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Il était une fois au cœur de l’Afrique un Roi des plus puissants. Tout lui était permis: la vie et la mort de ses sujets, ainsi que leur relèvement et leur abaissement.

A cause de sa fortune aux origines mystérieuses, une aura l’entourait de façon qu’il pouvait tout. Une sorte de dieu vivant qu’on devait adorer, louer par les chants et les danses.

Il se permettait tout: Jésus-Christ était son “cousin”, son “cher petit frère”! Autant dire rien à ses yeux, et mille autres divinités ésotériques des croyances africaines et de la magie étrangère étaient sans ménagement soumises à son service, à sa gloire. Le pacte signé de sang lui offrait quarante années de bonheur à savoir femmes, argent et pouvoir absolu, càd la trilogie totalitaire. Cette gloire, comme le soleil de Josué, s’était fixée au-dessus de sa tête et fut visible pour tous les peuples de toutes les nations sur terre. Il avait, comme tous les rois, une Cour "céleste"

et tous se bousculaient pour y entrer: vivre près du "Soleil" vous imprègne l’âme tandis que le regard intérieur devient aveugle, comme celui de Lucifer troublé par la Lumière…

 

Macarios

Un des grands caciques du royaume, un homme pétri de chair et de sang comme tous les hommes mais absolument conscient de sa petitesse et de ses limites, chrétien catholique de surcroît, allant à contre-courant des autres, sortant du milieu de ces gens-là, développait en son cœur la crainte de l’Eternel. Et quel que pût être son péché, jamais il ne dormait sans le confesser à son Seigneur et dès la première occasion, il allait s’humilier au pied d’un prêtre pour recevoir du serviteur le Pardon du Maître et l’énergie spirituelle et morale et psychique pour continuer à garder les yeux ouverts et l’âme brûlante du désir de plaire à Dieu en pensée, en paroles et par l’action. Efficace et travailleur, sa cote augmentait chaque jour et de grands espoirs étaient misés sur lui comme sur un dauphin probable.

Ainsi malgré sa position de privilégié, Macarios – “l’homme heureux” - gardait la tête froide et ne se laissait pas démonter par le faste de la Cour et la fringale des honneurs et des biens qui poussaient les courtisans au clientélisme et, toute honte bue et la conscience assourdie et épaissie, aux crimes divers dont le plus infâme de tous était la flatterie, laquelle était à longueur d’heures de la journée et de la nuit adressée au Chef comme des volutes d’encens.

Non. L’odeur capiteuse de l’encens ne lui montait pas à la tête.

Macarios n’avait même pas de Villa à soi. Il était pour longtemps locataire et n’acquérrait de maison qu’après de longues et pénibles économies pour rembourser un prêt bancaire ad hoc, tandis que ceux qui gouvernaient avec lui et bourdonnaient comme des abeilles, avaient déjà à leur actif cinq, huit, dix villas disséminées comme des trophées des parvenus pilleurs, sur les hauteurs et dans les vallées de la capitale, au bord du Fleuve Majesté.

Ils disaient “emprunter” aux caisses de l’Etat et se juraient devant leur conscience séduite et aveugle de rembourser “plus tard”. Avec un aplomb à vous glacer le sang et à faire couper la tête de Jean-Baptiste.

 

Le wenge

Macarios n’avait que son épouse chérie et tendrement aimée – et qui n’était même pas de sa province d’origine. Mais comme ils s’aimaient! Et moins elle apparaissait à la Cour royale, mieux cela valait, car lui se devait de la protéger des regards violeurs et des morsures venimeuses des prédateurs des foyers d’autrui, distraction favorite du Chef et de ses courtisans. Et leurs enfants les adoraient. Oh! Attention, Macarios, comme tous les jeunes, connaissait l’ardeur tyrannique de la chair constamment flagellée par l’alcool des cocktails et les mondaines soirées des parvenus et l’abondante table du Chef secrètement sertie de mets “divinement” aphrodisiaques. Parmi cette faune, des ogresses sans foi ni loi, chasseuses des devises, des carats, des voyages en Afrique du Sud et en Europe et des villas et des 4 X 4 de luxe.

Ainsi exposé à tous les dangers politiques et moraux, Macarios – comme le wenge tropical (= arbre à bois noir), imposait sa présence dérangeante et accusatrice au cœur de la jungle royale. Pas de 2è bureau, pas de deuxième voiture pour madame ni d’une troisième (le 4 X 4 métallisé) pour les enfants, pour les besoins de l’école et des pique-niques.

Cette nudité choquait autour de lui et personne ne voulait croire à tant de naïveté innocente, folle, “hypocrite quelque part” murmurait-on derrière son dos.

 

En vain!

Des dettes, des crédits ou des hypothèques dans le banques? Macarios n’en avait point.

Par principe! Toute dette tient prisonnier et tout crédit fait des menteurs. Sobre et mesuré, il estimait que c’est le cœur qui donne à l’homme sa valeur réelle, sa vraie identité, et non pas la fortune. Et puis un jour, par l’un de ces caprices de l’Histoire, la Haute Société subit un revers qu’elle n’avait pas prévu, encore moins préparé: elle se dispersa aux quatre vents des cinq continents, remplacée par d'autres loups. Macarios, homme constant et méthodique, poursuivit de son pas menu le chemin de vie qu’il avait découvert: les “8 Béatitudes” dont il avait fait pour lui-même, son épouse Ange et leurs enfants des amies inséparables.

Et donc Macarios n’a ni fui ni s’est caché des sombres et voraces sauterelles qui se sont abattues sur le pays. Il n’a pas non plus fait partir son Ange. Il ne se reproche rien, pourquoi devrait-il donc fuir ? Il n’a rien qu’on puisse lui arracher: ni comptes fournis ni villas ni concession ni société commerciale. Rien que sa vie, sa petite fortune, sa famille et sa foi lumineuse.

On a tout fait pour lui chercher – en vain! – la petite bête des compromissions avec l'ancien régime. Monsieur est trop propre pour traîner des puces dans ses cheveux ou dans ses vêtements. Il a vu la mort de très près, de ses yeux, risquant de perdre sa vie et celle de son épouse. Ses mains sont sans souillure, que pourraient donc lui faire les affamés et les assoiffés du pouvoir et d’argent ? Il n’a rien à leur donner – ni à solliciter.

Il vit là, au milieu de nous, observant et notant que tout est vraiment vanité. Sauf l’Amour que Dieu nous porte et la réponse d’amour que nous devons lui donner. Macarios est un témoin caché.

Un vrai grand, de la race de ces hommes auxquels il était donné de sauver Israël ” (1 Mac.5,62).

L’homme heureux