"De voix surgirent"


La plupart de grands auteurs de la génération des indépendances (surtout ceux de la Négritude) avaient été christianisés. Mais nombreux d'entre eux firent ensuite d'autres choix, allant du marxisme à la redécouverte du patrimoine religieux traditionnel et de la valeur des mœurs et des croyances ancestrales.
Des voix surgirent pour proclamer que Marx, Mao ou Lénin étaient les vrais interprètes du message chrétien, de la révolution annoncée par l'homme de Galilée, ou pour le refuser en bloc. Influencés par des modèles occidentaux, certains auteurs ont écrit des œuvres anticléricales, donnant du christianisme et de l'évangile une image partiale ou caricaturale. Cela fut le cas, par exemple, du poète noir-américain Langston Hughes:
"Je sais bien maintenant
Que Jésus-Christ ne saurait mourir
Pour moi.
Je sais que seules mes mains
Mes mains noires comme le limon
Peuvent affranchir l'humanité noire."

D'autres voix racontaient "Le malaise" (titre d'une œuvre de Chinua Achebe) ressenti par ceux qui se refusaient au compromis entre héritage africain et messages venus de l'extérieur. C'est le gêne qu'éprouve Obi Okonkwo, étudiant qui, à son retour d'Europe, est invité à manger la kola sur laquelle le plus vieux de la famille a fait la prière: "Bénis cette noix de kola, afin qu'elle serve au bien de nous tous, au nom de Jesu Kristi".
D'autres encore ont souligné le paradoxe entre le salut annoncé par l'évangile et l'exploitation du continent et ont reproché aux messagers de l'évangile la collusion avec le colonialisme.
Nous le retrouvons, par exemple, dans la
Prière de paix de Léopold Senghor:
"Seigneur Dieu, pardonne
à l'Europe Blanche!
Et il est vrai, Seigneur,
que pendant quatre siècles de lumières,
elle a  jeté la bave et les abois
de ses molosses sur mes terres
et les chrétiens, abjurant ta lumière
et la mansuétude de Ton cœur…
Car il faut bien que tu pardonnes
à ceux qui ont donné la chasse
à mes enfants comme
à des éléphants sauvages…
Bénis ce peuple qui m'a apporté
Ta Bonne Nouvelle, Seigneur,
et ouvert mes paupières lourdes
à la lumière de la foi…"

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Afriquespoir n° 11

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