
|
Les Saints d’Afrique |
|
Le Christianisme en Afrique n’est pas un événement récent. « L’origine des Églises chrétiennes d’Afrique remonte aux temps des apôtres; elle est liée, selon la tradition, au nom et à la prédication de l’évangéliste saint Marc » (Église en Afrique, n. 30ss.). Les premiers siècles de l’ère chrétienne ont vu « une foule innombrable de saints, de martyrs, de confesseurs, de vierges ».
Du IIè au IVè siècle la vie chrétienne dans les régions septentrionales de l'Afrique fut effectivement très intense et occupa une position d'avant-garde, aussi bien dans le domaine de la théologie que dans celui de la littérature chrétienne" (Église en Afrique 31). L'Égypte et l'Afrique du Nord, avec ses grands théologiens, étaient les piliers de l'Église universelle. Aux IIIè et IVè siècle le nombre des évêques de l'Afrique du nord était presque comme celui de tout le continent actuel. Quand Rome n'était pas encore Rome, l'Afrique avait déjà réalisé une longue liste de grands conciles.
La croix du Nil Pendant les six premiers siècles les Églises de l'Afrique du Nord formaient une grande 'communion' avec les autres pays de la mer Méditerranée. Surtout celle d'Égypte. "Bien vite après leur conversion au christianisme, les Égyptiens avaient adopté comme insigne préféré la croix ansée ou Ankh. Cette croix, en forme de T surmontée d'une anse, qui avait durant des millénaires été gravée parmi les hiéroglyphes pour signifier l'emblème de la vie, leur paraissait particulièrement apte à symboliser la vraie Vie que le Christ est venu apporter. Aussi cette "croix du Nil", appelée encore "Clef du Nil" (Miftach el Nil), ornera-t-elle désormais toutes les stèles érigées sur les tombes des chrétiens. Tels seront même la dévotion et l'amour des Égyptiens envers la sainte croix, qu'ils n'hésiteront pas à se la faire tatouer sur le poignet, afin de montrer leur attachement au Christ et lui rester fidèles à travers les longs siècles de persécution romaine ou musulmane. Et c'est ainsi qu'aucune nation d'occident ni d'orient ne peut se prévaloir à plus juste titre d'être appelée "fille aînée de l'Église". L'Égypte fut le tout premier pays à adopter la religion du Christ dans la majorité de sa population et scella sa foi en Lui par le sang d'un grand nombre de ses enfants. En 350 S. Athanase évaluait à cent le nombre des évêques en Égypte. C'était, toutefois, un développement limité aux régions au nord du Sahara et à la Corne d'Afrique: Afrique du Nord, Égypte, Nubie, Éthiopie. L'occupation arabe portera le coup de grâce aux territoires jadis sous domination romaine et aux royaumes chrétiens du sud. Les fouilles entreprises au cours du 20è siècle par des dizaines de missions archéologiques ont mis au jour les ruines ensevelies des communautés chrétiennes de la Nubie (Égypte-Soudan). Une région qui a été chrétienne pendant presque mille ans, ainsi que le prouvent les vestiges de nombreuses églises et monastères, les objets de culte, les tableaux de fameux ermites des solitudes égyptiennes: Onouprios, Apa Aaron; ou de soldats martyrs, Georges, Théodore, Victor, Mercurios, Epimachos. Des témoignages d'une chrétienté active et créative, implantée même dans l'actuel Darfour. La découverte la plus sensationnelle fut sans doute celle de la cathédrale de Faras (anciennement Pachoras), non loin de Wadi Halfa. Un bâtiment d'énormes dimensions, de 40 mètres sur 20, datant du début du 8è siècle, ornée de 169 superbes peintures murales de valeur artistique sans égale. En 1965, lors des fouilles à Dongola, capitale du royaume de Makouria, une autre église à cinq nefs apparut aux premiers coups de pioche: seize colonnes de granit étaient encore debout. (cf. Paul de Meester, L'Église d'Afrique, Paulines).
Saints et martyrs des premiers siècles Des églises d'une grande vitalité, centres de culture et pépinières de martyrs, de maîtres de doctrine et de saints. Nous ne rappelons ici que les plus célèbres.
Athanase (295-373): évêque d'Alexandrie, appelé le "Père de l'orthodoxie", "Père de l'Incarnation". Il illustra le siège épiscopal d'Alexandrie par sa lutte contre Arius, dont l'enseignement niait la divinité du Christ et qui fut condamné au concile de Nicée (325). Ayant compris les dangers présents dans la doctrine ariane, il défendit avec une énergie extraordinaire les vérités centrales de la foi chrétienne. Augustin (354-430), évêque d'Hippone, père et docteur de l’Église. Catherine d'Alexandrie, martyre. Coecilianus (IIIème siècle), prêtre de Carthage. Clément d’Alexandrie (150-211), docteur de l'Église. Cyrille d'Alexandrie (370-444), docteur de l’Église. Cyprien (210-258), évêque de Carthage. Denis, évêque d'Alexandrie (247-264). Lors de la persécution antichrétienne à Alexandrie sous l'empereur Philippe l'Arabe, en 248, il envoya une lettre à Fabius d'Antioche, où il décrivait le martyre subi par "Métras, par Quinta, par Apollonie, par Sérapion, et le soulèvement de la ville entière. Il n'y avait ni route, ni rue, ni sentier, qui nous fut accessible, de jour comme de nuit; sans cesse et partout tous criaient contre les chrétiens: qu'ils soient emmenés et brûlés. Les chrétiens s'enfuyaient et subissaient la perte de leurs biens". Deogratias (457), évêque de Carthage. Eugène (505), évêque de Carthage Frumence (IVè s.): d'origine syrienne, vendu comme esclave au roi d'Éthiopie, deviendra l'évangélisateur de ce pays et évêque d'Aksoum. La tradition fixe la conversion du royaume éthiopien en l'an 333. Fulgence (468-533), évêque de Ruspe. Gélase ler (492-496), pape. "Fameux dans tout le monde - dit un contemporain - pour la science et la sainteté". Il invitait les évêques à donner en aumône un quart de leurs revenus. Contre les manichéens, qui considéraient le vin comme une boisson illicite, il insistait sur la communion sous les deux espèces. Maurice et ses compagnons, martyrs de la Légion Thébaine, recrutés en Haute-Égypte. Melchiade (311-314), pape. Monique (331-387), mère de saint Augustin. Victor ler (189-199), pape. D'origine africaine, est considéré le pape plus important du IIè siècle. S. Jérôme écrit qu'il a été le premier à célébrer, à Rome, la liturgie en latin (avant c'était en grec).
|