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La femme face à la violence |
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Au cours de ces dernières années et notamment à la suite de la 4è conférence mondiale de la femme à Beijing, on peut constater la détermination des femmes africaines et congolaises en particulier, pour la revendication de leurs droits. Et cette action se concrétise dans les campagnes contre les violences faites à la femme. Pourtant des débats qui se réalisent autour de ce thème, semblent, généralement, nous renfermer dans un cercle éternel. S'il y en a qui accusent les hommes d'être les auteurs de cette violence, d'autres, y compris les femmes elles-mêmes, trouvent dans les femmes les promotrices principales de ce mal. Il est vrai cependant, qu'il y a des formes de violence qui font incontestablement de la femme la grande victime de la brutalité masculine. Surtout quand l'homme utilise la violence sexuelle pour humilier ou dénigrer la femme. Nous le vivons dans notre pays. Pendant les pillages ou les guerres, par exemple, les hommes sont tués tout simplement, mais les femmes sont violées avant d'être tuées. Néanmoins, dans un continent en mal de vie et de paix, les femmes ne sont-elles pas conviées à dépasser la polémique pour chercher des solutions pertinentes à cette réalité? Cela apparaît encore plus urgent aujourd'hui, car le troisième millénaire africain risque de n'hériter du siècle qui s'achève, que d'un visage monstrueux de violence. Sous leurs divers aspects, les guerres qui embrasent le continent, du nord au sud, nous en disent long.
"Une force d'avenir" L'histoire nous révèle que de tous temps, les femmes constituent de par leur être une chance, une espérance pour un avenir de paix. Il faut apprendre à découvrir cette force d'avenir qu'elles représentent. C'est à partir de son anthropologie qu'on peut le mieux saisir la femme comme force de changement. De là peut naître une spiritualité capable de mobiliser les femmes, à côté de leurs partenaires les hommes pour l'avènement de la paix et la justice. Elles sont souvent les grandes absentes des lieux où se mène ce combat. La femme est faite pour accueillir, porter, protéger et libérer la vie. Sa biologie est une véritable obédience, une ouverture tournée vers la vie et pour la vie. Elle l'accueille et la donne. En Afrique, même une fillette est appelée "maman". Cette appellation veut exprimer la reconnaissance de sa maternité ou de sa capacité d'accueillir et de porter la vie. Ce n'est pas un simple fait biologique, mais sa vocation pour le monde: celle d'être mère. La femme est la mère de la vie comprise dans sa double dimension: individuelle et sociale. Dès lors, sa mission est non seulement de porter et de donner la vie, mais aussi de la défendre contre tout ce qui la menace. Dans la société traditionnelle, l'annonce des premières menstrues, chez la nubile, était une occasion de joie et de fête générale. Elle était du coup reconnue comme capable de porter et de donner la vie. Il ne s'agit pas de sang impur, ni de sang mort. C'est un sang au service de la vie. De ce fait, la femme est perçue dans l'imaginaire de l'Afrique traditionnelle comme un signe, un sacrement de l'espérance de vie: la femme ne peut pas tuer la vie. C'est ici où nous pouvons comprendre le cas de certains interdits traditionnels imposés aux femmes, tels que: la défense de casser et de manger l'œuf, de couper les arbres et de brûler, bref tous les actes ou comportements qui détruisent la vie.
"En faveur de la vie" Il ne s'agit pas de reproduire matériellement ces comportements aujourd'hui dépassés, mais d'en saisir le sens pour mieux définir la mission de la femme. Face aux situations de violence qui menacent l'humanité, toute femme doit se manifester réellement comme "espérance de vie". Cette tâche principalement féminine est aux antipodes de la violence. Je ne veux pas avoir la prétention d'affirmer que la violence serait essentiellement masculine et la non-violence essentiellement féminine. L'Angleterre a eu dans les années '80 un Premier ministre qu'on appelait La Dame de Fer et qui a été capable de déclarer la guerre à l'Argentine. Il y a quelque temps la presse kenyane a parlé d'un affrontement entre deux groupes d'éleveurs: les femmes étaient intervenues à la fin du combat mené par les hommes, pour achever une trentaine de blessés graves! Je préfère dire avec Jean-Marie Muller, auteur du volume Le principe de non-violence (Ed. DDB), que "probablement vaut-il mieux dire que la violence est essentiellement masculine et que la non-violence est essentiellement masculine et féminine". Dans la structure féminine il y a une prédisposition naturelle à refuser la violence et à préférer la non-violence. Bien que la femme soit le lieu où s'affrontent la vie et la mort, la non-violence est inscrite dans son être. Dans son essence, la femme est un "non-dit-à-la-violence", donc à la mort, en faveur de la vie. Conséquemment, tout acte de violence posé par une femme, la situe en contradiction avec son être.
"La grâce d'être femme" L'histoire fait parfois mémoire de femmes qui se sont mobilisées en faveur de la vie. Je voudrais rappeler ici Dona Béatrice Kimpa Vita. Son action, au début du XVIII siècle, répondait à un projet mettant en lumière la soif du peuple Kongo de retrouver la paix loin d'un contexte d'affrontement et de guerre civile. Promouvoir une spiritualité féminine qui puise sa force dans la féminité comprise comme source de la vie, peut être une chance pour notre société en mal de vie et de paix pour le troisième millénaire. Dans son livre La grâce d'être femme (Ed. St Paul) Georgette Blaquière affirme que la femme peut devenir une chance, une grâce, une espérance dans la mesure où elle est capable d'apporter à un monde plein de violence toutes ses richesses de mère, afin de l'accoucher dans ses valeurs de justice, de vérité, de paix et de fraternité. La femme porte aujourd'hui plus que jamais la mission d'aider l'humanité à sortir de sa violence pour construire l'humain. Gandhi disait: "Si l'avenir est dans la non-violence, cet avenir dépend des femmes". Les femmes peuvent apporter leur contribution à notre société malade de violence. Cela exige de nous une conscientisation de notre vécu et une capacité d'analyse critique des situations de violence. Souvent nos associations de femmes s'engagent dans des mouvements de revendication qui nous viennent d'autres continents, sans aucune analyse critique de nos véritables problèmes et priorités. Les Sœurs Dominicaines d'Afrique, réunies à Maputo au mois de juillet '99, ont d'ailleurs dénoncé que "les guerres et les conflits vécus aujourd'hui en Afrique sont dans beaucoup de cas, de pures manipulations de grandes puissances"! La femme doit être partenaire de combat avec l'homme pour un avenir de paix. Elle doit se libérer de l'isolement et de l'informel érotique ou de l'ombre du masculin, qui souvent la démobilisent. Une libération qui sera une vraie conquête car, - c'était aussi la conviction du Cardinal Malula - "ce n'est pas l'homme, dans son égoïsme jouisseur et dominateur, qui la libérera ou lui facilitera sa libération vraie". Elle a droit à une participation responsable dans la gestion d'un monde sans violence. Que dans les affaires concernant la paix (et les guerres), voire la gestion des sociétés tout court, les hommes n'aient plus voix exclusive! Voilà mon rêve pour le nouveau siècle qui nous attend. Sr. Pétronille Kayiba |