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Des fruits extraordinaires

 

"Nous célébrerons, le 24 octobre prochain, la dernière Journée mondiale des Missions de ce millénaire, au cours duquel l'œuvre évangélisatrice de l'Église a porté des fruits vraiment extraordinaires. Nous rendons grâce au Seigneur pour le bien accompli par les missionnaires et, tournant notre regard vers l'avenir, nous attendons avec confiance l'aube d'un nouveau Jour" (Message du Saint-Père).

Le visage de la mission est en train de changer. Bien des communautés prennent la relève et deviennent à leur tour missionnaires. Certaines d'entre elles montrent même un dynamisme remarquable, évident surtout dans la vie des chrétiens engagés pour  un monde meilleur et plus fraternel.  Ils sont un signe vivant et courageux du Royaume. Voici un choix d'expériences.

 

Tatu Bisasa

 

Fils d'un païen - son père était féticheur et polygame - il s'est converti au christianisme et s'est attaché pour toujours au Christ. C'est lui qui a implanté la mission catholique de Tubeya-Ilunga, (aujourd'hui Wikong). Son appellation de "Mulami", terme qui signifie en Ciluba berger, gardien, conserveur et protecteur, indique sa fonction de coordinateur et de superviseur du travail des catéchistes.

 

"Parcourant les villages"

On l'appelait "Bisasa" parce qu'il était grand, robuste, imposant, avec un regard perçant et plein de bonté. Après ses brillantes études à l'École Normale de Mikalayi au Kasaï Occidental, en 1928, Tatu Alphonse Mpoyi fut envoyé par les responsables de l'Église locale pour ouvrir la mission de Tubeya-Ilunga, dans le village de Mulundu. Animés par sa parole, les fidèles participèrent activement à la construction de la chapelle de Tubeya. Il resta longtemps dans la région, parcourant les villages pour enseigner le catéchisme, présider la prière et préparer des couples au mariage.

En 1937, Mulami Alphonse fut muté de Tubeya à Cilomba, où il travailla jusqu'en 1949. Désireux de se reposer, il quitta Cilomba en 1949 et rentra à Bakwa Kalonji, Bakwa Mukendi, Bena Ndaya. son village d'origine. La pause sera de courte durée, car l'aumônier de St Jean de Bakwanga viendra le repêcher l'année suivante. A Bakwanga, Tatu Alphonse Mpoyi poursuivit son travail d'évangélisation, jusqu'en 1971, date de sa retraite. Au cœur de son apostolat, nous trouvons la préparation des couples au mariage. Il a aidé des centaines des couples à célébrer le mariage chrétien. Avant de passer à l'étape de préparation immédiate au mariage il complétait la formation chrétienne des candidats, C'est à cette étape qu'ils étaient confiés à Mulami Alphonse. Il dispensait son enseignement même chez lui. En effet il amenait les futurs mariés dans sa maison, en guise d'illustration des enseignements qu'il donnait. Tout le monde était plein de respect pour "Tatu Alphonse" et sa grande famille de dix enfants. Parmi ceux-ci, trois filles deviendront religieuses et un fils, prêtre. Homme d'une grande foi, il était aussi un homme de prière. Il priait sans cesse.

A Cilomba comme à Bakwanga, il participait chaque jour à la célébration eucharistique; parfois dans la semaine il y amenait ses enfants. Il avait une grande dévotion à la Sainte Vierge Marie et au Sacré-Cœur. Chaque soir, après le repas, toute la famille récitait le chapelet. Fort engagé dans le social et incapable de tolérer l'injustice, Mulami Alphonse était exigeant envers soi-même et ses enfants. Un jour, il gifla son fils aîné, parce que ce dernier avait prononcé le nom de Jésus, au cours d'une conversation, en disant tout simplement "Jésus-Christ". Papa lui avait appris à dire "Notre Seigneur Jésus-Christ", un nom qu'il fallait prononcer avec le plus grand respect.

 

Les peines du serviteur

Tout n'a pas été rose dans la vie de Mulami Alphonse. A coté de la joie et du bonheur que lui procurait sa charge de catéchiste en chef, il a enduré aussi beaucoup de peines et de souffrances. A Tubeya, par exemple, certains féticheurs, mécontents des conversions et mutations qui s'opéraient, entreprirent une lutte acharnée contre lui et son œuvre. Nombreux sont les témoignages des convertis sur les tentatives des païens pour l'envoûter. Ils lui en voulaient parce qu'il avait envoyé au séminaire un enfant de la région et qui sera le premier prêtre de Tubeya, l'abbé Kasonga Gabriel. Une chanson en vogue répétait: "Alors que nous mettons au monde beaucoup d'enfants, Mulami Bisasa nous freine et nous met les bâtons dans les roues": sous-entendu, il envoie nos enfants au séminaire et puis ils ne pourront pas se marier et avoir des enfants.

C'est ainsi que le jour de l'ordination de l'abbé Kasonga Gabriel, sa mère lui recommandait ceci: "Mon enfant, je suis parfaitement d'accord que tu ailles à la paroisse de Kasansa où tu es envoyé par tes supérieurs; cependant avant ton départ j'aimerais tenir dans mes bras un enfant à toi"!

Au cours d'une fête organisée dans la maison de Mulami Alphonse pour célébrer le jubilé de 25 ans d'un groupe d'enseignants, un moniteur mécontent de n'avoir pas été invité, entra avec un fusil chargé, pour semer la panique dans la salle de fête. Grâce à Dieu, l'arme se refusa de fonctionner.

Des faits extraordinaires ont accompagné l'action de Mulami Alphonse. On cite, par exemple, l'incendie qui a ravagé sa maison de Cilomba: tout ce qui était dans la maison fut consumé par le feu, sauf un rameau bénit, suspendu au mur. Ayant entendu que sa petite sœur était atteinte d'une maladie grave de la peau, Mulami Alphonse fit une neuvaine de prières et de jeûnes. À la fin de la prière, un messager vint lui dire que sa sœur était guérie: Son fils aîné, Mr. Jean-Marie Mpoyi, actuellement Inspecteur d'écoles, nous a confié en guise de conclusion: "Quand j'etais petit, je ne m'imaginais pas que mon père aurait pu mourir un jour! Mais considérant la manière dont il a mené sa vie, si je meurs et que je ne retrouve pas au Ciel Tatu Alphonse, alors je dirai que le ciel est autre chose…".

Louis Kalonji