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Je paie les taxes Les Martyrs de Scili: juillet 180. Leurs "Actes" sont les premiers de l'Église africaine. Scillium était une localité aujourd'hui en Tunisie. Ils étaient douze: 7 hommes et 5 femmes (Speratus, Nartzalus, Cittinus, Veturius, Felix, Aquilinus, Laetantius, Januaria, Generosa, Vestia, Donata, Secunda). Arrêtés et mis en prison à Carthage. Le proconsul Saturnin les invita à adorer les dieux de Rome, condition pour obtenir le pardon de l'empereur. Speratus parla au nom de tous: "Nous n'avons commis aucun crime, nous n'avons fait du mal à personne. Je sers le Dieu qu'aucun être mortel n'a jamais vu. Je n'ai jamais volé; je paie les taxes pour tous mes achats". Le proconsul s'adressa aux autres et les invita à se dissocier de Speratus. Cittinius répondit: "Nous n'avons rien à craindre, sauf le Seigneur notre Dieu qui est aux cieux". Donata dit: "Nous donnons à César l'honneur qui lui revient; mais nous craignons Dieu seul". Vestia dit: "Je suis chrétienne". Et Secunda dit: "Je ne veux pas changer ma foi". Le verdict: "Ils se sont déclarés chrétiens et ils ont refusé l'opportunité de revenir aux coutumes romaines. Notre sentence: qu'ils meurent d'épée".
Perpétue, Félicité et compagnons: Revocatus, Saturninus, Secundulus et Saturus, martyrs (7 mars 203). Le récit de leur passion, est un de plus grand trésors hagiographiques parvenus jusqu'à nous. Pendant le 4è siècle il était lu dans les églises d'Afrique et on l'appréciait tellement que S. Augustin jugea nécessaire élever une protestation contre le fait qu'on les plaçait au même niveau que les Écritures. Ils furent arrêtés à Carthage et condamnés à être dévorés par les bêtes féroces. Attaqué par un léopard, Saturus était tout couvert de son sang. La foule hua et cria: "Il est bien lavé" (allusion à son baptême)! Saturus invita son geôlier à se convertir. Puis il lui dit: "Adieu, crois et souviens-toi de moi et que ces choses au lieu de te confondre, te confirment". Il prit l'alliance du doigt du geôlier et après l'avoir trempée dans son sang, il la retourna au geôlier comme souvenir".
Zénon, évêque de Vérone (Italie) de 362 à 371. Excellent prédicateur. Dans son homélie pour le martyr mauritanien Arcadius, il parle de la région avec une remarquable connaissance des lieux: d'où la tradition qui le veut d'origine africaine. Représenté avec une canne à pêche, dont il se servait pour assurer sa nourriture. Ses fidèles l'aimaient beaucoup; sur son tombeau ils construisirent un grand temple. Saint Grégoire raconte d'un miracle arrivé deux siècles après sa mort lorsque, c'était l'an 598, le fleuve Adige menaça d'inonder la ville de Vérone. "Les gens se réfugièrent dans l'église de S. Zénon. Bien que l'eau arrivât à la hauteur des fenêtres, elle n'entra pas dans l'édifice, comme si elle était un mur solide. Les gens restèrent en prière à l'intérieur pendant 24 heures. Après quoi, l'eau se retira". Sentence attribuée à Zénon: "Si tu as le moyen de donner à manger à celui qui a faim et tu ne le fais pas, tu le tues".
C'est en Égypte que s'affermit le "monachisme", l'idéal religieux qui voulait réaliser l'évangile à la lettre, en abandonnant tout pour suivre le Christ. Bible, liturgie, moines et moniales furent les quatre piliers qui ont permis à la communauté chrétienne d'Égypte de résister à la pression islamique pendant 1300 ans. Les moines égyptiens les plus célèbres sont: Paul (234-354). Au moment où éclate la persécution de Dèce (250), il se retire dans une propriété à la campagne. Quand son beau-frère qui le jalouse, veut le livrer aux autorités, il s'enfuit dans le désert oriental entre le Nil et la Mer Rouge, pour vivre dans le silence, le jeune et la prière. Antoine (251-356). Modèle de vie monacale, de son jeune âge jusqu'à la fin il garda le même enthousiasme et la même austérité. Jamais malade: ses dents étaient en bon état et sa vue encore excellente lorsqu'il mourut à l'âge de 105 ans. Pacôme (348), appelé l'aîné des moines en Afrique. Il s'enfuit au désert et se cacha pour éviter la prêtrise. Macarius (390)…
Les saints des temps modernes Les temps modernes sont aussi marqués par le martyre de nombreux fils et filles d'Afrique, fruit de leur attachement aux valeurs chrétiennes.
Martyrs de Mombasa. Le mois d'août 1613 environ 150 africains et environ 150 portugais acceptèrent de mourir plutôt que de renoncer à leur foi.
Les Martyrs de l’Ouganda. Brûlés vifs ou exécutés à l'arme blanche sur ordre du roi Mwanga pour leur attachement à la foi et à la morale chrétiennes. Ils sont au nombre de vingt-deux. Ils étaient des pages, gardes royales, chefs de villages, juges, artistes... Béatifiés à Rome par Benoît XV le 6 juin 1920, ces fils de l’Ouganda, “modèles de pureté et de courage chrétien”, ont été canonisés par Paul VI le 18 octobre 1964; le Pape Pie XII les a proclamés, en plus, patrons de la jeunesse de l'Afrique chrétienne. En même temps que ces vingt-deux catholiques, furent mis à mort, aussi pour des raisons religieuses, une dizaine de protestants, sept "païens" et un musulman: semence de l’œcuménisme en Afrique! Au cours de sa visite en Ouganda, le Pape Paul VI tint à aller voir le sanctuaire des martyrs protestants.
Marie-Clémentine Anuarite Nengapeta (29 déc. 1939 - 1er déc. 1964), religieuse congolaise de la Jamaa Takatifu, assassinée pour avoir voulu rester fidèle à son vœu de chasteté alors qu'un colonel de l'armée rebelle voulait lui faire violence. Béatifiée à Kinshasa le 15 août 1985, par Jean-Paul II. Quelques mois avant, elle avait écrit dans son carnet: "O Jésus, donne-moi la grâce de mourir, ici même, plutôt que de te quitter encore pour retourner dans ce monde mauvais. Toi, tu ne peux me quitter, à moins que moi-même je commence par te quitter".
Victoria Rasoamanarivo (1848-1894), laïque malgache. Béatifiée par Jean-Paul II le 30 avril 1989 à Antananarivo.
Isidore Bakanja (1885 - 15 août 1909), bienheureux; jeune catéchiste congolais tué à coups de fouets sur ordre de son patron belge, hostile aux pratiques religieuses. Isidore mourut en pardonnant à son patron. Béatifié à Rome le 10 avril 1994, au cours du Synode africain.
Joséphine Backhita (1890 - 8 fév. 1947), soudanaise, vendue cinq fois comme esclave; libérée en Italie, elle deviendra religieuse dans l'Institut des Filles de la Charité (Sœurs Canossiennes). Béatifiée à Rome par Jean-Paul II le 17 mai 1992. Elle sera déclarée sainte au cours de cette année.
Cyprian Michael Tansi, nigérian, déclaré bienheureux le 23 mars 1998.
Et puis la légion des chrétiens qui, même s'ils n'ont pas été officiellement déclarés 'saints', ont fait de leur mieux pour imiter le Christ. Des milliers d'hommes et de femmes emportés par la violence, défenseurs des droits de la personne humaine, de la liberté de conscience, de la fraternité qui ignore les divisions ethniques. La vie de tous ces saints est là pour affirmer qu'il est possible de vivre l'évangile. Leur sang et leur témoignage, des premiers siècles à nos jours, permettent aux communautés chrétiennes du continent de relever les défis que le monde d'aujourd'hui lance aux croyants.
Missionnaires Justin de Jacobis, italien, de la Congrégation de la Mission, apôtre de l'Abyssinie, dont il fut nommé Préfet Apostolique le 10.03.1839. Canonisé en 1975.
Jacques Berthieu (28.11.1838 – 08.06. 1896), français, jésuite, premier martyr de l'Ile de Madagascar, bienheureux. À ceux qui le frappaient, il dit: "Moi je ne combats pas contre vous, je n'ai pas d'armes".
Daniel Comboni (15.03.1831-10.10.1881), italien, évêque, mort à Khartoum en 1881. Béatifié par Jean-Paul Il le 17 mars 1996.
Benoît, l’Africain
Benoît est le premier africain canonisé par l’Église catholique, en 1807 (après la béatification, en 1743). Témoin indirect de plusieurs événements clefs du XVI siècle, ami personnel de trois vice-rois espagnols, il a vu sa renommée s’étendre jusqu’aux Amériques, surtout parmi les afrobrésiliens. Il est ‘patron’ de la ville de Palerme (Italie) depuis 1652, où on l’appelle Benoît l’Africain.
“Esclave” de Notre Dame du Rosaire Même s’il est parfois appelé l’Éthiopien, Benoît appartenait probablement à une famille d'origine Yoruba, débarquée sur un marché européen d'esclaves ou achetée en Afrique du Nord (seulement le test de l'ADN pourrait identifier sa souche). Ses parents, Christophe et Diana, étaient des gens de tempérament. En effet, ils avaient décidé que leur foyer n'aurait pas d'enfants, pour "ne pas mettre au monde d'autres esclaves". Ils changèrent d'avis quand leur maître assura que le premier-né aurait été affranchi. Ensuite, les parents aussi furent affranchis. Les deux époux avaient une grande dévotion à la Vierge. Ils récitaient le rosaire et enseignaient le catéchisme aux villageois.
Des journées chargées Benoît a environ vingt ans lorsqu’en 1545 il connaît Jérôme Lanza, ermite d’origine noble, et se met à sa suite. En 1562, adhérant à la sollicitation du pape Pie IV qui demande à tous les ermites de se rassembler en communauté, Benoît quitte le mont Pèlerin et descend à Palerme. Il frappe à la porte du couvent des Franciscains de Sainte Marie de Jésus, fondé en 1221 (selon la légende) par Antoine, future gloire de Padoue. Il y est accueilli, mais il ne prononce pas les vœux. Envoyé dans d’autres maisons de la province franciscaine, il rentre à Sainte Marie de Jésus avec la renommée de "frère guérisseur". Il devient populaire auprès de toutes les couches sociales de Palerme. Il est responsable de la cuisine et bien qu'il soit illettré, il devient maître des novices. En 1578, élu supérieur du couvent, il commence à le reformer. Sa renommée grandit, traverse la mer et arrive jusqu’à Madrid et à Lisbonne. Ses journées sont très chargées: des pauvres, des malades, des gens de la "haute société" venus pour le consulter. Vers la fin de sa vie, il demandera d'être libéré de la charge de supérieur, pour reprendre son travail à la cuisine. Benoît meurt en 1589, à l'âge de 63 ans. Sa popularité ne fera que grandir. Lope de Vega, le grand dramaturge espagnol, et tertiaire franciscain, lui consacrera une pièce de théâtre. La cour de Madrid, d'après demande de l’ordre franciscain, en sollicite la béatification. Dans un contexte culturel défavorable aux Africains et se questionnant s'ils avaient une âme, les franciscains cherchent la promotion immédiate d'un "saint esclave" et se battent de toutes leurs forces pour le faire arriver "au paradis".
Renommée La dévotion à Benoît se répandit vite. Elle a été surtout le fruit d'un processus spontané, dans les endroits où se rencontraient les africains déportés, soit en Europe soit en Amérique. En particulier dans les villes de Lisbonne, Madrid, Cadix, Porto, Coimbra, etc. et dans les ports méditerranéens, où prospéraient des fraternités d'esclaves dévots du Rosaire. La renommée de Benoît s'étendit surtout au Brésil. Il fera partie de la famille des “saints noirs”, vénérés avec Notre Dame du Rosaire, Iphigénie, Elisban, Antoine de Categerò, le roi mage Balthasar. Leurs images se trouvent dans l'église de Notre Dame du Rosaire, à Salvador de Bahia. Au Brésil São Bendito Preto (Saint Benoît le Noir) est entré aussi dans les cultes afro-brésiliens, assimilé à un orixa ou un voudou. L'ancien esclave, finalement libre et comblé de sainteté, est devenu un intercesseur.
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Les Saints d’Afrique (2) |