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Jeune, belle, mais fragile |
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Jeune, belle, mais fragile. C’est la définition de l’Église rwandaise donnée par une vidéocassette tournée à la veille de la visite du Pape à Kigali, en 1990. Le 20 janvier de cette année là communauté catholique commémore le premier centenaire de l’évangélisation. Une histoire généreuse de succès et de revers.
Après avoir fondé la mission de Katoke (Tanzanie), en 1896, Mgr Hirth, chargé du Vicariat apostolique du Nyanza, désirait ardemment entrer au Rwanda. Les contacts établis avec la cour royale, confirmèrent que la présence de missionnaires aurait été admise. Le 2 février 1900 Mgr Hirth, les Pères Brard et Barthélemy ainsi que le Frère Illrich, des Pères Blancs, se présentèrent à la cour de Yuhi Musinga. Ils étaient autorisés à s'installer à Save. C'était la première mission fondée au Rwanda. En 1906 les missions étaient déjà six. Les progrès de l'évangélisation furent lents et laborieux. En 1904 des jeunes chrétiens furent envoyés au séminaire qu'on venait de fonder au Tanganyika: deux d'entre eux, Balthazar Gafuku et Donat Reberaho, seront ordonnés prêtres en 1916. En 1909 arrivèrent les sœurs, les Missionnaires de Notre Dame d'Afrique. Les 12 premiers catéchistes furent des Baganda venus d'Ouganda. En 1925 ils seront remplacés par des catéchistes locaux. Les chrétiens étaient 28.000. En 1914 ouvrirent leurs portes le petit et le grand séminaire de Kabgayi. En 1919 Sr. Yohana, première religieuse rwandaise, fit sa profession dans la congrégation des Benebikira, fondée en 1913. Dans les années vingt le nouveau roi du Rwanda se montra plus favorable que son prédécesseur à l'Église catholique. Le nombre de ceux qui demandaient d'entrer au catéchuménat augmenta. Les missions furent divisées en petites communautés confiées à des laïcs, hommes et femmes, choisis par les gens: les Inama. Les chrétiens commençaient à se prendre en charge. En 1952 fut crée le vicariat de Nyundo et Louis Bigirumwami fut nommé évêque: le premier évêque rwandais qui, avec l'abbé A. Kagame, sera le pionnier de l'inculturation de l'Église au Rwanda. C'est surtout au cours des années '50 que se développèrent l'action catholique et les activités sociales dans les domaines de la santé, de l'éducation, et de l'agriculture.
Justice et réconciliation Le Rwanda compte 9 diocèses. Le clergé a été décimé pendant la guerre. 103 prêtres (les deux tiers tutsis, un tiers hutus), 65 religieuses et 47 frères ont été massacrés, ainsi que les évêques de Kigali, Byumba et Kabgayi. De l'évêque de Ruhengeri, Mgr Phocas Nikwigize, qui le 30 novembre 1996 essaya de rentrer dans son diocèse, on a perdu les traces. Les trente dernières années de la vie sociale et politique du pays ont été marquées par d'innombrables épisodes de violence, surtout de massacres de tutsis et de déplacements de millions d'individus, accompagnés par des massacres de hutus. Des conflits qui ont ouvert des plaies difficiles à cicatriser. Même la juste recherche des responsables des massacres risque d'être polluée par la haine et le désir de vengeance. Dans un contexte encore très marqué par la peur, le désespoir, le doute, la méfiance, l'œuvre de réconciliation s'annonce difficile et lente. L'abbé Modeste Mungwarareba, secrétaire de la Conférence épiscopale rwandaise (décédé en 1999), écrivait: "La réconciliation consiste à remettre debout les individus, à mettre ensemble les individus qu'on a remis debout, à mettre au travail les individus qu'on a mis ensemble".
Dans la cible L'Église catholique rwandaise est actuellement objet d'une campagne de diffamation orchestrée dans le but de la faire apparaître comme responsable des massacres. On veut faire retomber sur elle et sur les missionnaires l'œuvre de promotion des hutus (près de 85% de la population), qui aurait amené à l'effondrement de la monarchie tutsie au temps de l'indépendance, à leur exclusion du pouvoir et au génocide. La prédication de l'Église en faveur de la réconciliation est considérée donc comme une tentative de ne pas faire appliquer la justice. L'arrêt et le procès en cours de l'évêque de Gikongoro, Mgr Augustin Misago, semblent aussi rentrer dans ce dessein de faire de l'Église catholique le bouc émissaire de tous les maux. "Il peut se faire que quelqu'un se soit trompé, mais l'on ne peut accuser l'Église. C'est une vision qui ne tient pas compte de l'histoire de l'Église au Rwanda. Mais, malheureusement, cela trouve bon accueil dans les moyens d'information", a expliqué Mgr Alexis Habijambere, évêque de Nyundo. À l'issue de leur rencontre à Nairobi, le mois de novembre dernier, les 56 évêques catholiques de la Région des Grands Lacs - 41 du Congo Rdc, 7 burundais et 8 rwandais - se sont déclarés "solidaires" avec Mgr Misago et ont exprimé le souhait que "la justice soit rendue le plus tôt possible, en toute transparence et équité". Ae |