L'enfant de la photo, nous l'avons appelée Josette. Elle fuyait avec sa mère pour échapper à la guerre au Congo Brazzaville. D'un coup, la mère a été touchée par une balle de mitraille et l'enfant s'est trouvée devant le cadavre. Combien de temps est-elle restée devant le corps de sa mère morte? Les soldats passaient à côté d'elle sans pourtant la voir. Pensaient-ils, peut-être: il y en a beaucoup comme elle… S'arrêter? Pourquoi? C'est dangereux…
Tout à coup, un soldat, voyant quelque chose bouger, se prépare à tirer. C'est alors qu'il aperçoit l'enfant. Saisi d'un sentiment de compassion, il la prend et la place dans le camion. Une fois arrivé en ville, il l'accompagne dans un endroit où il y a des déplacés, assistés par des religieuses. Le militaire descend du camion et met l'enfant à côté d'une religieuse: "Prends, c'est pour toi! Je l'ai trouvé sur sa mère morte". Et il s'en va, pour toujours.

"Non-accompagné"

Le soir, la sœur est rentrée chez elle avec l'enfant, sale, affamée, malade, les habits décolorés… Toutes les sœurs l'ont entourée. Josette a ouvert les yeux et leur a souri. Nous l'avons lavée, soigné ses blessures, couper ses cheveux. Elle s'est endormie tranquille. Une vie nouvelle a commencé pour elle.
Le drame de la guerre est loin, nous voulons qu'elle l'oublie, toutes nous l'aimons beaucoup. Elle a environ quatre ans. Mais elle ne parle pas. Nous pensons que les traumatismes l'ont rendue muette. Nous l'avons appelée Josette. Un jour elle a eu une crise d'épilepsie. Panique dans la communauté, car nous aimons beaucoup Josette. La famille la cherchera, nous sommes sûres. Les "enfants non accompagnés" en général retrouvent leurs familles.
Josette a pris du poids, elle commence à parler, joue et sourit merveilleusement. Un jour une dame est venue à la mission et a demandé à Josette: "Où est ta maman?" Josette a répondu: "Poum! poum! poum!". Le subconscient de l'enfant a tout enregistré.
On sait que c'est au cours des premières années que se forme le caractère de l'enfant, pour toujours. Dès la conception jusqu'à cinq ans c'est une période fondamentale pour l'enfant. Ce qu'il vit en bien et en mal, l'enfant le portera pour toujours, jusqu'à la fin de sa vie.
Petit à petit, Josette s'ouvre à la vie, heureuse. Nous sommes à la recherche de nouvelles sur sa famille et nous demandons au Seigneur de la trouver. Un enfant sans racines c'est comme une fleur coupée.
La guerre est le pire malheur qui peut arriver à un pays. Avec la guerre la vie se paralyse. Les projets tombent. Les gens meurent. Le sale commerce des armes progresse. Des soi-disant leaders tiennent les fils, aidés toujours par des grandes puissances qui y font leurs affaires.

"Les plus exposés"

Quand il y a une guerre, on doit toujours se poser la question: "Qui profite de cette guerre?" La guerre n'est pas un hasard, c'est un phénomène prémédité, phénomène spirituel, combat entre le pouvoir des ténèbres et de la lumière. Dans tous les conflits, les plus exposés sont les enfants. Par définition, l'enfant est faible, sa force est dans sa famille, en tous ceux qui l'accompagnent dans la tâche toujours difficile de grandir. De nos jours il y a une nouvelle génération: les enfants de la guerre, à savoir, "l'enfant non accompagné", selon la délicate définition de la Croix Rouge. Ce sont les enfants rescapés des bombardements, quand pris par la panique et la terreur, les gens fuient sans savoir où.

Et puis, il y a les enfants soldats, achetés, drogués, avec une arme et la possibilité de voler et de piller. Cela aussi laisse des traces indélébiles dans l'âme d'un enfant. Quand je parle d'enfant, je parle d'enfant de 9 ans, 10 ans, 13 ans… L'enfant c'est le futur d'une nation. Si on maltraite un enfant, on maltraite l'avenir d'une nation. Il y a aussi des petites filles soldats, armes à la main; en général, cependant, elles servent pour préparer la nourriture des leurs compagnons pendant la journée et de concubines des uns et des autres pendant la nuit. Des candidates au sida. Quelle horreur, la guerre!

Ana P. Cossio, M. N.