Sommaire AE 12 |
Editorial |
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De l'autre côté

Deux ans d'hostilités avaient fini par faire souffrir tout le monde. Des affrontements entre d'anciens alliés ont fait sauter tous les plans de stabilité, de coopération et de développement dans la région de la Corne d'Afrique. Une paix donc au goût amer, puisque les deux pays se retrouvent exsangues et les caisses vides.

Leçon de guerre

Une guerre qui nous a fourni jusqu'à la nausée le spectacle du déjà vu. D'abord une guerre d'accusations et d'invectives verbales, suivies de nombreux combats et des bombardements sur des cibles qui n'étaient pas exclusivement militaires. Une guerre vraie, racontée par certains médias comme un duel entre David et Goliath, Issayas Afewerki (Érythrée) et Meles Zenawi (Éthiopie). Goliath a voulu donner une "leçon de guerre" au jeune David, le "châtier pour toujours", "castrer son pouvoir", afin qu'il comprenne que le port d'Assab est vital pour l'Éthiopie et que la monnaie éthiopienne est aussi bonne que la devise érythréenne et que le dollar est encore meilleur.
Tout le monde pensait qu'il était question d'un problème mineur de frontière, facilement arrangeable. En réalité on n'arrive pas à se soustraire à l'impression qu'il a été aussi question d'un conflit personnel entre deux leaders anciennement alliés. Tous les moyens on été mis en œuvre pour une guerre où les malheureuses populations civiles sont devenues les victimes des enjeux de pouvoir cachés. On a même accusé  le gouvernement d'Addis-Abeba d'avoir utilisé l'arme humanitaire en culpabilisant l'opinion internationale afin d'obtenir des secours pour ses populations affamées. Les ONG humanitaires se sont plaintes des charges fiscales imposées par Addis Abeba: pour un sac de farine d'une valeur de 160 dollars, destiné aux affamés, on devait payer 250 dollars au gouvernement éthiopien pour son acheminement. "L'Occident attend de voir les squelettes sur les écrans avant de venir à notre aide", a rétorqué le ministre éthiopien des affaires étrangères, Seyoum Mesfin.
On sait que, pour la modernisation de son armée, l'Éthiopie a investi près d'un milliard de dollars sur deux ans, somme plusieurs fois supérieure à celle nécessaire pour nourrir sa population menacée par la famine. L'Érythrée a, de son côté, mobilisé toutes ses ressources humaines: "Presque tous les jeunes en âge de se battre, y compris les professeurs et les femmes, ont été envoyés au front. On se souvient que l'Érythrée faisait, il y a plus de vingt ans déjà, sa "pub" sur des photos, des films de femmes soldats et d'enfants soldats, tous contraints de faire la guerre pour la grande cause de l'indépendance. La guerre de libération de l'Erythrée a été sans doute la plus longue du continent. Depuis la dernière offensive éthiopienne, en juin, et à la suite d'abus sexuels de certains officiers érythréens à l'encontre des femmes militaires - il y a eu un bon nombre de viols - ces dernières ont été en majorité redéployées à l'arrière pour des taches médicales, de contrôle ou d'approvisionnement. Rares sont les familles érythréennes qui n'ont pas au moins un enfant au combat" (A. De Mun, La Croix, 4-7-2000.). La presse a d'ailleurs exalté "le courage impitoyable des femmes-soldats".

Inutile

Une guerre inutile comme la totalité des guerres que nous connaissons, considérée telle même par les responsables des deux pays. Les divers plans de paix n'ont fait des progrès que lentement à cause de l'intransigeance réciproque et des problèmes internes complexes auxquels les deux adversaires ont été confrontés. Au printemps 1998, lors de sa tournée en Afrique, Bill Clinton n'avait pas tari d'éloges sur Meles Zenawi et Issayas Afewerki pour leurs rôles exemplaires en tant que leaders démocratiques africains. Des organismes comme le FMI et la Banque avaient salué leurs régimes "autosuffisants et non corrompus". Force cependant est de constater à quel point ces jugements ont été démentis par les faits.
D'un côté la toute jeune nation érythréenne cherche sa place dans le nouvel ordre régional; de l'autre, la vieille nation éthiopienne, où les responsables semblent rongés de remords pour avoir "vendu" l'intégrité territoriale, c'est-à-dire avoir permis au peuple Érythréen de se déclarer indépendant.
Somme toute, une guerre appauvrissante de part et d'autre. Les combats ont fait plus de morts Érythréens en deux ans que durant les trente ans de guerre d'indépendance, soit plus de 70.000. Ils ont mis sur les routes et les pistes presque un million de déplacés.
Un bilan tout à fait négatif: seule lueur d'espoir, la décision que les deux amis-ennemis ont décidé de faire taire leurs armes.


Hailé Mikaël


afriquespoir@ic.cd