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Entretien avec Tabu Pascal Lay Rocherau, étoile du jazz africain. À dix ans, sa première composition musicale. A quinze, en 1955 l'honneur de chanter devant 100.000 spectateurs, lors de la visite du roi Baudouin au Congo. Membre de l'African Jazz, une des formations les plus prestigieuses du Congo, Tabu Lay crée en 1963 avec Dr Nico, l'African Fiesta. "Cela n'a pas tenu. Après deux ans, nous nous sommes séparés. Jusqu'aujourd'hui j'ai eu mon groupe, l'Afrisa International, avec lequel j'ai présenté des spectacles dans le monde entier, surtout aux États-Unis".
Les genres de musique: y a-t-il eu une évolution? Oui. Vous savez, à l'époque où j'étais adolescent, j'étais plus dans la nature. Ma première chanson écrite en mon nom traitait de l'amour: "Le soleil qui se lève lentement sortant d'un cours d'eau", Moi mwa ntongo mwa ebale, motombolaka malembe. Je suis toujours resté dans la poésie, mais les thèmes ont changé par rapport à l'évolution du climat socio-politique, de la situation économique, et de l'âge. Avant je pouvais me permettre des chansons telle que "Lily moke, mwana wa quartier…", Petite Lily, fille du quartier. À cette époque j'avais 19 ans!
Et maintenant? Je fais de la musique congolaise moderne, mais avant d'y arriver j'ai fait beaucoup de jazz. Au début je chantais des chansons en espagnol, telle que "Bésame mucho". Nous étions influencés par les musiques latino-américaines (Porto Rico, Cuba, Salvador, Colombie). Il n'y avait que ça au début. Maintenant les choses ont changé, on joue de la musique congolaise à 100%. Je peux dire que j'ai été le père de la vulgarisation de cette musique à travers le monde, depuis mon passage à l'Olympia en 1970. À l'Olympia je me suis produit pendant un mois avec mon groupe. On y donnait 4 concerts par jour. À l'époque l'Olympia était une signature, actuellement l'Olympia n'est plus que le prestige. C'est moi le créateur de l'appellation "soukous".
Les sujets que vous préférez actuellement? Je suis grand père, je ne peux que chanter des choses responsables. J'aborde le thème de la politique, par exemple". Il y a cinq ans j'ai écrit une chanson, où je disais aux responsables politiques, au président déchu et aux chefs de l'opposition, qu'ils étaient en train de rêver. Qu'ils fassent attention, un de ces jours ils seront colonisés par un pays africain. La chanson s'appelle "Le glas a sonné". C'est un réquisitoire. On m'a poursuivi, mais tout ce que j'ai dit s'est accompli. Maintenant je prépare une chanson, très anonyme, qui parle de la prise de conscience de chacun: l'enfant, le vieux, etc. J'ai l'impression qu'on est en train de tracer une spirale qui, au lieu de progresser ou de monter, fait marche arrière. Ce n'est pas une impression, c'est la réalité. J'ai commencé à voyager à l'âge de 20 ans. Je viens de vivre dix ans aux USA. Et quand je vois des petits pays qui avancent à pas de géant alors que nous piétinons, il y a lieu d'interpeller les consciences.
Des rêves? Je suis rentré au pays pour préparer ma fin de carrière, parce que l'année prochaine j'aurai 60 ans et 40 ans d'activité. J'aimerais que l'an 2000 soit l'an de la paix pour toute l'Afrique. Je vais signer un pacte de paix avec Dieu pour qu'Il bénisse ce pays, le continent et la région des Grands Lacs! |
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Le créateur du soukous |