C'est à Tor Vergata, aux portes de Rome, sur un énorme pré vert de 350 ha, que presque deux millions de participants ont conclu la Journée Mondiale de la Jeunesse (JMJ), le 20 août dernier.
Vingt fois plus que les concerts des plus célèbres rock stars de la planète ou des manifestations politiques.
Qu'est-ce qui a poussé tout ce monde à entreprendre un pèlerinage - pour beaucoup long et fatigant - dans le seul but de prier ensemble et de manifester la foi en un monde meilleur? Témoignage d'une jeune congolaise.

« Bien que n'ayant rien en commun »
Un beau matin, comme dans un rêve, j'ai reçu la visite de notre aumônier, Fr. Gueben (Frères des Ecoles Chrétiennes), directeur général de l'ISPT, qui me parle de la JMJ 2000 et en même temps me propose d'y aller pour représenter ma section de l'Institut Supérieur Arts et Métiers et le Mouvement International des étudiants Catholiques, dont je suis membre. C'est comme ça que mon aventure a commencé avec 13 autres jeunes choisis par le diocèse de Kinshasa. Après quelques mois de préparation, le 25 juillet nous sommes partis en Italie.
C'est à Vérone, où nous nous sommes rencontrés avec 300 jeunes provenant d'une vingtaine de pays en guerre, que notre pèlerinage a débuté. Un voyage sponsorisé par l'Eglise italienne, désireuse de nous faire vivre le Jubilé comme un temps de réconciliation et d'espoir. Un premier signe qui nous a touchés: il y a des gens qui pensent à nous, qui nous soutiennent. C'est le jubilé de tous, surtout des plus démunis. Nous avons dépassé presque tout de suite l'obstacle majeur, la différence de nos langues. Bien que n'ayant rien en commun avec les Kossovars ou les Sierra-Léonais, nous avons expérimenté qu'on est des frères, qu'on peut dépasser les divisions et la haine. En chantant nous avons brisé les barrières qui nous séparent. Ainsi que le dit l'hymne du Jubilé, nous sommes « sous la même lumière, sous sa croix, en chantant d'une seule voix: Emmanuel, le Dieu parmi nous". Nous avons redécouvert que le Dieu du Rwanda est le même Dieu du Congo ou de la Tchétchénie et que le chant est la meilleure arme pour la paix. Le Jubilé étant appelé « année sainte », faite de prières et de rites et destinée à promouvoir la sainteté de la vie et à consolider notre foi. Mais aussi à multiplier les ouvres de solidarité, des signes de la communion fraternelle au sein de l'Eglise, de nos familles et de nos pays.


C'est grâce à eux
Parmi les choses qui m'ont impressionnée davantage, la visite à l'église de St Zenon, le patron de la ville de Vérone, un saint d'origine africaine. L'édifice, très ancien et pourtant bien entretenu, témoigne d'une foi vécue et racontée à travers l'art. A l'entrée nous avons été accueillis par Mariella, une fille de 28 ans, qui nous a fait visiter l'église, en expliquant toute peinture, toute statue. Elle nous a manifesté l'amour pour son église, dont elle connaît le passé, un patrimoine qu'elle transmet avec joie. Je ne faisais que regarder de droite à gauche, en me rendant compte que la foi est aussi le fruit de toute une histoire des gens qui nous ont précédés. D'ailleurs, au cours de ce Jubilé le Pape v eut faire mémoire des martyres du siècle passé, des gens qui ont tracé le chemin. C'est grâce à eux si nous connaissons Jésus. Et puis, après trois semaines de pèlerinage à travers l'Italie, on est arrivés à Rome, plongés dans une foule multi-colorée, où toutes les cultures se côtoient. J'entends des langues dont j'ignorais l'existence, incompréhensibles, mais cela ne nous empêche pas de communiquer les uns les autres, car nous avons découvert une autre langue: celle de l'amour.
On a dansé, chanté, poussé des cris de joie. Le Pape s'est adressé à nous comme un père parle à ses enfants: "Je salue avec une affection particulière le groupe des jeunes qui viennent des pays où la haine, la violence, la guerre marquent encore de souffrance la vie de populations entières: grâce à votre solidarité à tous, il leur a été possible d'être ici ce soir. Vous êtes venus chercher Jésus Christ qui le premier vient vous chercher. Laissez-vous modeler par l'Esprit saint. Le Christ a les paroles qui résistent à l'usure du temps et qui demeurent pour l'éternité: le Christ nous aime même si nous le décevons. Si vous êtes ce que vous devez être, vous mettrez le feu au monde.  Je regarde avec confiance cette humanité qui se prépare par vous.
Je vous demande de renouveler la foi, car pour cette foi beaucoup d'apôtres et de saints sont morts". Il nous a rencontrés trois fois: le mardi à l'ouverture du Jubilé, le samedi soir pour la veillée e prière et le dimanche 20 août, pour la messe de clôture et d'envoi en mission.
A cette messe on était deux millions, louant le Seigneur d'une seule voix. Merci saint père. Nous avons vu notre place dans l'Eglise et la société. Tu nous as donné rendez-vous à Toronto en 2002. Nous voulons arriver là-bas les mains pleines de fruits.

Marie Léonne Mushiete.

Marie Léonne Mushiete reçoit l'Eucharistie au cours
de la grande célébration.

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