Briser le silence

Dans l'esprit du Jubilé, des missionnaires de différents pays ont lancé d'abord en Europe et puis dans d'autres pays une campagne avec le mot d'ordre: Paix pour l'Afrique. Son but: promouvoir la paix et la réconciliation en Afrique, surtout en RDC, Éthiopie, Érythrée, Soudan et Ouganda. Des conflits moins répercutés par les grands médias mais qui se poursuivent dans le plus complet mépris des populations intéressées.
Érythrée et Éthiopie ont mis sur pied une dispute qui a fait au moins 70.000 morts.
Malgré les huit millions de leurs concitoyens affamés, ces deux pays ont dépensé pendant deux ans un million de dollars par jour rien que pour s'entretuer.
Au Soudan, indépendant depuis 45 ans, 35 ans de conflits ont dominé la vie des gens: deux millions de morts, 5 millions de déplacés ou réfugiés, victimes de la famine, de l'intolérance religieuse, de la discrimination raciale, des disputes pour les ressources naturelles et du manque de démocratie.
Dans le nord de l'Ouganda l'Armée de la Résistance du Seigneur a fait des milliers de morts et des milliers d'individus kidnappés et disparus. On ne peut plus accepter la loi du silence imposée par ceux qui tirent les ficelles, défenseurs du principe qu'il n'y a que la force pour se faire respecter. "Nous prions tous les jours pour la paix - ont déclaré des Soudanais interviewés par la presse - mais on dirait que nous sommes maudits. La seule chose que nos chefs savent faire c'est la guerre". 
La guerre manifeste toujours plus sa vraie nature: un enjeu  pour le contrôle de ressources, où brillent les plus malins et le moins scrupuleux.
La période 2001-2010 a été proclamée par les Nations Unies "Décennie internationale de promotion d'une culture de la non-violence et de la paix au profit des enfants du monde".  L'Unesco a annoncé pour la décennie 2000-2010 un programme de "Culture de la paix et de la non-violence".

Peut-on dès lors espérer le début d'une prise de conscience que les inévitables conflits ne peuvent plus être arbitrés ni résolus par les lois de la guerre? Que les seigneurs de la guerre ne peuvent pas avoir le dernier mot? Le temps n'est-il pas venu de répondre à cette aspiration enfouie au cœur de tant et de tant d'hommes, de femmes et d'enfants, qui ne comprennent pas le pourquoi de la violence qu'ils subissent, et qui n'en peuvent plus d'attendre une ère de paix? On vient de décerner le Prix Right Livelihood au Centre Kamenge (Burundi). Appelé aussi "Prix Nobel alternatif",
il est attribué chaque année à des personnes ou organismes qui parviennent à fournir "des réponses pratiques exemplaires à des problèmes cruciaux" du monde d'aujourd'hui. Les 15.000 jeunes qui s'y retrouvent pour leurs activités sociales, ont récemment envoyé un message aux tenants des forces politiques, économiques, militaires et aux différents éléments de l'opposition: "Nous voulons la paix. Vous ne pouvez pas garder un pays en otage à cause de vos intérêts. Nous pensons que le temps des discours c'est allongé vraiment trop et que c'est maintenant le temps d'agir. La paix n'est pas le résultat d'un ensemble d'intérêts personnels, familiaux, d'un groupe ou d'un autre. La paix est une conquête pour tous, pour tous les gens du Burundi, et il n'existe pas au monde des gens plus désireux de ce bien que ceux qui ont vécu pendant des années dans la guerre, la souffrance, dans le désespoir, dans la perte totale de tout".

Il existe une contradiction totale entre l'Évangile et la violence: il n'est pas possible de prétendre aimer l'autre un revolver ou un coupe-coupe au poing. Dans la scène du jeune homme riche (Mt 19,16 s), Jésus place au premier rang des commandements qui permettent d'entrer dans la vie: "Tu ne tueras pas". Et ce n'est qu'en suite que Jésus énonce le commandement: "Tu aimeras ton prochain comme toi-même". L'inclination à la violence est tellement enracinée en nous, que la non-violence est l'exigence qui s'impose en premier lieu. Ce n'est qu'un minimum, mais nos vies en dépendent. C'est si simple qu'on n'en parle pas: et pourtant, c'est ce silence qu'il faut briser. Comme disait Martin Luther King: "Je n'ai pas peur des mots des gens violents mais du silence des gens honnêtes".

Sommaire AE 12 |
Editorial |
JMJ: la fête des jeunes |
La corne cassée |
La guerre des six jours  |
Planète: Le génome |
Société: routes |
Spécial Octobre Missionaire |
De l'autre côté

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