Interview avec Maria Alice Mabota, avocat, fondatrice et présidente de l'Association mozambicaine des droits humains".

Parmi les images des inondations qui ont ravagé le Mozambique une, en particulier, a suscité chez beaucoup de téléspectateurs étonnement et tendresse: celle de Sophie Pedro qui, accrochée à un arbre, a mis au monde une enfant, Rositha, au milieu des eaux tourbillonnantes.
Une catastrophe sans précédents, qui nous offre l'opportunité de parler de la femme mozambicaine et de sa condition.
Au Mozambique les femmes sont plus nombreuses que les hommes. Les filles surmontent mieux que les garçons les maladies infantiles; les femmes sont plus attachées à la terre et moins attirées par le mirage de l'émigration, et puis des décennies de guerres ont tué un nombre imprécis, mais considérable, d'hommes.
À la supériorité numérique cependant ne correspond aucune position favorable de la femme par rapport à l'homme. L'analphabétisme, la tradition, l'ordre social, tout contribue à assujettir la femme au pouvoir de décision de l'homme.

Quel est-il, à vos yeux, le premier problème de la femme mozambicaine?

Le problème le plus grand qu'une femme doit affronter est celui de nourrir et éduquer ses enfants. Pour la procréation l'homme est toujours présent. Mais quand il s'agit de nourrir les enfants et pourvoir à leur éducation, beaucoup d'hommes sont absents et introuvables. 30% de l'assistance juridique offerte par l'Association mozambicaine des droits de l'homme concerne les cas de demande de nourriture pour des hommes qui ont abandonné femme et enfants. Le poids de la subsistance et de l'éducation des enfants pèse sur la mère. C'est elle qui doit travailler et se débrouiller pour procurer le nécessaire.

Et à propos de l'éducation?

Dans ce domaine aussi la femme est désavantagée. La mentalité mozambicaine accorde le privilège de l'étude à l'enfant mâle. On ne voit pas la nécessité, pour la femme, qu'elle fréquente l'école. Or l'analphabétisme ne favorise pas le développement; à la femme sont niées beaucoup d'opportunités. En 1995 on calculait que seulement 23% des femmes mozambicaines avaient reçu une certaine formation scolaire, tandis que pour les hommes le pourcentage montait à 58%. Mais même si la femme arrive à fréquenter l'école et à obtenir un diplôme d'études supérieures ou même universitaire, la difficulté ne disparaît pas.

Est-ce qu'il y a de la discrimination aussi dans ce qui concerne le travail?

La femme qui travaille est souvent en grave conflit avec l'homme,  parce qu'il n'accepte pas une femme qui a étudié et a acquis des avantages économiques. Même au sein de la famille la femme est souvent maltraitée et exploitée. La violence domestique contre la femme est un problème qui afflige aujourd'hui la société mozambicaine.
C'est la femme qui travaille la terre et nourrit la famille. Mais la terre ne lui appartient pas. À la mort du mari, la femme perd tout ce qu'elle a construit avec lui et pour ses enfants. C'est une réalité injuste. Une nouvelle loi sur la terre et les initiatives de la "Commission pour la terre", une organisation mise au point par une sœur combonienne, promettent des changements. Mais il n'est pas aisé de modifier certaines coutumes.

Lors des dernières élections, le parti au pouvoir a encouragé la participation des femmes?

Oui, il y a trois ministres dans le gouvernement. Le ministère important des finances est confié à une femme. Le Frelimo a imposé par loi, même si pas écrite, que les femmes aient une représentativité significative au parlement et dans les organes des partis. Dans les listes du Frelimo des dernières élections 43% des candidats étaient des femmes. Pas tout le monde voit d'un bon œil une telle loi. La représentativité au parlement et dans la vie publique on l'acquiert par des mérites personnels, et pas par une loi, disent les critiques du système. Certains critiquent les femmes qui sont dans le gouvernement: elles n'ont pas de voix, ne parlent pas, laissent leurs collègues hommes prendre l'initiative. Il y a encore du chemin à faire!