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L’Église congolaise et les espoirs, les problèmes et les réponses au début du troisième millénaire. Interview au Cardinal de Kinshasa, S. Em. Frédéric Etsou.

 

À l'aube du troisième millénaire, quels sont les plus grands défis de l'Église congolaise?

Je crois qu'en tout premier lieu il y a celui de l'évangélisation en profondeur.

Nous devons nous armer contre la quête du "merveilleux" qui fascine bien des chrétiens congolais, souvent sous l'impression que leur religion ne résout pas leurs problèmes.

Un autre défi c'est l'auto-promotion: l'homme doit subvenir à ses besoins élémentaires. Cela aussi au niveau de la communauté chrétienne. Nous devons développer la conscience de la prise en charge de l'Église par elle-même, c'est-à-dire par ses propres fidèles.

 

À propos de quête du merveilleux: qu'est-ce que vous pensez de la floraison de sectes?

Elles remettent en question certaines données fondamentales et pratiques de l'Église catholique: notamment sa doctrine et ses traditions. Parmi les sacrements, la contestation vise principalement le baptême, la pénitence et le mariage. Il y a aussi la négation du culte et de la prière d'intercession des saints, du chapelet, des images dans les églises, etc... Leur interprétation de la Bible, souvent tronquée et littéraliste, rend perplexes les chrétiens.

 

Quelles réponses donner à ce problème?

On doit favoriser des cours d'initiation à la lecture et l'étude de la Bible et organiser des campagnes d'évangélisation sur des thèmes adéquats, bien adaptés et actuels. Il faut aussi créer des groupes où les chrétiens puissent approfondir certaines réalités de la vie à la lumière de la foi. Et tout cela, sans oublier que la meilleure réponse aux objections vient de la conduite exemplaire de chaque chrétien.

 

Dans vos interventions vous revenez souvent sur la famille…

Oui, il y a là des priorités qu'on ne peut pas ignorer. Par exemple: la malnutrition,

avec les maladies qui en découlent; le poids que constitue l'éducation des enfants

pour les familles qui n'ont pas de ressources; l'impossibilité d'établir une prévision budgétaire: on vit au jour le jour, dans l'incertitude du lendemain.

 

Quelle est la position de l'Église face à la situation actuelle en RDC et notamment face à la guerre?

L'Église du Congo réprouve et condamne la guerre sous toutes ses formes, les massacres et toutes les conséquences de la guerre. L'Église a haussé le ton, mais sa voix n'a pas toujours été entendue. Car la guerre a continué ses ravages. L'assistance assurée aux déplacés et aux réfugiés par les Églises locales et la Caritas Nationale a été remarquable. L'accord du cessez-le-feu intervenu à Lusaka a allumé l'espoir de tout le monde.

Mais il y a le résultat final qui est attendu: la fin de la guerre, le rétablissement de la paix.

Il faut que le rythme de la vie reprenne ses droits.

Que la vie reprenne ses droits