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L’Afrique actuelle est suspendue à mi-chemin entre l’espoir d’un paradis de paix et l’enfer et de son passé. Le continent aurait besoin surtout de dirigeants qui aiment leur peuple et de gens qui croient que la personne humaine est la richesse la plus importante.

 

Aujourd’hui, comme dans les années passées, l’Afrique se trouve à un carrefour. Mais, cette fois-ci, le carrefour est différent. Nous entrons dans un nouveau millénaire et pourtant  nous sommes bloqués par les mêmes problèmes et questions auxquels l’Afrique indépendante dut faire face dans les années ’50 et 60’. Des problèmes qui sont devenus plus compliqués et plus urgents.

En ce temps-là les superpuissances voyaient l’Afrique comme l’Eldorado capable de répondre à leurs nécessités industrielles et où diffuser leurs ferments idéologiques. Aujourd’hui notre continent est perçu comme un écho lointain, considéré comme une appendice sans valeur, comme si elle n’existait pas.

Avec des états affaiblis par la rapacité des leurs élites et avec un système social abîmé par d'interminables guerres fratricides, ethniques et nationales, le continent se fatigue à trouver l’énergie nécessaire à la récupération de sa vision primitive de liberté et de développement. Entre temps, le reste du monde industrialisé - Europe et Amérique surtout – osent dire qu'après de si nombreuses années passées à donner, et à donner à l’Afrique, ils souffrent maintenant de la fatigue du donateur.

 

Contradictions

L’Afrique cherche son sens à tâtons. Pas mal d’étudiants croient que nos problèmes surgissent des trois grandes contradictions génératrices des crises, l’esclavage, le colonialisme et le leadership.

La majorité des professeurs affirme quant à elle que l’esclavage, l'exploitation et l'oppression nous aient laissé des cicatrices que le temps n’a pas encore guéries, la cause de l'échec en Afrique est plus profonde encore. Au temps de la colonisation, nous ne disposions pas des ressources naturelles et humaines que nous avons maintenant. La majorité des pays africains, du Nigeria au Ghana, à l’Ouganda, à la Zambie, doivent admettre que ces derniers 40 ans ont mis à leur disposition des ressources suffisantes pour changer complètement la vie de leurs populations. Une grande partie de l’Asie fut colonisée avant ou en même temps que les nations africaines. Des pays comme le Nigeria sont partis bien plus favorisés que ceux qui ont émergé en tant que Tigres asiatiques. Ces pays ont non seulement dépassé l’Afrique, malgré leur récente tempête financière, mais ils sont considérés comme des pays industrialisés.

Nous devons donc chercher bien profondément la cause de notre échec collectif.

Aujourd’hui, beaucoup d’Africains attribuent la faillite du continent à l'absence de leadership créatif, patriotique, désintéressé et qui craigne Dieu. Le cri de bataille de Nkwame Nkrumah "Cherchez d’abord le royaume politique" fut le mot d’ordre qui devait assurer l’indépendance de l’Afrique. Hélas!, le combat pour la liberté, illustré par l'héroïsme de mouvements tels que les Mau-Mau du Kenya, le FNL en Algérie, la ZANU au Zimbabwe et l’ANC en Afrique du Sud, n’a pu instaurer le royaume politique entrevu.

Il s'agit plutôt d'un purgatoire politique, incapable d’assurer les biens et les services dont la société a besoin. L’Afrique actuelle se trouve plutôt suspendue à mi-chemin entre l’espoir d’un paradis de stabilité et sécurité, et l’enfer de son passé pestilentiel. Il faut dire que, après l’indépendance, l’Afrique a eu son lot d’hommes et de femmes charismatiques, qui ont inspiré leurs peuples. Des gens comme Azikiwe, Kenyatta, Lumumba, Mobutu, Senghor, Kérékou, Banda, Nkrumah, furent capables, d’une manière ou d’une autre, d’échauffer les cœurs de leurs peuples. Quarante ans plus tard, les Africains réfusent ces temps "glorieux", car leurs libérateurs d'alors sont devenus leurs nouveaux colonisateurs. Vraiment, il nous faut attribuer notre échec au terrible et pauvre leadership qui nous a menés.

 

Manque d’autorité

De quels dirigeants l’Afrique a-t-elle besoin à l'entrée du nouveau millénaire? Puisque nos dirigeants nous ont déçus, l’idée d’une deuxième libération de l’Afrique devient le nouveau mot d’ordre à travers le continent. Nous voulons être libérés de nous nouveaux oppresseurs. Les mauvais chefs passés (et présents) sont le résultat évident d’un aussi mauvais électorat. Trop longtemps nous avons été les partisans incurablement serviles et dociles de chefs tyrans et trop enclins à nous prosterner à leurs pieds, comme des suppliants implorant grâce. Bien sûr, nous avons prié pour avoir des chefs meilleurs, capables de nous gouverner, mais nous avons mis l’accent sur le leadership politique, en excluant toute autre forme de leadership. Le leadership ne se réduit pas à occuper une chaise. Beaucoup de nos dirigeants ont cru que là se trouvait leur rôle. Nos chefs sont ‘au pouvoir’, mais sans l’autorité qui vient du fait d’avoir été choisis par le peuple. La plupart d’entre eux sont arrivés par la force des armes; ou, élus, ils ont gardé

le pouvoir par l’intimidation, le chantage et même le meurtre. En tant que peuple nous devons devenir plus exigeants, plus convaincus et fixer le comportement que nous attendons de nos leaders. Nous devons chercher des leaders en dehors comme au-dedans de la sphère politique. Les institutions de la société civile ne font pas défaut: syndicats, associations professionnelles et églises, ont aussi des dirigeants capables d’engager le cœur et le tête des gens. C’est là que nous pourrions chercher nos futurs responsables.

 

Ressources humaines

Nous avons aussi besoin d’une éducation des masses. Illettrés, nos gens resteront de l’argile malléable dans les mains de politiciens véreux, qui continueront à manipuler les sentiments ethniques et religieux dans leur soif de pouvoir. L’Afrique doit repenser le concept des ressources. Nous avons cherché d’une façon obsessive les ressources du sous-sol, persuadés que seuls le pétrole ou les minerais précieux seraient la panacée de tous nos maux. "Ressources insuffisantes" tel fut le cri du perroquet sur les lèvres de nos dirigeants pour justifier leurs pauvres performances. Ce type de ressources, loin d’être une bénédiction, est devenu une vraie malédiction pour beaucoup d'entre nous. Il suffit de penser au nombre de guerres menées dans notre continent pour l’acquisition de ces ressources! Si de fait elles sont importantes, nos leaders du passé ont manqué de voir que les êtres humains et leurs talents sont les vraies ressources du continent. Les canaliser vers un meilleur emploi est beaucoup plus important que tous les puits de pétrole, les diamants et les mines d’or du continent. La personne humaine est la richesse la plus importante de nos pays, la vraie richesse, que nous pouvons offrir au monde au début d’un siècle nouveau.

Matthew Hassan Kukah,

séc. Conf. Épiscopale Nigériane

Les gens, d’abord