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Les Pygmées de Monasao, en République Centrafricaine.

 

Enfants de Sao

La région de Monasao se trouve dans l'extrême sud-ouest de la Rép. Centrafricaine, à l'intersection Congo-Cameroun-Centrafrique. C'est la zone forestière du pays, dans la région administrative de la Sangha-Mbaéré entre les 311 et 49 parallèles nord. Cette région se situe à la limite nord de la grande foret équatoriale à environ 350 kilomètres de l'équateur.

C'est avec l'arrivée de l'Abbé René Ripoche, un Fidei Donum, au début de l'année 1975 que l'histoire de Monasao a commencé. Ce village - le nom signifie Enfant de Sao (Sao est un petit cours d'eau qui traverse la région), avait alors 150 Pygmées. Aujourd'hui, il s'étend sur cinq kilomètres et compte environ 1800 habitants.

 

Mode de vie

Les Pygmées ba Benzélé sont des chasseurs-cueilleurs, très mobiles, liés naturellement à leur milieu de vie: la forêt. Elle est leur mère nourricière. Ils y trouvent tout ce dont ils ont besoin pour vivre.  Enfin, presque tout. En effet, ils sont nombreux à Monasao ceux qui ont une activité agricole et possèdent des plantations. Les Pygmées privilégient naturellement les relations avec d'autres groupes des Pygmées, surtout pour arranger des mariages. Ils entretiennent cependant

des relations depuis toujours avec leurs voisins les "Grands Noirs". Avec ceux-ci ils pratiquent des échanges, du troc: viande ou légumes contre sel, fer ou un peu de nourriture. La valeur marchande du monde extérieur n'entre pas en ligne de compte, seule la rareté des biens nécessaires à la survie détermine la "valeur réelle" des objets du troc. Les Pygmées se sentent traités par les Grands Noirs avec condescendance, pour ne pas dire avec mépris.

Les Grands Noirs tendent à faire travailler les Pygmées à leur service. Ils cherchent aussi à les sédentariser et à leur imposer des corvées comme s'ils étalent leur propriété. Les Pygmées devront fournir gibiers, viande etc. Par contre, le Grand Noir leur donnera de l'alcool de mauvaise qualité, du chanvre, des objets, le plus souvent usés. Le Grand Noir se considère supérieur et maître des Pygmées. Il est inconcevable qu'une villageoise noire se marie à un pygmée.

Par contre, le "confort" d'un villageois peut parfois séduire une Pygmée et l'amener à l'épouser. Malgré ces interdépendances, il faut dire que les Pygmées récupèrent leur liberté dès qu'ils pénètrent dans la forêt. Dans l'intimité de celle-ci, ils retrouvent leur aîné.

 

Citoyens à part entière

Bien que marginalisés, les Pygmées sont partie intégrante de la République Centrafricaine.

Les Pygmées ont été déclarés "citoyens Centrafricains" par le président Kilingba.

L'épithète recouvre souvent une connotation fortement péjorative. Les Grands Noirs les appellent ainsi pour se moquer d'eux, même si cela fait la fierté de certains Pygmées.

Et puis l'État ne fait pratiquement rien pour eux. Il les abandonne aux mains des ONG's et de l'Église. On souligne davantage leurs devoirs plutôt que leurs droits. On les utilise beaucoup pour la destruction de leur milieu naturel, la forêt, par les sociétés d'exploitation forestière et les sociétés de safaris pour leur qualité de pisteurs et leur connaissance d'un milieu difficile d'accès. lis sont exploités par les agences touristiques. Ce qui fait dire à Pombwa, le Pygmée catéchiste du village: "On vient voir les Pygmées comme les éléphants et les papillons".

 

Quelques initiatives

L'accompagnement des Pygmées dans leur intégration à la société nationale, où ils pourront à la fois être reconnus et respectés, est une des priorités du diocèse de Berberati.

L'évangélisation n'a d'autre but que celui de faire découvrir aux Pygmées la source fondamentale de leur dignité et de favoriser une intégration positive entre eux et les Grands Noirs.  L'alphabétisation; l'introduction d'activités nouvelles comme la forge, la boulangerie, la couture; l'agriculture assurant l'autonomie vis-à-vis des ressources naturelles toujours plus difficiles

à repérer; la recherche et l'élaboration communautaire de normes pour une vie sociale plus large; la maîtrise de l'argent grâce au calcul, etc. Tout un programme qui a l'ambition d'aider les "seigneurs de la forêt" à entrer dans le troisième millénaire où l'égalité des droits et des chances sera la même pour tous.

Serge-Hubert Bangui Mukelembembe

Abbé de Berberati (RCA)

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