches, couvées", puisque la plupart des 41 bénéficiaires de ces "largesses" n'arriveront jamais à remplir les conditions imposées par le FMI, la Banque Mondiale et le Club de Paris. D'ailleurs, au cours d'un Séminaire sur la dette (Nairobi, 30-31 août dernier), la délégation japonaise mettait en garde contre les conséquences futures des exigences africaines: "Le danger est que si vous ne remboursez plus, plus personne ne vous prêtera de l'argent"! D'ores et déjà, avec une assiette valant à eux seuls la moitié de la dette due par les 41, la République Démocratique du Congo, le Soudan, le Liberia, la Sierra Leone et, dans une proportion un peu moindre l'Angola (coïncidence: tous des pays en guerre!) ainsi que le Nigeria, sont pointés du doigt comme étant incapables de supporter des sacrifices supplémentaires et d'enfoncer ainsi davantage leurs populations déjà meurtries dans des programmes aussi suicidaires que déshumanisants.

 

Que faire alors?

Le moins qu'on puisse dire est que ce ne sont pas les populations des pays concernés qui ont contracté ces dettes. Ce sont plutôt les dictateurs des pays du Sud qui s'y sont engagés à tour de bras, sans l'aval du peuple. Ces dettes sont le résultat d'achats d'armements, de la construction d'"éléphants blancs", de sommes détournées par les dirigeants et mises à l'abri dans des pays riches. A cela s'ajoute le fait que les prix des produits exportés par beaucoup de pays endettés sont en forte baisse. En conséquence, les revenus d'exportation diminuant, ces pays ont de plus en plus de difficultés pour rembourser leur dette extérieure. Comme il sont obligés de le faire, ils contractent de nouveaux emprunts pour rembourser les anciens. Maintenant, que faire pendant que l'avenir ne présage d'aucune éclaircie?

Une seule chose: ne pas se décourager. Et comme un adage dit si bien: "ceux qui vivent sont ceux qui luttent", alors…luttons! C'est sans doute trop peu, mais l'initiative de Cologne est historique. Face aux pouvoirs politiques et financiers et aux spéculateurs internationaux, les peuples du monde entier crient d'une seule voix "ça suffit". Il faut inventer une organisation mondiale plus juste et plus solidaire, afin que les pays pauvres puissent démarrer le nouveau millénaire débarrassés du fardeau de la dette et consacrer leurs ressources au développement.

 

Patrick-R. Monzemu Moleli L.