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Une foule énorme a assisté aux funérailles de Nyerere le 19 octobre '99. La Messe a été célébrée dans la cathédrale S. Joseph de Dar es Salaam par le cardinal P. Pengo, entouré de 14 évêques et de 50 prêtres. Alors que les grands médias ont souligné les charismes politiques de l'ancien président tanzanien, j'aimerais rappeler l'impact discret mais profond qu'avait en lui la foi chrétienne. "Il avait été attiré, ainsi que Nkrumah (Ghana), Kaunda (Zambie) et Luthuli (Afrique du Sud), par l’exemple de Gandhi. Dans sa stratégie non-violente, la résistance passive au colonialisme, ils voyaient la voie la meilleure pour l’Afrique de devenir indépendante.

Ils étaient des chrétiens et leur éducation chrétienne était une bonne préparation à la réception des idéaux de Gandhi" (Ali A. Mazrui et M. Tidy, Nationalism and New States in Africa).

Nyerere avait compris qu’une guerre contre le pouvoir colonial aurait été désastreuse pour le pays. Au TANU, le parti dont il fut nommé président en 1954, il proposa une stratégie d’agitation pacifique. “Cela ne signifie pas que notre pays soit lâche”, expliqua-t-il à l’adresse de certains qui auraient préféré le conflit direct. C'était du réalisme. La guerre à laquelle il croyait c'était contre la pauvreté et le tribalisme. “Je sais qu’il y a des gens qui pensent que nous plaisantons quand ils nous entendent employer le mot guerre. Je veux leur dire que nous ne plaisantons pas”.

Sa passion pour la liberté il la manifestera d'ailleurs en accueillant les mouvements de libération de nombreux pays (Afrique du sud, Angola, Guinée Bissau, Mozambique, Namibie, Zimbabwe) et en envoyant l’armée tanzanienne mettre un terme à la dictature sanglante d’Amin Dada en 1979.

 

Le "maître"

Un parti interethnique dans un pays sans inégalités: Binadamu wote ni sawa na Africa ni moja, tous les êtres humains sont égaux et l’Afrique est une, c'était l'idéal que l’école devait enseigner aux nouvelles générations. Une école pour tous, préférable à celle destinée à la formation d’une élite. Une société qui se prend en charge et qui n’attend pas l’aide du gouvernement pour construire ses routes, ses écoles, creuser ses puits ou bâtir de petits barrages dans les zones rurales. Pour faire entrer les gens dans le projet de villagisation, on obligea des millions de familles à abandonner leurs terres: “Vivre dans les villages c’est un ordre” dit Nyerere. À la fin des années '70 les villages ujamaa étaient 7.373, avec 13 millions et demi d’habitants. Le programme ne manquera pas de montrer ses côtés faibles. Entravé par de persistantes sécheresses et une bureaucratie inefficace, le pays ne verra jamais concrétisé le rêve de l’autosuffisance. En homme honnête, Nyerere regrettera la “force” employée pour contraindre les paysans à s’installer au bord des routes. L’imposition d’une seule langue a contribué sans doute à la construction d’un pays uni: mais les problèmes de la pauvreté sont toujours là.

 

Contrairement à ce qu'ont fait d'autres leaders, Nyerere a refusé la sacralisation de l’autorité.

Il décourageait même les plus petites formes d’adulation, son nom sur les routes ou la distribution de son portrait aux fans. Sa femme était Madame Nyerere tout court et non pas la First Lady.

Il préférait rester le mwalimu, le pédagogue traditionnel, capable de transmettre aux gens des messages compréhensibles. Maître diplômé à l’université Makerere de Kampala et à celle d’Edinburgh (Écosse), il laisse 5 volumes de réflexions, messages, discours: ce sont ses leçons destinées à la formation des ses concitoyens. Plusieurs fois il dit non à la proposition de devenir président à vie. “Tu es fou” lui dit sa vieille maman à l’annonce, en 1985, qu’il n'aurait pas brigué un nouveau mandat présidentiel. Il était sage.

Yawo N. Durell

Le sage Nyerere Julius Kambarage