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Un animal pour l’an 2000 |
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D'ordinaire les gens n'aiment pas qu'on les compare aux bêtes. Carlos Ilich Ramirez Sanchez, terroriste célèbre, inculpé de quatre-vingts meurtres, insulta son geôlier en octobre 1996: "Toi, espèce de gnou"! Le surveillant n'apprécia guère d'être assimilé au mammifère herbivore, cornu et barbu, du Sud-Est africain, et Carlos fut incriminé d'une nouvelle infraction. On pourrait se demander alors d'où vient l'attrait que certains individus manifestent envers les animaux. Surtout les bêtes féroces. L'empereur d'Éthiopie était le Lion de Juda; P. W. Botha, président sud-africain des années '80, le Grand Crocodile; Sékou Touré, l'Éléphant, Joshua Nkomo, décédé le 1er juillet '99 à Harare à l'âge de 83 ans, était le Vieux Lion, Mobutu avait institué l'Ordre du Léopard.
Rien de nouveau, d'ailleurs. L'histoire nous raconte que les vestibules du palais de Soliman le Magnifique (1520-1566) étaient gardés par 18 panthères et douze lions. Il y a cinq ans, dans la Province du Nord (Afrique du Sud) on enregistra une vague de crimes contre des commerçants. Ceux-ci décidèrent alors de constituer une association d’autodéfense qu’ils appelèrent Mapogo a Mathamaga, Léopards courageux. Car un proverbe affirme: "Quand le tigre importune le léopard, celui-ci s’unit à d’autres léopards et ensemble ils l’emportent sur le tigre". Toujours en Afrique du Sud: le président Mbeki vient d'annoncer que le Pays se dotera d'une nouvelle unité de police, la DSI, Division Enquêtes Spéciales, surnommée les "Scorpions". De temps en temps des groupes de résistance, de guérilla ou d’opposition aux noms de fauves défraient la chronique. Les Tigres libérateurs Tamouls (Sri Lanka) ont succédé aux Nouveaux Tigres Tamouls. L'attentat à la mission américaine de Al Ryad ('95) a été revendiqué par les Tigres du Golfe. Au Congo des années '60 triomphaient les Tigres du Katanga, et les Simbas (Lions). On retrouve les Léopards au Libéria, les Cobras en Sierra Leone et au Congo-Brazzaville. Ce dernier pays a vu aussi d'autres bestioles: les Mambas à Brazza, les Requins à Pointe-Noire. Rien de nouveau. De l'Aigle, prédateur et guerrier, les Romains avaient fait le symbole de l'Empire et Hitler celui de son Reich. Dans le sport aussi on aime s’inspirer de l’imaginaire animalier: les Lions Indomptables (Cameroun), les Lions de l’Atlas (Maroc), les Éléphants (Côte d’Ivoire), les Écureuils (Bénin), les Scorpions, les Dragons, les Faucons... En 1974 les Léopards zaïrois remportèrent la coupe d'Afrique des Nations au Caire. On pourrait se poser la question: pourquoi n’adopte-t-on pas comme nom de guerre la brebis, la chèvre, la tourterelle, le pigeon, le dromadaire? La réponse ne peut être que la suivante: ces animaux ne disposent pas de mâchoires à tenaille, leur morsure n’est pas létale. Dépourvus de griffes et allergiques au sang humain, ils n'agacent personne. On sait que les animaux, y compris les plus féroces, ont peur des hommes. C'est la faim ou la peur qui peut les rendre dangereux. Il y a quelque temps, dans un parc du Canada les gardes forestiers ont abattu un loup qui était devenu dangereux pour les touristes. Vieux et solitaire, l'animal s'attaquait aux êtres humains. Dans son estomac on trouva des carottes, des haricots, de la ficelle et des étiquettes de boîtes de confitures. Si on ouvrait le cerveau d'un combattant au nom d'animal qu'est-ce qu'on y trouverait? Des rêves révolutionnaires, des projets de liberté et d'une plus grande justice, peut-être. Mais mélangés à des pulsions moins angéliques, soif de vengeance, refus de la loi, désespoir, pillage, vol, viol… Dans les fables de la sagesse traditionnelle, les animaux semblent suggérer: "Nous n'avons pas reçu le don de l'intelligence. Malgré cela nous faisons de notre mieux. Mais vous, les humains, ne vous lassez pas de mettre à profit l'intelligence que le Créateur vous a donnée". Or c'est souvent le contraire: les humains s'amusent à mimer et à multiplier l'agressivité de certains animaux.
Si on ne peut pas se passer de la suggestion du règne animal, pourquoi pas ne pas imiter la girafe? Des psychologues du langage favorisant la paix, proposent la girafe comme modèle. La girafe est l’animal terrestre qui a le plus grand cœur (jusqu'à 12 kilos) et qui, étant plus haut que les autres animaux, peut mieux regarder l’horizon et l'avenir. Vous aimeriez établir des relations cordiales? Soyez girafe!
À éviter, au contraire, le chacal. C’est un animal qui vit plus au ras du sol, uniquement préoccupé de satisfaire ses appétits. Il ne voit pas à long terme comme la girafe. D'un individu avide et cruel, qui profite des victoires des autres en s'acharnant sur les vaincus, on dit "un vrai chacal". Voulez-vous que les gens vous obéissent par crainte ou servilité? Imitez le chacal! Est-ce qu'à l'aube du troisième millénaire – la disparition des gros félins et des pachydermes étant désormais annoncée – il n'y aura que des chacals en circulation? N.C. |